« L’éclairage public est un bien commun » : L’EDG s’explique sur les pannes de lampadaires à Conakry

CONAKRY – Le constat est partagé par de nombreux habitants de Conakry : une grande partie des lampadaires publics ne fonctionnent plus, transformant certains tronçons des principales autoroutes -Fidel Castro et Le Prince-de la capitale, en zones d’ombre propices à l’insécurité. Face à ce problème récurrent, l’Électricité de Guinée (EDG) a accepté de répondre à nos questions.

Dans cette interview, le chef département communication, Naby Moussa Camara, pointe du doigt les actes de vandalisme et les accidents de la route comme principales causes de ces dysfonctionnements. Il dévoile également les actions en cours, notamment un projet de réhabilitation en collaboration avec le gouvernorat de Conakry, tout en insistant sur la nécessité d’une gestion partagée avec les citoyens et les autorités locales.

AFRICAGUINEE.COM: Depuis quelque temps, on constate que de nombreux lampadaires ne s’allument pas le long de l’autoroute Le Prince et de l’autoroute Fidel Castro à Conakry. Qu’est-ce qui explique cette situation ?

NABY MOUSSA CAMARA : D’abord, je tiens à vous remercier d’avoir fait le déplacement jusqu’à EDG pour comprendre nos contraintes et nos défis, notamment en matière de desserte électrique mais aussi, plus particulièrement, en ce qui concerne l’éclairage public dans le Grand Conakry, notre capitale.

Vous vous souviendrez que l’éclairage public a été un projet porté par le gouvernement du CNRD dès l’arrivée au pouvoir du Général Mamadi Doumbouya, le 5 septembre 2021. De grands chantiers ont été réalisés pour l’éclairage public du Grand Conakry, ainsi que sur certains axes transversaux, de la T1 jusqu’à la T7 ou T8.

Cependant, depuis 2021, ces installations nécessitent un entretien régulier et parfois même une réhabilitation. Sur certains tronçons que vous avez cités — par exemple, entre la base militaire et Matoto, ou encore du carrefour de la Belvédère à Bellevue jusqu’à Cosa — une partie des lampadaires est effectivement éteinte. Cela s’explique, d’une part, par des actes de vandalisme, et d’autre part, par l’usure naturelle du matériel.

Or, l’entretien de ce type d’infrastructure est coûteux : il mobilise des moyens financiers importants, une logistique adaptée et des ressources humaines spécialisées. Ceci étant, il ne s’agit pas d’une panne généralisée. Sur certains axes, les lampadaires fonctionnent encore correctement. Mais sur les tronçons défectueux, un projet spécial de réhabilitation a été lancé depuis le 10 septembre, sur instruction des autorités. Les travaux ont déjà commencé au niveau de la Belvédère, et une autre équipe s’attaquera prochainement à l’autoroute pour remplacer les équipements défectueux par du matériel neuf, plus résistant et durable.

Quelle est la pratique mise en place depuis l’installation de ces lampadaires ?

Il est important de rappeler à nos concitoyens du Grand Conakry que l’éclairage public relève du domaine public. Cela signifie que les citoyens doivent en prendre soin en évitant les actes de vandalisme, que les communes et quartiers doivent veiller à ce que les poteaux ne soient pas endommagés par des véhicules, et que l’EDG intervient comme support technique pour accompagner les collectivités afin que les lampadaires fonctionnent correctement chaque nuit.

Concrètement, lorsque les quartiers ou les mairies nous signalent un problème, nous, à travers notre ministère, procédons à une budgétisation et apportons ensuite un appui technique dans le domaine électrique. C’est donc une politique de gestion partagée : les collectivités locales sont responsables de l’éclairage public, mais elles bénéficient de l’appui technique de l’EDG, qui est le service le mieux équipé pour intervenir.

Il arrive, il est vrai, que certaines difficultés viennent d’un manque de coopération. Mais depuis le 10 septembre, un projet a été lancé en collaboration avec le gouvernorat de Conakry pour réhabiliter rapidement les tronçons qui sont actuellement éteints.

Ces lampadaires sont-ils alimentés par le courant de l’EDG ou par des panneaux solaires ?

C’est de l’éclairage conventionnel, donc alimenté directement par le réseau électrique de l’EDG. Sur certains tronçons, des transformateurs ont même été installés spécifiquement pour alimenter l’éclairage public. Ces transformateurs sont confiés aux chefs de secteur, aux chefs de quartier ou encore à des riverains, afin d’éviter que des branchements frauduleux ne soient effectués sur ces lignes. Il s’agit en grande partie de la dernière génération de lampadaires installés, conformément aux instructions du CNRD.

Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous êtes confrontés pour assurer l’éclairage public ?

La première difficulté, au-delà du vandalisme, ce sont les accidents qui endommagent les poteaux et les lampadaires. Par exemple, sur l’axe 36 menant à Coyah, avant même la réception des installations, nous avions déjà perdu une cinquantaine de lampadaires, renversés par des camions ou d’autres véhicules. Malheureusement, dans la plupart des cas, les responsables de ces accidents ne sont ni arrêtés ni sanctionnés.

Or, il faut rappeler que l’éclairage public est un bien commun, qui coûte cher à l’État en termes d’installation et d’entretien. Quand un poteau est accidenté, sa réparation pèse lourdement sur nos charges. C’est pourquoi nous lançons un appel aux usagers de la route, notamment aux conducteurs : lorsqu’un véhicule endommage un lampadaire, il est essentiel que la police intervienne pour identifier le responsable. Cela permettrait à l’EDG non seulement de porter plainte, mais aussi d’obtenir des dommages et intérêts afin de réhabiliter rapidement les installations détruites.

Quelles initiatives avez-vous mises en place dans ce sens ?

Nous menons beaucoup d’actions de sensibilisation. À chaque réunion dans les mairies, nous interpellons les responsables locaux sur ce sujet. Les maires, selon les quartiers ou secteurs, nous saisissent souvent au sujet des lampadaires défectueux.

Nous les invitons donc à rester vigilants et à nous aider en nous remontant systématiquement les informations. Car il faut rappeler que ces lampadaires contribuent non seulement au bien-être, mais aussi à la sécurité dans nos quartiers.

Ainsi, lorsqu’un tronçon est plongé dans l’obscurité, il est essentiel que l’information nous parvienne, soit via notre centre d’appel, soit par l’intermédiaire du chef de quartier, qui dispose des contacts de responsables à l’EDG.

A suivre!

Interview réalisée par Mamadou Yaya Bah et

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 18 septembre 2025 19:00

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