« Ma chérie, tu fais quoi ? » : A la rencontre de Mado, une fille qui brise les stéréotypes pour forger son avenir

Qui a dit que le feu et l’acier étaient l’apanage des hommes ? À Kindia, loin des bancs de l’école qu’elle n’a jamais fréquentés, Mado Kourouma, la vingtaine, forge son destin à coups de chalumeau.

Dans le vacarme des ateliers, cette jeune femme originaire de Lola ne se contente pas de souder des métaux : elle brise, une étincelle après l’autre, les lourds stéréotypes de genre qui pèsent sur la société guinéenne dans le choix des métiers. A l’occasion du mois de mars, dédié à la femme, Africaguinee.com braque les projecteurs sur ces femmes qui se distinguent dans leur métier.

Originaire de la Guinée forestière, Mado a grandi à Boké, la cité minière. C’est là-bas que son destin bascule lorsqu’elle aperçoit, pour la première fois, une femme manipulant le fer. Ce fut une révélation. « C’est moi qui ai choisi ce métier. Quand j’étais à Boké, j’ai vue une fille faire ce travail. Cela m’a donné la force de me lancer », confie-t-elle avec une assurance tranquille.

Contre les préjugés

Aujourd’hui apprentie à Kindia, Mado évolue dans un bastion masculin. Seule fille au milieu d’une escouade de garçons, elle ne réclame aucun traitement de faveur. Son quotidien ? La chaleur étouffante, le poids du métal et les regards parfois goguenards des passants. Armée de courage, elle s’est fixé un objectif: réussir dans un métier souvent réservé aux hommes.

« Dans la rue, on me demande souvent : « Ma chérie, que fais-tu ? » Je réponds simplement que je suis soudeuse. Ce métier est noble, il suffit de prendre son courage à deux mains », raconte-t-elle.

Soutenue par un père fier de son audace et un maître d’apprentissage protecteur, elle voit grand. Son rêve n’est pas seulement de maîtriser la technique, mais de devenir une chef d’entreprise accomplie ou d’intégrer les géants industriels du pays.

Un maître fier de son apprentie

Son formateur, Ibrahima Sory Sylla, vétéran de la profession avec 20 ans d’expérience, ne cache pas son admiration. Pour lui, Mado est l’exemple à suivre pour moderniser l’artisanat guinéen.

« Ce métier n’a pas de sexe. Les femmes y ont toute leur place. Mado est courageuse, volontaire, et j’ai besoin de profils comme le sien pour montrer la voie », souligne-t-il.

En déposant son masque de protection à la fin d’une longue journée, Mado Kourouma ne voit pas seulement des cordons de soudure terminés. Elle voit un avenir qu’elle a elle-même façonné.

Dans un pays où beaucoup cherchent encore leur voie, elle prouve que la véritable instruction ne se trouve pas toujours dans les livres, mais parfois dans la détermination de celui ou celle qui ose prendre en main les outils de son propre destin.

Un reportage de Chérif Keita

Correspondant régional d’Africaguinee.com à Kindia

Créé le 4 mars 2026 10:04

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