« Le Défi Guinéen » : Le livre-plaidoyer de Mamadou Gando Bah pour une refondation sans complaisance

CONAKRY- La littérature économique guinéenne vient de s’enrichir par la publication d’un nouvel ouvrage. Dans un essai percutant et instructif de 135 pages paru en septembre 2024, Mamadou Gando Bah, haut fonctionnaire au ministère de l’Économie et des Finances, livre un diagnostic sans concession des maux qui freinent le développement de la Guinée. Loin d’être un simple réquisitoire, l’ouvrage se veut une boussole pour les réformes urgentes à mener.

Par sa double casquette de haut commis de l’État et d’intellectuel, Mamadou Gando Bah apporte une crédibilité particulière à son nouvel ouvrage intitulé « Le Défi Guinéen ». Publié aux éditions ILP, ce livre ne se contente pas de pointer les échecs du passé ; il propose une feuille de route pédagogique pour transformer le potentiel guinéen en réalité économique tangible.

Un diagnostic lucide sur l’appareil d’État

Le premier chapitre de l’ouvrage s’attaque à l’administration publique. L’auteur y dépeint une structure gangrenée par des maux comme: les recrutements biaisés, l’usage de faux diplômes et une concentration excessive des agents dans la capitale, au détriment de l’intérieur du pays.

Pour M. Bah, le retard de la Guinée n’est pas une fatalité liée au manque de ressources, mais le résultat d’une « mauvaise formulation des politiques publiques ». Il appelle à une véritable reconstruction administrative, condition sine qua non pour que l’État puisse enfin résister à la « fourberie des multinationales ».

Mines et Énergie

L’auteur consacre des sections entières à tous les secteurs stratégiques: Éducation, Santé, Mines, Énergie, Infrastructures, Habitat, Agriculture.

Concernant le secteur minier et l’administration, l’auteur préconise une rupture avec les vieilles pratiques à travers trois leviers :

  • Le contrôle interne : Création de niveaux de vérification multiples et de manuels de procédures stricts pour réduire les « erreurs d’appréciation » et les risques de gestion.
  • L’alerte citoyenne : Installation de boîtes à suggestions et mise en place de centres d’appels pour permettre aux usagers et citoyens de dénoncer les abus en toute sécurité.
  • La fin du « contact privilégié » : Formalisation des procédures pour que les investisseurs n’aient plus besoin de recourir à un individu spécifique pour faire avancer leurs dossiers, coupant ainsi l’herbe sous le pied aux pots-de-vin.

Sur le plan énergétique, le constat est amer : malgré des barrages imposants comme Souapiti (450 MW) ou Kaleta (240 MW), la Guinée peine à s’éclairer. L’auteur pointe :

  • Le manque d’infrastructures de transport de l’électricité.
  • Le coût exorbitant payé par l’État sans retour pour le citoyen.
  • L’urgence d’une refonte de la gouvernance d’Électricité de Guinée (EDG) et l’adoption de compteurs prépayés.

Face au paradoxe d’un pays château d’eau mais plongé dans le noir, Mamadou Gando Bah propose une refonte totale de la gestion d’Électricité de Guinée (EDG). Il préconise aussi la suppression progressive des subventions étatiques (pour réinvestir dans la santé et l’école) en passant systématiquement aux compteurs prépayés.

Emploi, changer de paradigme

Face à un taux de chômage des jeunes préoccupant, l’essayiste critique le système éducatif francophone qui forme des futurs fonctionnaires plutôt que des entrepreneurs. Il propose un modèle de formation décentralisé :

  • La formation de 50 « techniciens pairs » par commune.
  • Le financement de projets rentables soumis à une obligation de remboursement.
  • Un soutien spécifique aux jeunes diplômés, aux artisans du secteur informel et aux sportifs.

Justice, se libérer de la « loi décrétale »

L’un des points de l’ouvrage concerne la réforme de la justice. Mamadou Gando Bah propose une réforme radicale : l’élection des procureurs et des magistrats par un corps électoral composé de professionnels du droit et de représentants du peuple.

Un appel au « Devoir de Vérité »

En conclusion de son ouvrage, l’auteur s’adresse directement à l’élite intellectuelle du pays. Pour lui, le redressement national passe par un rassemblement autour d’un idéal commun, loin des préjugés et du « chauvinisme ».

« Nous devons dire la vérité parce que dire la vérité, c’est reconnaître que notre administration a besoin d’une remise à niveau, d’une refondation », insiste-t-il. « Le Défi Guinéen » s’impose comme un livre de référence pour les décideurs actuels et futurs, offrant une vision où l’intérêt national prime sur les intérêts individuels.

A propos de l’auteur

Mamadou Gando BAH est titulaire d’un diplôme d’Administration publique de L’ENA de Strasbourg, d’un Master en Administration et finances publiques de l’université de Strasbourg, d’un diplôme d’inspecteur des finances publiques de L’ENFIP Paris, et d’un diplôme d’expert en finances publiques de l’institut de la Banque africaine de Développement. Actuellement, il est Directeur national du Centre de formation en finances publiques au ministère de l’Économie et des Finances.

L’auteur a dans son escarcelle littéraire, trois ouvrages: la politisation des administrations publiques en Afrique, La modernisation de la gestion des finances publiques en Guinée d’après la loi organique du 6 août 2012 et le Défi Guinéen (Essai).

L’ouvrage est disponible à la maison de livre Harmattan Guinée ou au Centre de Formation en Finances Publiques, situé dans l’enceinte de la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité publique.

Africaguinee.com

Créé le 19 janvier 2026 16:00

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