« L’État doit penser à nous »: À Baro, les agriculteurs étouffés par l’enclavement et le manque d’intrants

CONAKRY- Dans la commune de Baro, située à une trentaine de kilomètres du centre-ville de Kouroussa, l’agriculture, principale source de revenus des habitants, traverse une période critique. Entre routes impraticables, pénurie d’intrants et difficultés à écouler les récoltes, les paysans vivent dans une précarité croissante.

Sur place, la situation est alarmante. Les pistes qui relient Baro aux exploitations agricoles environnantes sont dans un état déplorable. Des trous béants et des ravins profondes témoignent de l’abandon de ces routes, rendant parfois impossible la sortie des récoltes.

Fondé Hawa Condé, président de la délégation spéciale de Baro et fin connaisseur des réalités agricoles locales, dresse un tableau précis :

« Baro est avant tout une zone à vocation agro-pastorale, avec quelques sites miniers. Mais c’est l’agriculture et l’élevage qui font vivre notre communauté. Nous avons de vastes plaines fertiles. Si la pluviométrie est favorable, la production est abondante. Près de 90 % des habitants vivent de l’agriculture », explique-t-il.

Au-delà des routes, un autre problème freine la production : l’accès aux intrants agricoles. Engrais, semences améliorées, herbicides… tout est rare ou trop cher.

Mamady, représentant des agriculteurs de Baro, décrit le calvaire quotidien des paysans :

« Baro est une zone agricole très fertile, mais nous sommes laissés pour compte. Nos pistes sont bouchées, nos récoltes pourrissent parfois dans les champs. Nous n’avons ni engrais, ni machines. Nous utilisons encore la daba, alors que dans d’autres préfectures, les tracteurs sont déjà à l’œuvre. Nous voulons juste les moyens pour travailler correctement. »

Le problème ne s’arrête pas à la production. Le transport des récoltes vers les marchés est un autre défi de taille.

« Les commerçants imposent leurs prix parce que les routes sont mauvaises. Nous vendons souvent à perte. Beaucoup de jeunes abandonnent l’agriculture pour chercher du travail ailleurs. L’État doit penser à nous. Ici, la population vit presque exclusivement de la terre. Si les routes étaient réparées et si les intrants devenaient accessibles, nous pourrions nourrir toute la préfecture de Kouroussa. Baro est riche en terres, mais pauvre en moyens. Nous voulons travailler, mais nous avons besoin d’aide », ajoute-t-il avec une pointe d’amertume.

Malgré ces obstacles, Baro reste une zone à fort potentiel agricole. La richesse de ses sols pourrait faire de cette commune un véritable moteur économique pour la région. Mais tant que l’enclavement et le manque d’intrants persistent, la sécurité alimentaire locale reste menacée.

Les paysans, eux, gardent espoir : avec des routes praticables et un soutien concret de l’État et des partenaires agricoles, ils sont prêts à redonner à Baro sa place de grenier agricole de la préfecture de Kouroussa.

Facely Sanoh

Correspondant régional d’Africaguinee.com

A Kankan

Créé le 6 décembre 2025 13:37

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