Prise d’otage et escroquerie à grande échelle à Bamako : Des victimes guinéennes brisent le silence
BAMAKO – Des centaines de jeunes migrants ouest-africains, majoritairement des Guinéens et des Maliens, viennent d’être libérés de l’emprise d’un réseau d’escroquerie opérant sur le sol malien sous la bannière de QNET-Ltd (société internationale de vente multiniveau). Ces jeunes, pris en otage dans des foyers de fortune à Bamako, ont recouvré la liberté grâce à l’intervention du Conseil des Guinéens Établis au Mali, appuyé par le Consulat de l’Ambassade de Guinée, et en coordination avec les services de sécurité et la justice malienne.

Africaguinee.com a recueilli une série de témoignages poignants livrés par ces victimes. Si nombreux sont ceux qui refusent de retourner dans leurs pays respectifs malgré le traumatisme, d’autres craignent que la capitale malienne ne se transforme en une véritable plaque tournante de la migration irrégulière et de trafics en tous genres. Une situation alarmante, d’autant que le Mali est en état de guerre contre le terrorisme et les rébellions séparatistes.

Ousmane Kéïta, 34 ans, chauffeur, originaire de Fria (Guinée) : « J’ai été contacté par un ami, Mamadi Condé, originaire de Kankan, qui avait intégré ce réseau d’arnaqueurs. Il m’avait demandé de scanner et de lui envoyer mon permis de conduire, prétextant un recrutement de plus de 1 000 chauffeurs pour le transport de fruits sur l’axe Espagne-Bamako via la Mauritanie. J’ai vite obéi. Ensuite, on m’a demandé un dossier médical et un passeport valide. Finalement, on m’a fait venir à la gare routière de Djikoroni-Para avec mon passeport et 600 000 FCFA.
Dès mon arrivée, j’ai été conduit dans un foyer à Niamana où l’on m’a tout retiré : argent, permis, carte d’identité, passeport et téléphone. Cela fait maintenant 18 mois que je suis bloqué ici à Bamako, alors que je devais entrer directement en Espagne. Le pire, c’est qu’ils exigent encore 1 200 000 FCFA pour me libérer ou, à défaut, que j’amène trois autres « clients » à ma place. Voilà comment je suis devenu un otage. »

Camara Mikaïlou, 28 ans, de nationalité guinéenne : « On m’a appelé pour partir en Europe. C’est seulement à mon arrivée ici à Bamako que j’ai compris que j’avais affaire à des arnaqueurs opérant pour le compte du réseau mafieux QNET. Toutefois, dès que je recouvrerai définitivement ma liberté, je continuerai ma route jusqu’en Europe. Mon objectif est d’entrer au Portugal. »
Oumar Diallo, 29 ans, originaire de la préfecture de Mali (Guinée) : « J’étais retenu dans un bâtiment sis à Niamana, le « foyer Sidibé ». Ce lieu était géré par un certain Oumar Sidibé, 28 ans, originaire de N’Zérékoré, mais qu’on ne trouvait jamais sur place. Dans ce foyer, nous étions 62 personnes venant de toute l’Afrique de l’Ouest. Il y avait une majorité de Guinéens et de Maliens, mais aussi des Gambiens, Bissau-Guinéens, Ivoiriens, Béninois, Togolais, Sierra-Léonais, Nigérians, Libériens et Ghanéens. On m’avait fait venir sous prétexte d’un emploi dans une usine de textile à Kita, payé 600 000 FCFA par mois. C’était de l’arnaque pure et simple. »

Mamadou Sow, 17 ans, originaire de Kebaly, préfecture de Dalaba (Guinée) : « Nous étions gardés dans un foyer appelé « La Maison Blanche ». Début janvier, on nous a délogés pour nous transférer dans un autre bâtiment au quartier Yirimadjo. Ils m’ont escroqué plus de 1 400 000 FCFA. Au final, on ne m’a pas envoyé à l’extérieur, on ne m’a pas remboursé mon argent et je n’ai même pas pu retourner au pays. »
Alpha Koroma, 32 ans, de nationalité sierra-léonaise : « Nous sommes plus de 150 otages vivant dans notre foyer, situé non loin du commissariat de police de N’Tabacoro (Commune VI de Bamako). C’est un cousin, Salif Bangoura, qui m’a fait venir. J’ai versé 800 000 FCFA pour aller à Madrid travailler comme chauffeur de transport de fruits. Depuis février 2025, cela fait dix mois que je suis otage de ces gens. Ils exigeaient même à ma mère le paiement d’une rançon de 1 200 000 FCFA. »

Mohamed Kourouma, détenu dans un foyer du quartier Niamakoro-Kurani (Commune V) : « Nous avons été victimes de trop d’escroquerie, nos familles ont dépensé des fortunes dans cette affaire. Tout ce que nous voulons, c’est être libérés des griffes de ces gens et qu’on nous laisse tranquilles pour poursuivre notre aventure. »
Aly Coulibaly, Malien, ancien adhérent de QNET : « Au départ, comme des millions d’autres Maliens, je croyais en cette société QNET. Mais j’ai fini par comprendre qu’il s’agit d’un réseau mafieux international. À mon sens, ils risquent fort de transformer Bamako en plaque tournante du trafic de migrants, voire en terreau pour mercenaires ou terroristes. Étant donné que le pays est en guerre contre le terrorisme et le sécessionnisme, les autorités maliennes et celles de la sous-région doivent coopérer pour éradiquer ce phénomène. Voyez-vous, tout ce monde gagne ses trois repas journaliers et chacun est soigné en cas de maladie. Mais comment et par qui est-ce financé ? C’est la question qui mérite d’être posée, car les chefs de foyers sont souvent introuvables. »

Depuis Bamako, Djankourou Diallo,
Correspondant permanent d’Africaguinee.com
Créé le 23 novembre 2025 08:06Nous vous proposons aussi
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