Le calvaire des usagers de l’axe Koundara-Frontière Guinée Bissau : « Cette route est à l’abandon… »
Malgré les prouesses dont se targuent les autorités de la transition en matière de construction d’infrastructures routières, les défis restent encore criants surtout en province. Sur certains axes routiers du pays, le constat sur la dégradation des voiries est saisissant. C’est le cas de la route nationale numéro 9 qui relie la préfecture de Koundara à la frontière avec la Guinée Bissau. Reportage.
Distante d’environ 42 kilomètres, cette voie relie la République de Guinée à son voisin de la Guinée Bissau. Depuis plusieurs décennies, cet axe est laissé dans un état funeste voire même chaotique pour les populations et les usagers.

Ce dimanche 22 décembre 2024, nous y avons fait un tour. Pour toucher du doigt la réalité, nous avons emprunté une moto. Tout au long de notre périple, on est submergé par des nuages épais de poussière. La situation change au gré des saisons.
Pour parcourir ce tronçon, les usagers font face à d’énormes difficultés. Entre trous béants, étroitesse du remblais, nuage de poussière, virage dangereux, l’axe Koundara-Kandika est le symbole d’une situation qui interpelle : le manque d’infrastructures routières en République de Guinée. Les quelques téméraires conducteurs d’engins qu’on y rencontrent ne manquent pas de mots pour décrire leur calvaire.
Samba Tenin Diallo est chauffeur de minibus. Il roule sur l’axe Koundara-Saréboïdo. Ce chauffeur décrit un calvaire insoutenable : « Nous souffrons beaucoup ici. Pendant la saison des pluies, c’est seulement avec les mototaxis ou les tricycles qu’on pouvait pratiquer cette route. Il y arrivait des moments où les camions ne venaient même pas ici. On était obligés de faire tout avec les motos », explique notre interlocuteur qui saisit l’occasion pour s’adresser aux autorités compétentes.
Un petit effort de la part des autorités
« Je demande aux autorités de nous aider à réparer cette voie. C’est une route très importante. Si on la répare, cela va beaucoup nous soulager. On a urgemment besoin de cette aide. Que le gouvernement entende nos cris. Si cette route est refaite, il y aura moins de souffrance. Mais, vous imaginez, pour 27 kilomètres de route, en saison pluvieuse tu fais au moins 2 à 3 heures de temps. C’est hyper compliqué. Mais Dieu est grandeur. Nous demandons juste de l’aide par rapport à cette route », plaide Maître Samba.

L’une de ses passagères a saisi l’opportunité pour s’adresser aux autorités : « Faites passer le message à mon fils (allusion faite au chef de l’Etat. Nous les femmes, nous souffrons ici. Si la route est bonne, nous serons les premiers à en profiter parce que dans les conditions actuelles, nous ne dormons pas. On dort peu parce que nous devons chercher à manger et c’est cette route qui nous aide à rallier nos lieux de gagne-pain. Nous demandons de l’aide aux autorités.”
Les autorités doivent agir
Assis sur le porte-bagage d’un taxi brousse, ce passager nous interpelle : “ Voyez-vous ce pont de devant-là, on y a beaucoup souffert. Nous demandons aux autorités de nous assister pour changer cette situation. D’ici Sareboïdo c’est 27 kilomètres. Les autorités doivent agir. On peut refaire cette route. Ce que nous pouvons faire, c’est de les supplier car la dernière saison de pluie, les gens ont beaucoup souffert ici. Nous souffrons avec nos véhicules. Il ne faudrait pas que le Sénégal nous dépasse. Ils ont des routes à péage mais nous, pour une telle petite distance, c’est des problèmes, le gouvernement doit agir », lance-t-il.
Un réseau routier ‘’fatigant’’
Maître Kouyaté roule sur l’axe Koundara, Sareboïdo, Manda Douane (Sénégal) et Boké. Il connaît ces deux tronçons mieux que quiconque. Il estime que : « C’est fatiguant de rouler sur les routes guinéennes. Je roule de Manda à Labé, de Koundara à Labé, de Koundara à Boké. Mais toutes nos routes sont mauvaises. Nos autorités doivent faire face à cela. Nous souffrons énormément. C’est seulement en cette saison sèche que nous parvenons à rouler un peu. Pendant la saison des pluies, c’est pratiquement impossible », regrette-t-il.

