« Il est pris au piège…» : le cri du cœur de la mère de Kaly Diallo, otage d’un réseau criminel en Sierra Leone
CONAKRY:– L’émotion était vive ce mercredi 1er juillet 2026 à Lambanyi, où notre rédaction a rencontré Mme Djenabou Diallo, mère de Mamadou Kali Diallo, un jeune Guinéen âgé de 18 ans, porté disparu depuis le 26 avril 2026. Entre larmes et désespoir, cette mère de famille raconte le calvaire qu’elle traverse depuis plus de deux mois et dénonce ce qu’elle qualifie de vaste réseau d’escroquerie qui ciblerait des jeunes Guinéens candidats à l’immigration clandestine vers l’Europe.
Selon son témoignage, tout a commencé le dimanche 26 avril 2026. Comme à son habitude, Mme Djenabou Diallo s’était levée très tôt pour accomplir la prière de l’aube. Son fils Mamadou Kali Diallo est venu la voir quelques instants avant de quitter la maison.

« Ce matin-là, pendant que je faisais la prière de l’aube, mon fils est venu me voir. Je lui ai demandé ce qu’il voulait. Il m’a simplement répondu : « Rien ». Je ne savais pas que ce serait la dernière fois que je le verrais. Après être sorti, il n’est jamais revenu à la maison », raconte-t-elle avec émotion.
Très vite, l’inquiétude gagne la famille. Les recherches sont lancées dans le quartier, auprès des proches et des amis du jeune homme.
« Nous avons cherché partout. J’ai informé son père. Nous avons demandé à tous ses amis s’il avait passé la nuit chez eux. Tous nous ont répondu qu’ils ne l’avaient pas vu. À partir de ce moment, nous avons compris que quelque chose n’allait pas. »
Quelques jours plus tard, un premier appel téléphonique vient redonner un peu d’espoir à la famille. Mamadou kali Diallo contacte son frère et lui annonce qu’il se trouve en Sierra Leone.
« Il a expliqué à son frère qu’il était parti en Sierra Leone parce qu’il avait appris qu’un bateau devait partir directement vers l’Espagne. Il disait que toutes les démarches étaient déjà prêtes et qu’il avait reçu tous les documents nécessaires. Il avait même photographié son extrait de naissance. Il nous a envoyé plusieurs numéros de téléphone en disant que c’étaient les personnes chargées de son voyage. »
Selon Mme Diallo, les personnes en contact avec son fils auraient alors exigé un premier paiement de 15 millions de francs guinéens afin de finaliser le départ vers l’Europe.« Ils nous ont rassurés que le voyage allait se dérouler dans de très bonnes conditions. Comme nous voulions sauver l’avenir de notre enfant, nous avons envoyé les 15 millions de francs guinéens demandés. »

Pendant plusieurs semaines, la famille reste sans nouvelles avant de recevoir un message vocal.« Un mois après, mon fils nous a envoyé un vocal pour dire qu’il était arrivé en Espagne mais qu’il se trouvait encore à bord d’un bateau. Quelques jours plus tard, il nous a appelés en vidéo. Il nous a expliqué qu’ils étaient retenus dans un foyer et qu’il fallait envoyer rapidement le reste de l’argent afin qu’il puisse être libéré. »
Sous la pression et craignant pour la vie de leur fils, les parents effectuent un nouveau transfert de 13 millions de francs guinéens.
« Je lui ai dit que sur ces 13 millions, 10 millions représentaient le reste demandé et que les 3 millions étaient pour lui afin qu’il puisse se débrouiller une fois arrivé. »
Mais au fil des jours, plusieurs incohérences apparaissent. Les informations transmises par Mamadou Kali Diallo changent constamment et les personnes qui répondent au téléphone donnent des versions contradictoires.
La famille finit alors par comprendre que le jeune homme ne serait jamais arrivé en Espagne.
« Nous avons découvert que notre fils se trouvait toujours en Sierra Leone. Nous avons compris qu’il était manipulé par des individus qui l’obligeaient probablement à nous réclamer de l’argent. Nous pensons aujourd’hui qu’il est victime d’un réseau d’arnaque. »
Mme Djenabou Diallo affirme avoir appris que plusieurs jeunes Guinéens seraient retenus dans des conditions difficiles en Sierra Leone.
« On nous a expliqué que beaucoup d’enfants guinéens seraient isolés là-bas. Ils sont privés de liberté, manipulés et utilisés pour soutirer de l’argent à leurs familles. Ce seraient des Guinéens qui dirigeraient ce réseau criminel. Mon fils n’a que 18 ans. Aujourd’hui, nous ne savons même pas dans quel état il se trouve. »

Très éprouvée, cette mère lance un appel pressant aux autorités guinéennes.
« Nous demandons au Président de la République général Mamadi Doumbouya, au Gouvernement, au ministère des Affaires étrangères, au ministère de la Sécurité, aux services de renseignements et à toutes les autorités compétentes de nous aider à retrouver notre enfant vivant. Nous demandons également aux autorités sierra-léonaises de collaborer avec la Guinée afin de démanteler ce réseau criminel qui détruit des familles entières. »
Un phénomène de plus en plus inquiétant
L’affaire de Mamadou Kali Diallo rappelle le danger auquel sont confrontés de nombreux jeunes Guinéens attirés par les promesses d’un départ vers l’Europe. Profitant de leur rêve d’une vie meilleure, des réseaux criminels organisés promettent des traversées sécurisées avant d’exiger d’importantes sommes d’argent auprès des familles.Dans plusieurs cas, les victimes sont privées de leurs téléphones, enfermées dans des maisons ou des camps clandestins et contraintes d’appeler leurs proches pour réclamer de nouveaux paiements. Les familles, convaincues que leurs enfants sont déjà arrivés en Europe ou qu’ils sont en danger immédiat, vendent parfois leurs biens pour envoyer les sommes demandées.Ces pratiques constituent une véritable traite des êtres humains et une escroquerie organisée qui touche de nombreuses familles en Afrique de l’Ouest.
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 1 juillet 2026 13:03









