Jamshid Parvizi, ambassadeur d’Iran en Guinée: « Nous défendons nos droits légitimes…» (Interview)
CONAKRY-Dans un contexte de tensions persistantes au Moyen-Orient entre et le tandem Israël-États-Unis et l’Iran, l’ambassadeur de la République islamique d’Iran en Guinée, Jamshid Parvizi, s’est exprimé. Dans une interview accordée à notre rédaction ce mardi 10 mars 2026, le diplomate iranien revient sur les origines des tensions régionales, la position officielle de son pays face aux opérations militaires et les perspectives de coopération entre l’Iran et la Guinée.
AFRICAGUINEE.COM: Comment votre gouvernement explique-t-il l’origine des tensions actuelles entre l’Iran d’un côté et de l’autre Israël et les États-Unis d’Amérique ?
Ambassadeur Jamshid Parvizi : Je vous remercie d’avoir donné à l’ambassadeur de la République islamique d’Iran l’occasion de cette interview. Nous considérons que la racine des conflits au Moyen-Orient réside dans la nature déstabilisatrice du régime sioniste d’Israël.

Quelles sont les principales causes de l’escalade militaire actuelle ?
Israël est un régime d’occupation, et sa doctrine sécuritaire repose sur la déstabilisation de la région. Pour les États-Unis, qui sont le principal défenseur d’Israël, il est très important qu’Israël dispose, de très loin, d’une puissance supérieure à celle des pays de la région. Afin de préserver cette supériorité, les États-Unis provoquent des crises dans tous les pays forts de la région.
Les tensions entre l’Iran et Israël durent depuis plusieurs décennies. Quels événements ont marqué cette détérioration des relations ?
Après la victoire de la Révolution islamique, l’Iran a placé la question palestinienne au rang de question principale dans sa politique étrangère. Al-Qods (Jérusalem) est précieuse et noble pour les musulmans, et l’Iran soutient la résistance islamique face à l’occupation. C’est un devoir religieux, plus encore qu’une politique.
Pensez-vous que la diplomatie internationale aurait pu empêcher la situation actuelle ?
Pour nous, la diplomatie est la voie préférable. Mais la diplomatie ne peut fonctionner que lorsqu’elle est impartiale. Une diplomatie unilatérale et partisane ne peut jamais répondre aux aspirations de tous les peuples. Aujourd’hui, nous constatons que la scène diplomatique internationale est en faveur des puissances. Malgré cela, nous continuons à insister sur la diplomatie, parce que nous avons des objectifs légitimes et nous sommes convaincus qu’ils peuvent être atteints par la voie diplomatique. Vous avez vous-même vu que nous étions en pleine négociation lorsque les États-Unis d’Amérique et Israël nous ont attaqués. Cela montre que les parties en face de nous ne croient pas à la diplomatie.
Quelle est aujourd’hui la position officielle de l’Iran face à cette crise ?

C’est une agression flagrante. Tout en condamnant cette agression, nous réaffirmons pleinement notre droit légitime à la défense, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations unies. Par conséquent, notre guerre aussi constitue une défense légitime face à l’agression.
Comment votre pays réagit-il aux opérations militaires menées par Israël et les États-Unis contre votre pays ?
Nous répondons à cette agression par tous les moyens à notre disposition. Ils ont attaqué notre pays par voie terrestre, maritime et aérienne. Ils utilisent le territoire de nos voisins pour attaquer notre pays. Ils utilisent également l’espace aérien de nos voisins pour mener leurs attaques. Nous avons déclaré que toute origine d’où provient une attaque contre nous constitue, pour nous, une cible légitime, et que nous frapperons les bases américaines et israéliennes dans tout pays à partir duquel une attaque sera lancée contre nous.
Existe-t-il un risque réel d’extension du conflit à l’ensemble du Moyen-Orient ?
Nous n’avons aucune volonté d’élargir la crise, et nous avons également déclaré à tous les gouvernements de la région qu’Israël est l’ennemi de nous tous et que ce sont Israël et les États-Unis qui veulent les entraîner dans cette crise. Par cette approche, ils veulent amener tous les pays du monde à agir contre l’Iran.
Quelle est la situation humanitaire des populations civiles affectées par ces tensions ?
J’ai noté ici quelques chiffres afin de répondre à votre question par des données chiffrées. Le premier jour de la guerre, ils ont martyrisé 200 élèves. Jusqu’à présent, ils ont tué 67 pompiers iraniens. Ils ont frappé les dépôts de carburant dans les villes, à tel point que les gens ne peuvent plus respirer.
Le fils d’Ali Khamenei a été désigné comme successeur au poste de Guide suprême. Pourquoi?

