« La tonne pourrait faire passer de 13$ à 35$ »: Un physicien propose une formule pour optimiser le prix de la bauxite guinéenne
CONAKRY- La Guinée va-t-elle enfin tirer le juste profit de son « or rouge » ? Après plus d’une décennie de recherches, le physicien guinéen Dr Lamine M. Dieng a présenté devant l’Académie des sciences une formule mathématique innovante visant à fixer un prix de référence en temps réel pour la bauxite guinéenne, en corrélation directe avec le marché chinois.
Selon ses estimations, la tonne pourrait bondir jusqu’à 35 dollars, contre à peine 13 dollars par le passé. Comment fonctionne cette formule ? Quel impact aura-t-elle sur les recettes fiscales de l’État si elle est entérinée ? Dans cet entretien exclusif accordé à Africaguinee.com, le physicien lève le voile sur les enjeux de ses travaux.
AFRICAGUINEE.COM : Vous avez présenté une formule scientifique relative au prix de référence de la bauxite de Guinée. Pouvez-vous nous en dire davantage ?
Dr LAMINE DIENG : Effectivement, nous étions dans les locaux de l’Académie des sciences dans le cadre de la présentation des travaux portant sur le projet de fixation du prix de référence de la bauxite guinéenne. Les académiciens étaient présents pour écouter la présentation, poser des questions et partager leurs observations afin d’enrichir la réflexion autour de cette thématique. Cette présentation est le fruit d’un travail préparé depuis plusieurs mois. Elle s’inscrit dans une dynamique de réflexion engagée depuis de nombreuses années sur la valorisation optimale des ressources minières de la Guinée.
Quel est l’objectif de ce prix de référence de la bauxite ?

Vous conviendrez avec moi que cette question est aujourd’hui d’une grande actualité. Même les partenaires multilatéraux, notamment la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), ont demandé au gouvernement guinéen d’institutionnaliser un prix de référence pour sa bauxite afin d’améliorer les recettes fiscales et les revenus tirés du secteur minier. Pour notre part, nous travaillons sur cette problématique depuis une dizaine d’années. L’idée est de déterminer un prix de référence adapté aux réalités guinéennes, en tenant compte du fait que la Guinée possède l’une des plus importantes réserves de bauxite au monde.
En quoi consiste concrètement votre travail ?
Notre démarche consiste à établir une corrélation entre le marché chinois et les réalités économiques de la Guinée. Aujourd’hui, environ 85 % de la bauxite guinéenne est exportée vers la Chine. Il était donc indispensable d’analyser ce marché de référence tout en tenant compte des dispositions du Code minier guinéen.
À partir de ces éléments, nous avons développé une formule évolutive permettant de déterminer un prix de référence en temps réel, en fonction des fluctuations du marché chinois. L’objectif est d’accroître les recettes fiscales et les revenus de l’État guinéen.
Cela signifie-t-il que le prix utilisé jusqu’à présent n’était pas satisfaisant ?

Dans le passé, les prix étaient souvent déterminés directement entre les compagnies minières, selon des mécanismes qui ne favorisaient pas toujours les intérêts de la Guinée. Aujourd’hui, l’ambition est d’améliorer ce système grâce à davantage de transparence et d’équité, et les autorités sont engagées dans cette voie.
Je ne dirais pas que la Guinée ne tirait aucun bénéfice de l’exploitation de sa bauxite, mais les mécanismes de fixation des prix n’étaient pas suffisamment avantageux pour le pays. À travers cette formule que nous avons conçue et présentée, nous pensons qu’elle pourrait aider la Guinée à améliorer, voire à accroître, les revenus tirés de l’exploitation de la bauxite.
Comment cette formule pourrait-elle améliorer les revenus de l’État ?
Sans entrer dans tous les détails techniques, puisque le processus n’est pas encore totalement institutionnalisé, je peux dire que nous avons utilisé des modèles mathématiques permettant d’établir une corrélation entre le marché chinois et l’économie guinéenne.
En quoi cette formule pourrait-elle changer la donne ?

Cette formule suit l’évolution du marché chinois en temps réel. Or, le prix de vente de la bauxite constitue la base de calcul de nombreuses redevances et taxes minières. Si ce prix est sous-évalué, les revenus fiscaux de l’État le sont également. Il s’agit donc d’un outil essentiel pour garantir une meilleure valorisation de la bauxite guinéenne sur les marchés internationaux.
Disposez-vous déjà d’estimations chiffrées ?
Oui. Pendant longtemps, certaines transactions se sont effectuées sur la base de prix variant entre 12 et 13 dollars la tonne. Avec notre approche, après déduction des coûts liés à l’exploitation, au transport et aux différentes charges, nous estimons que le prix de référence pourrait se situer entre 30 et 35 dollars la tonne. Cela représente une différence significative qui pourrait avoir un impact important sur les revenus du pays.

Quelles seront les prochaines étapes ?
L’étape suivante consiste à vulgariser ces travaux et à poursuivre les échanges avec les autorités compétentes, notamment le ministère des Mines et de la Géologie, afin d’aboutir à l’institutionnalisation de cette formule. Je pense que les autorités sont conscientes des enjeux et qu’elles travaillent déjà à améliorer les mécanismes de fixation des prix afin de mieux défendre les intérêts de la Guinée.
Les membres de l’Académie des sciences ont formulé plusieurs observations. Seront-elles prises en compte ?

Absolument. Nous avons la chance de travailler avec d’éminents scientifiques et universitaires. Toutes les recommandations formulées aujourd’hui seront examinées et, le cas échéant, intégrées à nos travaux. Il s’agit d’un travail de longue haleine. Depuis plus de quatorze ans, alors que j’évoluais au sein de Bel Air Mining, je me suis interrogé sur la véritable valeur de la bauxite guinéenne et sur les mécanismes de sa commercialisation.
Mes travaux au sein du projet de Bel Air Mining/Alufer Mining, notamment dans l’élaboration de la convention de base, m’ont permis de mieux comprendre le secteur et m’ont convaincu, en tant que physicien, de réfléchir à une solution pour la République de Guinée. C’est ainsi qu’est née cette formule de fixation du prix de référence.
Qu’en est-il de la publication scientifique et de la protection de vos droits d’auteur ?

Je suis serein sur cette question. Cette formule s’appuie sur plusieurs travaux scientifiques déjà publiés dans différentes revues académiques, notamment aux États-Unis. Le moment venu, nous soumettrons ces travaux à une publication spécialisée, soit par l’intermédiaire de l’Académie des sciences, soit à travers des institutions académiques internationales. Les bases scientifiques sont déjà solides et correctement documentées.
Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 25 juin 2026 13:23Nous vous proposons aussi
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