Le cri de cœur de Jeanne D’arc Haba : « Le gouvernement guinéen doit nous aider à Diaaka… »

DIAAKA- Tout est parti en 2011 quand le sous-préfet de Balaki d’alors, feu Labila Sangaré a eu des preuves que le village de Diaaka, riche en or appartient à la Guinée. Pourtant depuis les années « 68 », cette contrée était sous la tutelle du Sénégal.

C’est le 15 janvier 2017 que le drapeau guinéen a été implanté dans cette zone, suite à une enquête documentaire approfondie, qui a confirmé l’appartenance de cette bourgade à la Guinée. Depuis la création d’un cercle administratif, un détachement militaire s’y trouve. Mais depuis la zone riche en or est presqu’à l’abandon. On ne sent presque pas la présence de l’Etat. Il n’y a aucune infrastructure sociale de base. Pourtant, de nos jours plus de 5000 âmes y vivent attirées par la présence de l’Or.

Après le retour du droit guinéen sur cette partie, les habitants avaient le choix de rester guinéen ou de choisir une autre nationalité. Les habitants avaient décidé de devenir sénégalais étaient partis à Guemedjè (village sénégalais proche). L’Etat Sénégalais y construit une zone de recasement à 12km qu’ils ont nommé Diaaka-Macky avec un accès à tous les besoins sociaux de base.

En revanche, ceux qui ont eu le courage de rester guinéens établis à Diaaka (Guinée) attendent toujours la présence de l’Etat par la construction d’écoles, d’hôpitaux et un accès à l’eau. D’ailleurs, les guinéens de Diaaka sont obligés d’aller au Sénégal ou à Keniéba (Mali) pour les soins. Africaguinee.com a rencontré Jeanne d’Arc Haba, témoin de l’histoire qui décrit une vie difficile faute d’infrastructures sociales de base. Son témoignage devrait interpeller l’État.

« Je suis installée à Diaaka en 2014, mais c’est de l’enfer. Pour ce qui est de la route c’est difficile, de Labé à Niafou-Diaaka. Si on emprunte la route, de Labé à ici on peut faire des semaines quelques fois. Ce sont des pertes pour ceux qui font du commerce.  Moi par exemple, je suis dans la vente d’alcool. Je fournis assez d’efforts mais c’est avec beaucoup de courage que je m’en sors.  J’ai trouvé les populations locales d’ici presque dans l’enfer faute d’infrastructures sociaux de base. Au début nous étions à Niafou, Diaaka était commandé par le Sénégal. Ce sont les sénégalais qui étaient là.

La Guinée a récupéré la partie en 2016 au temps d’Alpha Condé

Souvent des incidents éclataient ici à Diaaka (…). Là où nous sommes était considéré comme un territoire sénégalais. Vers le poste de police, le Sénégal avait commencé la construction d’une école. Comme à tout moment c’étaient des heurts, les forces guinéennes ont démoli l’école.

L’on se rappelle quand cette zone a été récupérée au temps d’Alpha Condé, le gouverneur de Labé (Sadou Keita NDLR), le préfet de Mali (Elhadj Harouna Souaré NDLR) accompagnés par d’autres hautes personnalités y compris des militaires sont venus. Quand le Sénégal a cédé, on a fait monter le drapeau guinéen, les 8 mois qui ont suivi (15 janvier 2017 NDLR). Ils sont venus déclarer que cette partie appartient désormais à la Guinée. Une cérémonie solennelle a eu lieu. Il y avait beaucoup de monde sur place notamment des guinéens, des sénégalais et d’autres nationalités.

Au choix de nationalité entre la Guinée et le Sénégal

Il n’y avait pas que des guinéens quand la partie a été reconnue guinéenne, il y avait d’autres nationalités. Mais beaucoup y compris les guinéens ont eu des doutes d’appartenir à la Guinée, certains ont dit qu’ils ne veulent pas la nationalité guinéenne parce que le gouvernement guinéen ne sait pas soutenir sa population. Donc ils sont allés faire un campement à l’école de Guemedjè (Village sénégalais). Ils ont choisi d’être sénégalais, chacun est parti avec ses bagages c’était au temps du président Macky Sall.  

Macky Sall a choisi un grand domaine, il a construit une école, un hôpital et des recasements avec un ravitaillement mensuel. Après avoir installé tout le monde, le village a été baptisé Diaaka-Macky. Ils ont honoré Macky qui était le président du Sénégal, donc ce village de l’autre côté du Sénégal, c’est à 12km de Guemedjè

Nous qui sommes restés en Guinée avons vraiment souffert

L’orpaillage même qui se fait ici, c’est juste de la débrouillardise ils ne gagnent pas beaucoup. Il y a beaucoup de difficultés avec les orpailleurs. Nous qui sommes restés en Guinée avons vraiment souffert. Nos enfants qui sont là n’étudient pas, il y a plein de problèmes dans la zone. Nous n’avons pas d’hôpital ici, la société qui est là avait un poste de santé mais il n’y a pas d’infirmiers, actuellement il n’est pas opérationnel. Il y a un centre de santé à Niafou, mais là aussi il y a des choses qui manquent. Tout cela nous fatigue. On a besoin d’eau, qu’on nous aide à avoir une école ici pour les enfants parce que la population ne fait que croître. Avant c’était une dizaine de familles mais voyez le monde qui est là. Ce serait bien s’il y avait une école et un hôpital pour les femmes. 

Si vous tombez malades, il faut Sénégal ou au Mali

Pour les soins, il faut aller à Kédougou (Sénégal), parfois à Saraya(Sénégal) si ce n’est pas un cas grave. Nous allons également à Keniéba (Mali Bamako). On peut même vous dire d’aller à Dakar mais si vous n’avez pas d’argent, c’est des problèmes. L’autre souci, c’est la route, le temps de faire traverser un malade, il risque de mourir en cours de route. Les motos sont les recours pour convoyer un malade et il faut obligatoirement quelqu’un derrière pour tenir le malade. Ce sont eux qui nous aident pour la santé de la population.

Nous sommes tous guinéens 

Nous voulons que le gouvernement guinéen nous aide pour l’hôpital, l’école et tous ces cas cités. C’est toujours regrettable la façon dont les autres avaient quitté ici avec l’argument qu’ils ne veulent pas la gouvernance guinéenne, il ne faut pas que l’Etat guinéen oublie tous ceux qui sont là. Nous sommes tous guinéens, regardez la route que vous avez pratiquée pour être là, c’est de l’enfer. Là on n’en parle pas mais pour notre santé, l’école et l’eau, cela nous tient à cœur. Il n’y a pas d’eau, il n’y a pas de route, il n’y a pas d’hôpital, il n’y a pas d’école, tout cela cause des préjudices à la population. Chacun est roi dans son pays, donc nous voulons vivre ici sous la protection du gouvernement guinéen, nous l’invitons à soutenir la population de Niafou et Diaaka ». 

En dépit du retour de Diaaka à la Guinée, ce secteur rattaché au district de Niafou, l’on n’arrive pas à se défaire du Franc CFA comme monnaie au profit de monnaie guinéenne. La situation géographique reste l’une des raisons. Diaaka étant au carrefour de trois frontières (Guinée, Mali, Sénégal) comme on l’appelle. L’autre changement intervenu, certains réseaux téléphoniques guinéens sont présents désormais contrairement à 2023 où il fallait trouver un opérateur malien ou Sénégalais pour être joignable

Témoignages recueillis par Alpha Ousmane Bah

De Retour de Diaaka (Balaki)

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 664 93 45 45

Créé le 23 mars 2025 13:19

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