Un de ses passagers abonde dans le même sens : « La souffrance est totale ici. Un tronçon sur lequel tu ne devrais consommer qu’un litre d’essence, tu es obligé d’en consommer trois. C’est fatigant. Nous demandons de l’aide à nos autorités ».
27 kilomètres pour 3 heures de temps
Au volant de son taxi en partance pour le marché hebdomadaire de Sareboïdo, maître Mamadou, s’est garé pour parler à notre micro. Il décrit avec pitié leurs souffrances :
« La souffrance que nous endurons ici est indescriptible. Nos véhicules mêmes c’est autre chose. Pendant la saison hivernale même les véhicules ne passent même pas par là. En cette période de saison sèche aussi, on n’ose pas prendre beaucoup de bagages. Seulement des passagers que nous prenons, mais les difficultés sont énormes. Dans les conditions normales si la route est bonne on ne fait même pas 1 heure de temps ici mais à cause de la dégradation trop poussée de la route, on fait 2 heures de temps sur ce tronçon. En saison des pluies on peut faire jusqu’à 3h de temps », témoigne-t-il avant de lancer un message à l’endroit des autorités compétentes :

« Ce que nous demandons aux autorités, s’ils ont les moyens, c’est de nous aider à faire cette route. Nous ne demandons pas forcément de mettre du bitume mais elles peuvent faire du reprofilage, gratter la route, fermer les trous (béants) pour que nous puissions nous débrouiller et gagner notre vie. Les véhicules qu’on utilise ici ne peuvent pas aller loin, c’est la raison pour laquelle nous aussi on se débrouille sur cet axe. Et si on la laisse se dégrader jusqu’à se couper, nous les chauffeurs on risque de ne plus avoir de quoi vivre », se lamente maitre Mamadou, qui a dû bénéficier d’un coup de main pour démarrer son véhicule.

« Aidez-nous. Nous demandons l’aide des autorités à cause de Dieu et de son prophète Mohamed PSL », soupire une de ses passagères après le démarrage du véhicule.
Même la Guinée Bissau fait mieux
« J’habite à Koundara mais je fréquente régulièrement cette route pour aller saluer un ami à Kandika. Mais d’ici au poste frontalier de Kandika il y a un calvaire. Dès que tu dépasses la frontière tu sens la différence. En saison hivernale, la situation est plus que complexe. Je demande aux autorités de corriger cet état de fait », sollicite M. Kolié, conducteur de moto.

Assis sous un manguier avec ses amis, Mamadou Saliou Camara, habitant de Wadiatoulaye, localité riveraine de la Nationale No 9 nous accueille avec beaucoup d’espoir pour faire passer son message à l’endroit des autorités.
« Les difficultés sont nombreuses et diverses », introduit le vieil homme. « S’il pleut ici, même à pied, tu as des soucis. Conducteur de moto ou de véhicule, tout le monde est impacté. Il y a des inondations un peu partout, la circulation se coupe », explique monsieur Camara.
La route des espoirs
« Nous voulons que les autorités nous aident pour la réfection de cette route. De Koundara en passant par Kandika jusqu’à Sareboïdo, c’est l’unique voie sur laquelle nous comptons pour nos affaires. Jusqu’à la frontière avec la Guinée Bissau, c’est la seule route », insiste-t-il.

