Massacre du 28 septembre 2009 : témoignage bouleversant de Ben Youssouf Keita…

CONAKRY-Alors que le procès des auteurs présumés du massacre du 28 septembre 2009 se poursuit, les langues commencent à se délier. A l’image d’autres leaders politiques, Dr Ben Youssouf Keita, était présent au stade. A l’époque membre du bureau politique de l’UFDG, il avait eu son bras fracturé par des militaires qu’il avait croisé dans le stade alors qu’il fuyait la répression. Sa femme quant à elle avait échappé miraculeusement à un viol collectif. Le président du parti Alliance pour le changement et le progrès (ACP) fait un témoignage bouleversant sur les atrocités de 2009.

« Le 28 septembre 2009 à 5h 49’, mon frère m’a appelé pour me dire de ne pas sortir ce jour, qui selon lui, était impropice. C’était un militaire. J’ai dit d’accord. Comme je finissais juste de faire la prière de l’aube, j’ai parlé à ma femme (…). Je lui ai dit, je vais y aller sinon, ce serait une trahison contre les autres acteurs. J’ai demandé à ma femme de rester à la maison et s’occuper des enfants. Dans un premier temps, elle m’a déconseillé. J’ai dit que je ne peux pas renoncer. J’avais ajouté que peut-être un autre janvier et février 2007 se prépare déjà.

J’ai dit à mon épouse, si je reviens ok, si je ne revenais pas qu’on allait se revoir à l’au-delà. Elle a pleuré. J’ai pris le véhicule avec mon garçon on est sorti. Pour quitter Lambangni jusqu’à chez El hadj Cellou on n’a pas fait 15 minutes. Il n’y avait pas d’embouteillages. Les rues étaient désertes. Quand on est arrivé, les gardes ont ouvert les portails, on est rentré. J’ai expliqué à Elhadj Cellou ce que mon frère (militaire) m’a dit au téléphone. Il a dit que lui aussi, on lui a donné la même information. Mais, il était hors de question de reculer. Les gens étaient déjà prêts. On est allé chez doyen Jean Marie Doré. Il y’avait moi, Elhadj Cellou, Sidya Touré, Bah Oury, Mouctar Diallo ainsi de suite.

Jean Marie avait dit qu’il ne peut pas aller. Nous, on est parti. C’est en sortant de là-bas, qu’on a croisé Thiegboro et deux autres agents vers la Fondis. Il nous a dit de ne pas y aller et que le président Dadis a demandé de reporter la manifestation. Cellou a dit à Thiegboro comment le faire pendant alors que les militants sont sortis ?  

Le colonel Thiegboro nous a laissé là-bas pour partir. Bah Oury avait dit qu’il a soif. Je suis allé lui chercher de l’eau mais les militaires étaient déjà dans la zone. J’avais senti à partir de là-bas que c’était grave. On est allé au stade et les choses ont commencé. C’est Sidya Touré qui a constaté que les gens tombaient et il y avait du gaz partout. Il a demandé si c’est les gaz qui font tomber les gens. Je lui ai dit que je suis docteur, si les gens qui tombent comme ça, ce qu’ils sont morts. On n’entendait pas des tirs. On voyait seulement les gens tomber. D’autres sortaient en même temps.

Soudain, on voit un militaire cagoulé venir et il a appelé Cellou. Il dit qu’il ne va pas aller. Lui, il est venu et ce qu’il a fait à Cellou c’est autre chose. Ils l’ont envoyé. Ensuite, j’ai vu des militaires qui trainaient Jean Marie. Alors, j’ai décidé de sortir. Un militaire m’a demandé qui suis-je. Je me suis présenté. Il m’a dit de monter dans leur véhicule. J’ai refusé. Il a pris un bois. Il voulait casser ma tête. J’ai placé ma main et elle s’est fracturée. Ils m’ont laissé et je suis sorti. Un autre civil que j’ai croisé à ma sortie m’a malmené avant que je ne trouve refuge dans une concession à l’alentour. C’est de là que j’ai reçu un appel de Hadja Halimatou qui me disait être avec ma femme.

C’est comme ça que j’ai su que ma femme était venue. Alors, elle a contacté la croix rouge qui est venue me chercher pour Donka. C’est à Donka que Colonel Diaby qui était ministre de la santé m’avait trouvé. Ce qu’il disait aux blessés n’est pas digne d’un médecin à plus forte raison un ministre de la santé. Il était avec des militaires qui faisaient tout là-bas. C’est en ce moment que j’ai rencontré Dr Kouyaté à qui j’ai montré ma main et il a dit à un de ses stagiaires de m’apporter une blouse. Je suis Docteur aussi. Donc, c’est ce qui m’a sauvé car j’étais déjà comme un médecin dans la salle. Ils avaient fait beaucoup de conneries à l’hôpital. On traitait mal les patients. J’ai vu même une personne qui était en réanimation qui a été bastonnées là-bas. Je ne peux pas tout dire ici. Ma femme était avec les Hadja Halimatou, Hadja Maimouna etc…

Elle a été arrêtée par des agents au stade. Ils ont déchiré tous ses habits. On l’a déshabillée mais malheureusement pour eux, et heureusement pour ma femme, elle était dans ses périodes de menstrues. On l’avait maltraitée. Ces images ont circulé. On allait la tuer. C’est en ce moment que Thiégboro est arrivé. Elle a crié au secours. Tiégboro a détaché une femme pour remettre le pagne à ma femme. Le sang qui se trouvait sur la tenue de Thiegboro est celui de ma femme », a indiqué l’honorable Ben Youssouf Keita.

Propos recueillis par Habib Samaké

Correspondant régional

D’Africaguinee.com à Mamou

Créé le 2 avril 2023 18:30

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