Guerre en Iran : Ousmane Sonko décrypte les « dessous » de l’élimination de Khamenei par les USA et Israël

DAKAR – Le Premier ministre sénégalais a rompu le silence ce dimanche 1er mars 2026, dénonçant l’offensive militaire américano-israélienne contre Téhéran. Ousmane Sonko y voit les prémices d’un basculement global.

C’est un discours de rupture qu’a livré le chef du gouvernement sénégalais. S’exprimant sous les couleurs de son parti, le PASTEF, Ousmane Sonko n’a pas utilisé la langue de bois diplomatique habituelle pour commenter l’opération « Fureur épique » déclenchée quarante-huit heures plus tôt. Pour lui, l’assassinat de l’Ayatollah Khamenei et des hauts dirigeants iraniens marque la fin d’un cycle de droit international.

Le Premier ministre sénégalais a souligné la gravité exceptionnelle de la période actuelle : « Nous vivons des moments assez particuliers, des moments très sombres, des moments extrêmement délicats, dont il nous faut mesurer toutes les conséquences et toutes les implications. Depuis deux jours s’est déclenchée au Moyen-Orient, une guerre, déclenchée par les États-Unis d’Amérique et leurs alliés israéliens, qui ont choisi de frapper un pays, notamment l’Iran, et qui ont déclenché la riposte de ce pays, qui a embrasé toute la région du Golfe », a-t-il pointé.

Fustigeant l’absence de cadre légal international, Ousmane Sonko alerte sur une dérive qu’il juge systémique. « C’est déplorable, parce qu’à la base, nous sommes dans une situation, depuis un an maintenant, de remplacement du contrat social mondial par un retour à l’état de nature, de liquidation du droit international, où un pays peut se donner le droit à tout moment de kidnapper des présidents, de s’attaquer à d’autres pays, d’asphyxier des pays… Un pays sans résolution, ni mandat des Nations Unies, peut décider de frapper d’autres pays, de tuer, d’assassiner leurs dirigeants. Ceci est extrêmement grave. »

L’onde de choc économique : le spectre du Détroit d’Ormuz

Au-delà de la morale internationale, le chef du gouvernement sénégalais dresse un tableau sombre des répercussions directes pour le Sénégal en particulier et l’Afrique en général. Il pointe surtout la vulnérabilité énergétique du pays face au blocage des routes maritimes : « Il nous faut mesurer toutes les conséquences de ce conflit, qui dépasse le simple aspect militaire. Nous savons tous qu’aujourd’hui, le trafic autour du détroit d’Ormuz est compromis, et nous savons que minimum 40% ou 30% du pétrole mondial passent par ce détroit. Les impacts sur le plan économique pour tous les pays, dont le Sénégal, dont la consommation en produits pétroliers dépend de ces trafics-là, les conséquences seront très importantes. » Selon lui, cette crise unilatérale provoquera une réaction en chaîne sur le coût de la vie.

« Pratiquement, les industries, l’économie, tout tourne à partir de ces produits hydrocarbures. Et donc, même les produits de consommation courantes, notamment les produits alimentaires, s’en trouveront impactés. Et tout ça, par une décision unilatérale d’un pays, tout puissant soit-il, de déclencher une guerre », a-t-il fustigé.

Un conflit de puissance 

Analysant les racines profondes de cet embrasement, Ousmane Sonko y voit une tentative désespérée de l’Occident, mené par Washington, de freiner l’ascension des pays émergents (BRICS) et de la Chine :

« Nous avons des puissances émergentes, regroupées autour des BRICS, avec la Chine comme un pays moteur, qui aujourd’hui […] sont en train non seulement de rattraper tout le retard, mais de prendre le dessus sur le vieux monde occidental. Et tout ce que vous voyez, c’est des réactions de ce pôle, et particulièrement des États-Unis, qui ont peur de perdre cette primauté, cette domination écrasante sur tout le reste du monde », a-t-il analysé.

Ousmane Sonko ajoute que l’objectif stratégique est l’isolement des adversaires de l’Amérique. « Il s’agit de freiner et d’expulser une puissance comme la Chine… C’est ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient, où il faut couper effectivement toutes les connexions de ces pays avec la Chine, avec la Russie. »

L’Afrique, « grand oublié » de la carte géopolitique

Le leader du PASTEF dresse une critique acerbe à ses pairs africains et à l’opinion publique du continent, déplorant une passivité face à ce qu’il nomme comme une « réitération de la volonté coloniale ».

« L’Afrique n’est jamais sortie de cette colonisation. Je m’en veux pour preuve que ce que les documents appellent la néocolonisation, par les monnaies coloniales, par le piège des ressources naturelles, mais également par la dette injuste imposée à l’Afrique. […] Nous sommes le continent qui n’existe pratiquement pas sur la carte géopolitique, mais qui semble être le seul à l’ignorer, et nous sommes là encore dans des débats secondaires qui n’apportent rien au monde », martèle-t-il, avouant se sentir « assez isolé » dans ce combat pour la compréhension des enjeux globaux. Il appelle à élever le niveau du débat au-delà des « manipulations politiciennes ».

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 2 mars 2026 07:02

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