Nanfadima Condé, bachelière à 45 ans: “L’âge n’est qu’un chiffre…”
CONAKRY-À 45 ans, Nanfadima Condé, enseignante dévouée et mère de quatre enfants, vient de décrocher son baccalauréat en candidate libre. Un exploit remarquable qui n’est pas le fruit du hasard, mais la concrétisation d’une détermination sans faille et d’une soif d’apprendre inébranlable. Dans cette interview exclusive, elle partage son parcours inspirant, ses motivations profondes et ses aspirations pour l’avenir, offrant un message d’espoir et de courage à toutes les femmes guinéennes.
AFRICAGUINEE.COM: Qui est Nanfadima Condé ?
Je suis Nam Fadima Condé, une enseignante dévouée. J’officie dans une école primaire à Faranah, précisément à l’école primaire de Salela et à l’école Samora. Je suis mariée et j’ai 45 ans. Je suis également l’heureuse maman de quatre enfants : deux garçons et deux filles.
À quel niveau avez-vous arrêté vos études initialement et pour quelles raisons, avant de repasser le baccalauréat ?
Je n’ai pas réellement « abandonné » mes études. J’ai eu du mal à obtenir la première partie du baccalauréat, que j’ai finalement décrochée en candidate libre après plusieurs tentatives. Mon objectif était de continuer, mais l’opportunité de passer le Bac 2 ne s’est pas présentée. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de m’orienter vers l’École Nationale des Instituteurs (ENI). J’ai préparé mes dossiers, déposé ma candidature à l’ENI de Kankan, et j’ai eu la chance d’être admise.
Qu’est-ce qui vous a motivée à passer le baccalauréat à votre âge, et quel est l’objectif derrière cette démarche ?
La principale motivation pour repasser le baccalauréat à mon âge est liée à une formation que j’ai suivie. J’ai réussi un concours national pour le Certificat de Qualification Pédagogique et Morale pour l’Enseignement Fondamental (CPMEF) et j’ai été admise. Nous avons ensuite suivi une formation de deux ans à l’Institut Supérieur des Sciences de l’Éducation de Guinée (ISSEG) de Lambagni. Après cette formation, j’ai appris, à travers mes amis, que seuls les titulaires du bac unique (bac 2) obtiendraient le diplôme. Or, je n’avais que le bac 1. Il était donc impératif pour moi de passer le bac 2 afin de valider ma formation à l’ISSEG et d’obtenir le diplôme. C’est ce qui m’a énormément motivée.

Dans quelles régions avez-vous passé votre baccalauréat et dans quelles conditions ?
J’ai passé le baccalauréat à Conakry, pour le compte de la préfecture de Dubréka. Je me suis inscrite à la Direction Préfectorale de l’Éducation (DPE) de Dubréka. Mon centre d’examen était situé à Keïtaya, dans la zone de Kagbélen, et c’est là que j’ai passé mes épreuves.
Comment avez-vous appris votre admission ?
L’annonce de mon admission a été un moment plein d’émotions. Ma copine m’a appelée le matin pour me demander le pourcentage de réussite au baccalauréat. Elle m’a dit que c’était 32 %. J’ai trouvé cela faible, mais elle m’a assuré que c’était beaucoup par rapport à l’année précédente. Elle a raccroché. Ensuite, plusieurs amies m’ont appelée, mais je n’ai pas pu répondre. Je me préparais à aller à l’ISSEG où des camarades de l’ENI Pass Education Numérique (PEN) soutenaient leurs travaux. En sortant, ma fille m’a dit que les résultats du baccalauréat étaient sortis. Je lui ai répondu que j’étais au courant. Arrivée à l’ISSEG, mes camarades m’ont accueillie avec enthousiasme. Ils m’ont demandé pourquoi je n’étais pas joyeuse. Je leur ai demandé : « Qu’est-ce qui se passe ? N’avez-vous pas appris la nouvelle ? Je suis admise ! » Ils m’ont confirmé la bonne nouvelle, et c’est là que j’ai commencé à crier de joie.

Maintenant que vous avez le bac, que comptez-vous faire à l’université ?
Je compte poursuivre mes études en sciences de l’éducation. Ce domaine correspond parfaitement à mon métier d’enseignante et me permettra d’approfondir mes compétences pédagogiques.
Souhaitez-vous rencontrer le président Mamadi Doumbouya ? Si oui, pourquoi ?
Oui, je souhaite vivement le rencontrer, car j’ai de nombreux projets. Mon initiative de passer le bac à mon âge vise à montrer aux femmes qu’elles sont capables de tout, qu’il ne faut jamais se sous-estimer. Rencontrer le président serait un immense plaisir, car j’ai tant de projets en tête. Mes enfants ont terminé leurs études, mais n’ont pas encore d’emploi. De plus, j’ai commencé la construction d’une concession il y a six ans, mais je n’ai pas pu la terminer. Compte tenu de mon salaire, il est difficile de tout gérer et de construire en même temps. C’est aussi une motivation majeure pour moi.

Expliquez-nous les conditions dans lesquelles vous avez passé ce baccalauréat.
Lorsque je me suis présentée au centre d’examen, vu mon âge, les autres élèves ont commencé à me regarder avec curiosité, et certains riaient même. Je leur ai demandé : « Pourquoi riez-vous ? Je suis âgée, c’est vrai, mais il n’y a pas d’âge pour étudier. Nous allons continuer ensemble. » Je leur ai expliqué que j’étais là pour passer le bac, tout comme eux, et que je n’étais pas venue pour rien. Je suis fonctionnaire d’État depuis 2005, et j’ai enseigné dans plusieurs établissements. Il ne me manquait que ce diplôme du baccalauréat. C’est pour cela que j’étais là.
Avez-vous un message particulier à adresser aux femmes guinéennes de tout âge ?
Oui ! Le message que j’ai pour les femmes guinéennes est de faire preuve de courage. N’accordez pas d’importance à l’âge, c’est juste un chiffre. Ce qui compte, c’est le courage et la détermination. Tout est possible dans ce monde si l’on décide d’agir. Il n’y a pas d’autre choix que d’être courageuse. Ne baissez jamais les bras. Regardez mon parcours : cela fait des années que je suis dans l’enseignement, et malgré tout, j’ai passé mon bac. Trois de mes enfants ont terminé leurs études.
Mon dernier enfant a passé le bac cette année, et malheureusement, il ne l’a pas obtenu. C’est aussi ce qui m’a motivée. Je suis une jumelle, et mon frère jumeau est l’inspecteur régional de la santé de N’Zérékoré. Et moi, je suis toujours en classe. Depuis mes stages en 2000 et mon admission au concours en 2005, je suis constamment en train d’enseigner, que ce soit en 2ème, 3ème ou 6ème année. Depuis ma mutation à Faranah en 2017, je suis en 6ème année. Chaque jour, je prépare mes cours. C’est cette soif d’évoluer et de quitter la classe pour d’autres horizons qui m’a toujours motivée.
Entretien réalisé par Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 20 juillet 2025 11:01Nous vous proposons aussi
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