« L’enjeu dépasse le rendement immédiat »: l’agriculture à la croisée des chemins (reportage)
En Haute Guinée, vaste zone agro-pastorale, la terre nourrit autant qu’elle façonne les vies. Ici, agriculture et élevage s’entrelacent au rythme des saisons et des traditions. Mais derrière cette dynamique se cache une réalité préoccupante : l’usage croissant et parfois abusif des engrais chimiques.

À Kankan, chef-lieu de la région, et dans d’autres localités comme Siguiri, Kouroussa ou Mandiana, de nombreux paysans multiplient les intrants chimiques herbicides, pesticides et autres fertilisants au détriment de l’équilibre naturel. Une pratique qui inquiète les spécialistes du secteur.
L’agronome Antoine Dogbo Guilavogui, alerte sur les conséquences : « En Guinée, on utilise souvent les engrais sans études préalables, sans même analyser le sol. On achète et on applique n’importe comment, pensant améliorer la production. Mais en réalité, nous sommes en train d’appauvrir nos sols et d’abîmer nos plantes naturelles. Cette pratique aura des conséquences lourdes dans les années à venir. »

Même son de cloche du côté de Commandant Lanciné Faro, conservateur de la nature à la retraite :
« L’usage abusif des engrais chimiques peut appauvrir nos sols, contaminer nos eaux et menacer la santé des populations. Pourtant, nous disposons d’alternatives : les engrais organiques et les pratiques agricoles naturelles, capables de préserver l’écosystème. Il est urgent que les autorités encouragent la production locale d’engrais organiques et sensibilisent les paysans à des méthodes respectueuses de la nature. »
À Karfamoriah, à seulement 7 kilomètres de Kankan, une autre voie se dessine. Bangaly Kaba, agriculteur expérimenté, a choisi un système mixte : « Je combine engrais chimique et organique. Mon champ de maïs en est la preuve. Ce mélange me donne de bons résultats et je m’en sors bien. Pour l’instant, c’est cette méthode qui marche pour moi. »
Mais ce compromis est loin de faire l’unanimité. Moussa Traoré, acteur agrologique, met en garde :
« Même mélangés aux organiques, les engrais chimiques posent problème. Ils peuvent déséquilibrer le sol, polluer les nappes phréatiques et réduire la biodiversité. Ce qu’il faut, c’est promouvoir le compost local et développer des engrais organiques adaptés à nos réalités. L’enjeu dépasse le rendement immédiat : il s’agit de préserver la santé des sols et la sécurité alimentaire des générations futures. »

D’autres agriculteurs, plus attachés aux méthodes naturelles, rejettent tout compromis. C’est le cas de Mamadou Madi Camara, qui a fait le choix exclusif de l’organique : « J’ai progressivement adopté les engrais organiques et les résultats sont visibles. Chez moi, vous ne verrez aucun engrais chimique. Nous utilisons le compost et les fertilisants locaux comme les kadou. Cela améliore la qualité de nos produits et protège nos sols. »

Entre les partisans du chimique, les adeptes du mélange et les défenseurs du tout-organique, les pratiques agricoles en Haute Guinée traduisent une quête d’équilibre. Mais pour de nombreux experts, l’avenir réside dans des solutions durables, adaptées aux sols locaux et respectueuses de l’environnement.

Un reportage de facély Sanoh
Pour Africaguinee.com
Créé le 8 septembre 2025 05:22Nous vous proposons aussi
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