Kindia : A la découverte de Falléssadé, lieu chargé de mythes où Sékou Touré et Lansana Conté ont cherché protection
KINDIA– Au-delà des rumeurs et des légendes, le quartier de Bamban, situé à la sortie de Kindia sur la route de Télimélé, recèle un pan méconnu de l’histoire et de la culture guinéenne. Dominé par l’imposant Mont Gangan, ce quartier, à première vue agropastoral, cache en son sein une localité mythique : Falléssadé. Accompagnés par Ansoumane Camara, un résident de Bamban sur la colline de Koba Pastoria Falléssadé, nous nous sommes plongés dans les merveilles de ce lieu, à la fois verdoyant et riche en récits ancestraux.
Falléssadé, entre refuge ancien et poumon Écologique
Au cœur de Koba Pastoria, le district de Guèmè Falléssadé se dévoile, marqué par des masses de terre et des rochers escarpés bordant un cours d’eau cristallin. Ce site, qui ressemble à un lieu de culte antique, était jadis un espace de vénération et de sacrifices, où les habitants cherchaient protection contre les caprices de la nature.
Ansoumane Camara, notre guide, nous révèle d’emblée la collaboration séculaire qui unissait les fils de Kindia. Ce lieu, au-delà de son histoire, joue un rôle environnemental crucial, offrant un espace de détente, de récréation et de ressourcement aux populations. Été comme hiver, nombreux sont ceux qui y trouvent refuge pour profiter d’un air frais, faisant de Guèmè Falléssadé un véritable « poumon écologique » pour la cité des agrumes.

« Ce que mon père m’a montré, c’est Falléssadé« , confie Ansoumane Camara, citant son grand-père, Ansoumane Camara, surnommé Galy-Yaré. L’histoire raconte l’alliance solennelle entre Galy-Yaré et le Kountigui de Tafory pendant les guerres de conquête. Grâce à une intervention divine, ils auraient réussi à « suspendre » le village, rendant ses habitants invisibles aux yeux des ennemis, qui pouvaient entendre leurs voix sans jamais les voir.

Guèmè Falléssadé, un terme soussou signifiant littéralement « là où le pont doit être construit » était le refuge de l’armée ancestrale. « Là où nous sommes assis, ici à Guèmè Falléssadé, si tu te crois sorcier ou sorcière, viens ici et tu verras la réalité« , lance Ansoumane Camara avec un sourire énigmatique.
Il explique que cette partie était le repère des grands guerriers qui y pratiquaient la sorcellerie contre les envahisseurs. « C’est sous cette pierre précieuse où nous sommes assis que nos grands-parents faisaient tout en matière de sorcellerie contre les envahisseurs » poursuit-il, soulignant la puissance de leurs rituels face à l’ennemi.
La Grotte Mystérieuse, un lieu de bénédiction pour les hauts cadres
Notre périple nous mène ensuite à une grotte, abritant un lieu de culte qui, selon notre guide, a accueilli de nombreux hauts cadres du pays, venus chercher prières et bénédictions pour leur protection. Cette grotte dissimule un long tunnel menant jusqu’à Koba Pastoria, ainsi qu’un grand bunker, également utilisé comme refuge par les guerriers d’antan.
« Cette partie de la grotte est tellement mystérieuse, c’est un mythe, » nous dit Ansoumane Camara. « Il y a un tunnel qui va jusqu’à Koba Pastoria. C’est un bunker naturel. Nos grands-parents y ont fait beaucoup de choses. » Il prévient avec ferveur : « Si tu ne crois pas en ton fétiche, ne rentre pas là-bas. Mais si tu as le courage, tu vas voir des choses mystérieuses que tu n’as jamais vues de ta vie. »

Plus surprenant encore, cette grotte, et plus précisément son point d’eau, aurait accueilli des personnalités de premier plan. « Plusieurs de nos hauts responsables, même certains présidents qui se sont succédé en Guinée, sont venus chercher la bénédiction ici » affirme notre guide. Il cite même les noms de Sékou Touré et Lansana Conté, qui auraient considéré son père comme leur père adoptif. Une histoire dont les habitants de Bamban seraient tous témoins.
“Tu peux venir, nous allons rentrer à l’intérieur pour voir, mais quand tu entres tu vas voir les choses mystérieuses que tu n’as jamais vu dans ta vie. Cette partie qui retiens de l’eau a accueilli beaucoup de nos hauts responsables même certains présidents qui se sont succédés en Guinée venaient chercher la bénédiction ici. Certains ont même pris mon père comme leur père adoptif. Ce fut le cas de Sékou Touré, tout Bamban connaît cette histoire, même Lansana Conté avait fait la même chose. Je ne peux pas tout expliquer”, glisse-t-il.

Un potentiel touristique inexploité et des besoins urgents
Guèmè Falléssadé, au-delà de son histoire riche, est également un lieu de ressourcement pour les touristes étrangers. « C’est parce qu’il pleut là où nous sommes assis, sinon tu aurais vu des Blancs ici », dit-il en désignant la montagne. « Ils viennent se recréer sur cette montagne. Je ne sais pas ce qu’ils cherchent ici, mais ils aiment tellement cet endroit. Ici est très beau, l’atmosphère est très agréable« , témoigne-t-il.
L’héritage de la famille d’Ansoumane Camara est profondément lié à ce lieu. « Depuis 1968, mon père est venu s’installer ici« , raconte-t-il, expliquant que cette terre était le domaine de son grand-père, Alpha Ansoumane Camara alias Galy-Yaré, et que c’est Mansonya qui avait octroyé cette partie à son père.

En contrebas de la colline se trouve l’Institut de Recherche en Biologie Appliquée de Guinée (IRBAG), autrefois appelé « l’hôpital de Pastoria ». Cet institut revêt une importance capitale pour les habitants. « L’hôpital de Pastoria a une très grande importance pour les habitants d’ici et d’ailleurs » affirme M. Camara, louant l’efficacité des médicaments qui y sont dispensés. « Au temps de la maladie Ebola, même si quelqu’un mourrait ici, nous ne mettions pas le corps dans un plastique, » témoigne-t-il, soulignant la confiance dans les traitements de l’institut.
À l’issue de notre exploration, Ansoumane Camara lance un cri de cœur aux autorités guinéennes et aux personnes de bonne volonté. Il souhaite que ce lieu, véritable « patrimoine historique, » soit sauvegardé et mis en valeur. Mais au-delà de la préservation, des besoins essentiels se font sentir pour les habitants de ce quartier reculé : « Dans cette partie très loin de la ville, nous avons un problème d’eau, nous avons besoin d’un forage. »

Il déplore le fait qu’ils boivent l’eau de la rivière ou des cascades en saison des pluies, car le sol est trop caillouteux pour creuser des puits. Enfin, il insiste sur l’importance de valoriser l’Institut Pasteur, vital pour la santé des Guinéens.
Falléssadé, un lieu où l’histoire, la mythologie et le potentiel se côtoient, attend d’être pleinement découvert et soutenu pour révéler toutes ses richesses.
Un reportage de Chérif Keita
Pour Africaguinee.com
Créé le 21 juillet 2025 14:36Nous vous proposons aussi
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