Jardin botanique de Kopèrè : Un laboratoire naturel au service de la science et de l’environnement

DUBRÉKA – Au cœur du village côtier de Kopèrè, bordé par la mangrove de l’océan Atlantique, se trouve l’un des trésors écologiques les plus précieux de Guinée : le Jardin botanique de Kopèrè. S’étendant sur 32 hectares — dont 20 hectares de mangrove, 9 hectares de terre ferme et 3 hectares de prairie — ce site est bien plus qu’un espace vert. C’est un véritable centre de recherche, de conservation et d’innovation scientifique, essentiel à la préservation de la biodiversité guinéenne.

Créé en 2000, le jardin constitue aujourd’hui une composante majeure de l’Institut de Recherche et de Développement des Plantes Médicinales et Alimentaires de Guinée (IRDPMAG). Il abrite des centaines d’espèces végétales, dont plusieurs médicinales et alimentaires, précieusement conservées pour la recherche, l’enseignement et le développement de la pharmacopée traditionnelle et moderne.

Un pont entre science moderne et savoirs traditionnels

Pour l’IRDPMAG, le Jardin botanique de Kopèrè est un lieu stratégique où se croisent tradipraticiens et chercheurs. Dr Séré Diané, Directrice adjointe de l’institut, insiste sur l’importance de cette collaboration : « Les tradipraticiens ont des savoirs qu’il faut valoriser. Face à une pathologie, nous répertorions leurs recettes, puis nous revenons en laboratoire pour analyser et confirmer l’efficacité des plantes », a-t-elle expliqué. 

Cette démarche rigoureuse a déjà abouti à plusieurs avancées majeures. Parmi elles, la mise au point de Guinness HTA, un phytomédicament contre l’hypertension artérielle, disponible dans certaines officines de Conakry. L’institut a également développé Satagas, un complément alimentaire pour le diabète de type 2, ainsi qu’un traitement phytothérapique contre le paludisme, tous issus de plantes guinéennes se trouvant dans ce jardin.

Un conservatoire indispensable pour les plantes et les animaux

Le Jardin botanique de Kopèrè est aussi un espace protégé où la main de l’homme intervient avec précaution. L’accès y est strictement réglementé, une protection essentielle pour éviter le prélèvement anarchique d’espèces rares. Même les chercheurs privilégient parfois des récoltes en dehors du site pour ne pas perturber les espèces conservées.

L’écosystème exceptionnel de Kopèrè accueille également une riche faune : oiseaux, écureuils, crabes, serpents, singes, favorisés notamment par la présence de la mangrove. Un véritable poumon écologique, indispensable à l’équilibre environnemental de la localité.

Un centre d’expérimentation scientifique unique en Guinée 

Pour les chercheurs de l’IRDPMAG, le jardin botanique de Kopèrè joue un rôle clé dans l’étude des capacités d’adaptation de nombreuses espèces végétales. Des plantes en provenance de la Guinée forestière y sont testées afin d’observer leur acclimatation en Basse-Guinée.

Dr Jean Loua souligne la diversité exceptionnelle des familles botaniques représentées sur le site : « Nous avons ici près d’une trentaine de familles de plantes, dont les euphorbiacées, les fabacées et d’autres espèces ayant déjà fait l’objet d’études scientifiques comme Alchornea cordifolia, Momordica charantia, Terminalia », a fait savoir ce botaniste de ce Jardin.  

Le jardin recèle également des plantes prometteuses dans la lutte contre le cancer de la prostate, comme l’explique le

Dr Tanou Valdez Bah,
Dr Tanou Valdez Bah,

pharmacien et doctorant spécialisé en pharmacognosie : « Trois plantes conservées ici ont montré une activité importante contre le cancer de la prostate. Leur analyse est en cours. Ce jardin est indispensable pour préserver ces espèces en voie de disparition », a aussi expliqué cet étudiant en fin de cycle. 

Un pôle de formation pour les étudiants guinéens et étrangers

Depuis les années 2000, l’IRDPMAG a accueilli plus de 50 étudiants de master et près de 20 doctorants, dont plusieurs étrangers venus de Belgique et d’autres pays. Actuellement, sept doctorants y poursuivent leurs recherches. Le Jardin botanique de Kopèrè s’impose ainsi comme une référence en matière de formation en biologie, pharmacie, chimie, botanique, médecine traditionnelle et environnement.

Des défis persistants pour un patrimoine à protéger

Malgré son importance, le jardin fait face à de sérieux obstacles. Le financement demeure la principale difficulté, freinant les recherches, la modernisation des laboratoires et le développement des projets. « La recherche a besoin de moyens. Nous avons besoin d’un appui financier des autorités pour poursuivre nos travaux et encadrer les étudiants », plaide Dr Séré Diané.

Les doctorants évoquent également le manque d’équipements de pointe en Guinée, les obligeant à recourir aux cotutelles internationales pour analyser leurs échantillons.

Un appel pressant à la sauvegarde d’un trésor national

Le Jardin botanique de Kopèrè, véritable laboratoire à ciel ouvert, joue un rôle vital dans :

  • la préservation de la biodiversité guinéenne ;
  • la lutte contre la disparition de plantes endémiques ;
  • la valorisation des savoirs traditionnels ;
  • la recherche de solutions thérapeutiques contre des maladies majeures ;
  • la formation de la future élite scientifique guinéenne ;
  • la protection de la mangrove et de l’environnement.

Face aux enjeux écologiques, sanitaires et scientifiques, les responsables de l’IRDPMAG lancent un appel à la population et aux autorités : « Respectons ce jardin, respectons la flore. Notre survie en dépend », lance Dr Séré Diané. 

Dr Séré Diané, Directrice adjointe de l’institut
Dr Séré Diané, Directrice adjointe de l’institut

Faut-il signaler que ce reportage a été réalisé dans le cadre du projet Afri’Kibaaru 2, avec un financement de l’AFD. 

Oumar Bady Diallo 

Pour Africaguinee.com 

Créé le 18 novembre 2025 11:29

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