Sa maladie, la voiture présidentielle, son évacuation: Mingo brise le silence…

CONAKRY – Depuis dix-sept ans, Lansana Camara, plus connu sous le nom de Mingo, fait rire des milliers de spectateurs à travers ses sketchs et vidéos. Mais derrière ce sourire éclatant et cette bonne humeur qu’il distille, se cache une douleur profonde. Depuis cinq ans, la vedette de la comédie guinéenne lutte contre une insuffisance rénale qui l’oblige à subir régulièrement des séances de dialyse.

Dans un entretien exclusif accordé à Africaguinee.com, Mingo revient sans détour sur son parcours. Il parle de sa maladie, du soutien de l’État – notamment la voiture que lui a offerte le président de la transition –, de ses espoirs d’évacuation et de ses rêves encore inachevés. Excellente lecture.

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Je suis Lansana Camara, plus connu sous le nom de Mingo. Je suis artiste. Ce surnom m’a été donné quand j’ai commencé à faire de la comédie.

Comment avez-vous commencé votre carrière ?

MINGO: Au départ, j’étais cadreur et photographe. Parallèlement, je faisais un peu de la comédie au sein d’un groupe. Faute de moyens financiers, il m’était difficile d’avancer. Nous allions parfois voir des producteurs, mais ils nous disaient qu’ils ne nous connaissaient pas. Un jour, je suis allé prendre les images d’un groupe de comédiens. Pendant la pause pour le repas, j’ai improvisé quelques blagues qui ont beaucoup fait rire. Le soir, certains sont venus me voir pour me proposer de transformer cela en sketch filmé. J’ai accepté, puisque j’avais déjà un trépied. Nous avons tourné la scène et confié la cassette à un producteur. Au départ, il n’avait rien fait, mais plus tard, il a sorti le film. Très vite, partout où je passais, les gens m’appelaient « Mingo ». J’ai compris alors que le film avait eu du succès. C’est comme ça que ma carrière a commencé. Aujourd’hui, cela fait 17 ans que je suis dans la comédie.

De quelle maladie souffrez-vous ?

Je souffre d’insuffisance rénale. C’est une maladie très difficile, car il n’existe pas de médicament spécifique contre elle. La seule solution est la dialyse. Pendant quatre heures, des machines nettoient mon sang. Cela fait bientôt cinq ans que je vis avec cette maladie. Au début, je ressentais une grande fatigue, des maux de tête persistants, je ne dormais presque plus la nuit et je faisais des hallucinations. C’est mon grand frère qui m’a conduit à l’hôpital, où les médecins ont diagnostiqué la maladie. J’ai été pris en charge à Donka avant que l’État ne décide de me transférer dans une clinique privée. Au départ, je pensais que c’était une maladie passagère, mais en discutant avec d’autres malades dialysés, j’ai compris que c’était chronique. Certains vivent avec depuis 20 ou même 40 ans. Cela m’a donné du courage. Je me suis dis que je devais rester fort pour ma famille et ne pas désespérer.

Qu’en est-il de votre évacuation?

Je devrais être évacué comme d’autres artistes malades. Mais comme je suis déjà allé en Tunisie pour un traitement, l’État m’a demandé de patienter pour être envoyé plutôt en Europe. Les démarches sont en cours, mais elles prennent du temps, car il faut contacter les hôpitaux et suivre les procédures nécessaires.

Avez-vous déjà reçu un don de rein ?

Non, ce n’est pas vrai. Quand j’étais en Tunisie avec mon ami comédien Fiston, on avait évoqué cette possibilité, mais là-bas ce n’était pas possible. Certaines personnes en Europe m’ont promis de me donner un rein si nous sommes compatibles, mais pour l’instant, ce ne sont que des

Regrettez-vous d’avoir choisi la comédie ?

Non, je ne regrette pas. C’est grâce à la comédie que l’État m’aide aujourd’hui et que le peuple de Guinée me connaît. Même malade, je continue à faire des vidéos sur TikTok pour faire rire et remercier ceux qui prient pour moi. Parfois, après la dialyse, je suis très fatigué et je passe la journée couché, en larmes. Mais ma femme m’apporte beaucoup de soutien moral. Je n’ai pas gagné d’argent dans la comédie, mais j’ai de bonnes relations. Quand j’ai besoin d’aide et que j’appelle les autorités, elles me soutiennent. Je suis marié et père de quatre enfants. Je ne vis que de la comédie. Le peu que je touche au BGDA m’aide à subvenir à mes besoins, même si ce n’est pas beaucoup.

Le président de la Transition vous a offert une voiture. Que représente-t-elle pour vous ?

Je remercie le président de la Transition pour ce geste. Cette voiture n’est pas un luxe, mais un véritable médicament pour moi. Comme je dois aller régulièrement en dialyse, il est dangereux de prendre la moto, car j’ai un dispositif sur la poitrine qui ne doit pas être mouillé ni abîmé. La voiture me permet d’aller à l’hôpital en toute sécurité. Je demande au peuple de Guinée de laisser l’État travailler tranquillement pour mon évacuation. Depuis le début de ma maladie, c’est l’État qui prend en charge mes soins. Tout ce que je demande, ce sont des prières pour que je sois évacué.

Quel était votre rêve d’enfance ?

Mon rêve était de devenir footballeur et de jouer pour la Guinée. Mais avec mes amis, je faisais souvent rire et, finalement, c’est la comédie qui a pris le dessus. Aujourd’hui, même si je n’ai pas fait fortune dans ce métier, je rends grâce à Dieu et je continue à avancer.

Quel est votre message au peuple de Guinée ?

Je sais que beaucoup s’inquiètent pour ma santé. Je leur demande de rester calmes et de continuer à prier pour moi. Si le peuple avait les moyens, il m’aiderait, j’en suis convaincu. Je remercie aussi le président Doumbouya et son gouvernement pour tout ce qu’ils font. Avant même ma maladie, je l’ai toujours soutenu. J’ai d’ailleurs été l’un des premiers à chanter pour lui après sa prise de pouvoir. À l’époque, l’ancien président Alpha Condé nous recherchait, et l’arrivée du président Doumbouya a été pour nous comme une libération.

 

Interview réalisée par Yayé Aïcha Barry 

Pour Africaguinee.com

Créé le 7 septembre 2025 12:49

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