Bassirou Baldé saisit la parole au rebond et ajoute avec beaucoup de pitié : “S’il y a inondation, nous n’avons pas de quoi manger. On ne peut pas se rendre à Koundara. Si tu y gagnes un sac de riz, tu ne peux pas le ramener à la maison. Nous ne pouvons avoir de quoi vivre en période de pluies à cause de toutes ces difficultés. Entre Koundara et Sareboïdo, la route n’existe presque pas. Si tu as quelque chose à revendre, tu ne trouves même pas de clients. Si tu achètes de la nourriture, tu ne peux pas trouver un convoyeur parce que la route est impraticable. Il y a beaucoup d’agriculteurs ici. Et si pendant la saison hivernale tu ne peux pas te déplacer, comment vivre dans de telles conditions. Nous habitons entre Saréboïdo et Koundara mais nous sommes vraiment inquiets », lance cet autre habitant de Wadiatoulaye.
Le président appelé à agir
Il y a des machines, mais on n’a pas de route : « Nous adressons nos salutations au président général Mamadi Doumbouya. Le pouvoir qu’il a pour gérer la Guinée dans la paix et pour le développement, nous prions Dieu de lui faciliter l’exercice. Mais la population est inquiète. Il y a des gens de certains villages, qui ne savent pas ce qui prévaut dans le pays. Nous, nous sommes pauvres. Nous sommes éleveurs ou agriculteurs. Ici, quand la période de soudure arrive, tu ne trouves rien à acheter. Que les gens s’entendent sur l’essentiel. Mais si un président ne travaille pas pour son peuple, cela devient compliqué. Ce sont les autorités qui peuvent nous aider à avoir des routes et des hôpitaux. Chez nous ici par exemple, quand tu as un malade pendant la saison hivernale c’est inquiétant parce que tu ne sais pas quelle route emprunter pour l’amener à l’hôpital parce qu’il n’y a pas de passage pour les engins roulant. Nous vivons entre Koundara et Kamabi, mais c’est Kamabi qui est plus proche de nous. Faute de route praticable, tu es coincé. Nous avons des difficultés et des préoccupations. Que le président nous aide à cause de Dieu et de son prophète (Mohamed PS). Que Dieu le protège et lui facilite la mission d’aider la population. Que ceux qui ont des responsabilités les accomplissent correctement », ajoute Bachirou Baldé.
Un soutien fidèle mais toujours oublié

A Marou, l’une des premières localités de Koundara, relevant de la sous-préfecture de Saréboïdo, les riverains de la route sont inquiets : « Nous avons toujours soutenu les régimes qui se sont succédé en Guinée mais jusque-là, on n’a rien obtenu. Cette route qui traverse notre village en est une parfaite illustration. On n’a ni de centre de santé, ni de route. Nous sommes vraiment inquiets parce que là, on ne comprend plus », déclare un des sages de la localité.
Un projet de réhabilitation à l’abandon
Selon nos informations, les travaux de réhabilitation de l’axe Koundara- Saréboïdo jusqu’à Kandika, ont été confiés à une entreprise, mais l’entrepreneur aurait quitté les lieux sans accomplir son devoir. Sur la route, il n’y a que trois ouvrages de franchissement qui ont été réalisés. Il s’agit des ouvrages de franchissement permettant l’écoulement des eaux de ruissellement. Ils sont situés entre Koundara ville et la localité de Wadiatoulaye.
Sur place, il n’y a l’ombre d’aucun travailleur ni celle d’un seul engin de travaux publics. Au moment de la réalisation de ce reportage, le directeur préfectoral des travaux publics n’était présent à Koundara pour des raisons de congés de fin d’année. Au bout du fil, monsieur Daouda Coumbassa a tout de même déclaré qu’il a trouvé ce problème sur place à la suite de sa nomination en novembre 2023.

« Moi, je suis venu trouver un problème là-bas, mais j’ai tout fait, je n’ai pas réussi à le résoudre. Il y a une mission qui devait venir pour évaluer ce que l’entreprise qui avait le marché a fait et puis résilier le contrat pour donner à une autre entreprise. Mais j’ai appris qu’elle n’est pas venue », a-t-il expliqué.
« L’entrepreneur a démissionné. Moi, je suis venu, j’ai tout fait. Je l’appelle, au téléphone, il ne décroche même pas, je suis parti au département pour signaler ce problème », a-t-il indiqué.
Selon ses explications il n’y a que trois ouvrages réalisés et le quatrième, n’est même pas terminé. L’entrepreneur n’a même pas fait 1% de réalisation, précise le directeur préfectoral des travaux publics.

« Ils lui ont donné le marché depuis 2019. Moi, c’est seulement en novembre 2023 que j’ai été affecté là-bas. A mon arrivée, j’ai fait le constat. Mais là, j’ai tout fait pour rencontrer l’entrepreneur, sans succès », a-t-il souligné.
Toutes nos démarches pour avoir le contact ou l’identité de l’entreprise chargée des travaux sont restées sans suite, pour le moment.
A suivre !
Un reportage de Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 27 décembre 2024 09:50