Je ne considère pas cela comme le choix du fils à la place du père, mais plutôt comme une grande stratégie visant à assurer la continuité du commandement unifié de l’Iran. Ce choix a donné une force supplémentaire à nos forces armées. Il a toujours exercé le commandement militaire aux côtés de son père. Dans les conditions de guerre, notre moral s’est nettement amélioré.
Quel rôle la communauté internationale, notamment l’Organisation des Nations unies, devrait-elle jouer pour favoriser un retour au dialogue ?
Conformément aux principes de rejet de l’agression, la responsabilité des organisations internationales est parfaitement claire. La règle de l’interdiction du recours à la force est une norme impérative du droit international, et il incombe aux organisations internationales de condamner les États qui recourent à la force pour atteindre leurs objectifs. Les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran ouvertement. Il est du devoir des organisations internationales de condamner immédiatement cette agression.
L’Iran est-il prêt à participer à des négociations ou à un cessez-le-feu avec Israël et les États-Unis ?
L’Iran était engagé dans une négociation et un dialogue constructif avec les États-Unis. Cela fait deux fois que nous négocions avec les États-Unis, et l’Iran a toujours été favorable à la négociation. La fois précédente aussi, cela s’est produit au mois de juin : nous étions en train de négocier lorsqu’ils nous ont attaqués. Durant cette même période, nous avons aussi eu des négociations à Genève, et il avait été convenu que nous reprendrions les discussions quatre jours plus tard à Vienne. Alors même que nous sommes favorables à la diplomatie et à la négociation, eux utilisent la négociation et la diplomatie pour nous contourner.
Votre pays est souvent critiqué concernant son programme nucléaire. Comment répondez-vous à ces accusations?

Dans le monde, nous disposons d’une institution internationale compétente pour les activités nucléaires. L’Agence internationale de l’énergie atomique est chargée de l’examen et du contrôle des activités nucléaires des pays. Cela fait vingt à trente ans que l’Iran travaille avec cette Agence. L’Agence a toujours contrôlé nos activités nucléaires. Si les États-Unis et Israël ont des préoccupations, celles-ci ne sont pas d’ordre technique. Elles relèvent davantage de considérations politiques et de leurs revendications illégitimes.
Quel message l’Iran adresse-t-il aujourd’hui aux pays africains face à cette crise internationale ?
Avant toute chose, il faut remercier tous les gouvernements et tous les peuples africains. L’Afrique a eu l’intelligence nécessaire pour se placer du côté de la justice et du droit. Et notre message aux Africains est le suivant : la technologie pacifique est un droit pour nous tous. L’accès à l’indépendance et l’affranchissement de la dépendance sont un droit pour nous tous. Ce qui se passe aujourd’hui en Iran peut aussi vous arriver un jour. C’est le droit de nous tous.
Selon vous, cette crise pourrait-elle avoir des conséquences économiques pour l’Afrique ?
Cela a certainement un impact, que ce soit de notre côté ou du côté des pays qui entretiennent des relations avec l’Afrique. Ces relations ont été affectées par la guerre. Son impact le plus important est la crise énergétique. En outre, de nombreuses cargaisons commerciales transitent habituellement du Moyen-Orient vers l’Afrique, et cette crise pourrait donc perturber l’approvisionnement en marchandises.
Bien entendu, cela concerne tous les pays du monde, et l’Afrique n’y fait pas exception.
Malgré cette situation internationale, comment l’Iran souhaite-t-il renforcer sa coopération avec la Guinée?

Nos relations avec la Guinée sont des relations amicales et fraternelles, et elles existent depuis de longues années. Depuis l’époque du président Sékou Touré, l’Iran et la Guinée sont de bons amis, et ces relations se sont poursuivies jusqu’à aujourd’hui dans le même esprit fraternel. Les sanctions unilatérales des États-Unis ont eu un impact sur le volume des relations économiques de l’Iran. Cela concerne tous les pays, y compris la Guinée, et cela a rendu le travail des entreprises commerciales des deux pays plus difficile. Cependant, nous espérons qu’après l’évolution de la situation de guerre et des attaques, nous assisterons également à la fin des sanctions unilatérales et que les secteurs privés retrouveront leurs capacités.
Une interview Réalisée par Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 11 mars 2026 07:25









