Fusion GMD et sort de l’UFDG : Les « vérités » du Dr Ben Youssouf Keita sur le septennat et ses rapports avec Cellou Dalein

CONAKRY – Dans cette seconde partie de son interview, le Dr Ben Youssouf Keita, président de l’Alliance pour le Changement et le Progrès (ACP), se prononce sans détour sur la fusion politique autour de la Génération pour la Modernité et le Développement (GMD), initiée par le Premier ministre Bah Oury. L’ancien député évoque également la place de l’UFDG dans le jeu politique actuel, plaide pour des élections inclusives et appelle à une gouvernance transparente et équitable des ressources nationales.

AFRICAGUINEE.COM : Après la reconduction de Bah Oury, une fusion est envisagée autour de la GMD. Quelle est la position de l’ACP ?

DR BEN YOUSSOUF KEITA : Je vous ai dit tout à l’heure que Mamadi Doumbouya n’est pas venu au pouvoir avec un parti politique. Il y est arrivé grâce au soutien de nombreux partis, ONG et mouvements de soutien. Il a bénéficié de la confiance d’une majorité de Guinéens, en raison des résultats obtenus au cours des quatre années de gestion précédant l’élection présidentielle.

Être élu président de la République est une chose, gouverner et mettre en œuvre un projet de société pendant un mandat en est une autre. Le plus dur est passé. Ce qui reste aujourd’hui, c’est le renforcement du législatif. L’exécutif est déjà en place. Pour le judiciaire, il n’y a pas de problème. Mais pour le législatif, il faut des élections. Et dans une vraie démocratie, ces élections passent par des partis politiques organisés.

Pour les maires, il faut des élections communales. Il en est de même pour les sénateurs et les conseils régionaux. Or, le président Mamadi Doumbouya, qui ne dispose pas d’un parti politique, a aujourd’hui besoin d’un instrument politique. La Génération pour la Modernité et le Développement va donc se transformer en parti politique. Pour le moment, c’est un mouvement. Mais comme de nombreux partis et mouvements se sont constitués autour de la candidature du président Mamadi Doumbouya, il est tout à fait naturel de faire appel à tous ces acteurs pour se donner la main et créer un parti politique capable de défendre et de garantir son projet de société.

Le Premier ministre, chargé de structurer ce parti, fait appel à ses anciens collaborateurs pour former cette nouvelle formation politique. C’est logique. Libre ensuite à chacun d’accepter ou non. Certains accepteront, d’autres non. Pour ce qui nous concerne, à l’ACP, notre position est claire et sans ambages. Nous adhérons à cette formation. Nous participerons à la création du parti politique GMD et nous accompagnerons le projet de société du président Mamadi Doumbouya.

Sans conditions ?

Sans aucune condition. Parce que nous savons que cela ira dans le sens du bonheur du peuple guinéen. Quand on mène un combat, il ne faut pas le faire pour soi-même, mais pour un idéal. Et l’idéal, c’est une cause commune. Notre combat, c’est le bien-être du peuple guinéen. Nous voulons que la Guinée sorte du sous-développement. Nous avons tout pour vivre comme les Français en France, les Américains aux États-Unis ou les Russes en Russie. Dieu nous a tout donné. C’est donc une question de leadership et de qualité des dirigeants.

Lorsque vous avez des dirigeants éclairés, prêts à se sacrifier pour l’intérêt supérieur de la nation, nous n’avons aucun problème à les suivre. C’est pour cette raison que nous avons adhéré par conviction. Et je le dis clairement : ce n’est pas le président qui fera de vous un ministre, un député ou un sénateur. C’est Dieu qui l’aura décidé. Les dirigeants ne sont que des instruments à travers lesquels cette décision s’exécute. Nous sommes 14 millions de Guinéens. Pensez-vous que le président Mamadi Doumbouya connaisse personnellement un million de Guinéens ? Non. Le Premier ministre Bah Oury non plus. En réalité, personne ne connaît plus de 100 ou 200 personnes de manière proche.

Si Dieu a décidé que vous serez ministre, directeur, ambassadeur ou gouverneur, Il utilisera les moyens nécessaires pour que votre nom parvienne aux décideurs. C’est cette philosophie qui est la nôtre. Voilà pourquoi nous ne faisons la cour à personne. Nous attendons simplement que notre destin, s’il est déjà scellé par Dieu, s’accomplisse, Inch’Allah.

Votre parti, l’ACP, ambitionnait de participer à la présidentielle de 2025 et briguer la magistrature suprême, avant d’y renoncer. Pourquoi ce choix ?

Ben Youssouf Keita, avec ses camarades, a créé un parti politique appelé ACP (Alliance pour le Changement et le Progrès) le 21 janvier 2022, avec beaucoup d’énergie et d’engagement. Parallèlement aux démarches pour obtenir l’agrément — ce précieux sésame — nous avions déjà installé les antennes et bureaux du parti dans les 33 préfectures de la Guinée, ainsi que dans plusieurs pays africains, notamment la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Mali, la Sierra Leone et le Libéria. Nous étions également présents en Europe (France, Angleterre, Roumanie, Espagne, Portugal), aux États-Unis, au Canada et en Chine.

Malheureusement, nous n’avons pas obtenu l’agrément. À l’époque, il y avait une restructuration en cours au ministère de l’Administration du territoire, visant à assainir et réorganiser le paysage politique. Dans ce contexte, nous n’avons pas été agréés. Comme vous l’avez dit, on crée un parti politique pour participer au développement du pays et, idéalement, pour briguer la magistrature suprême. Dans cette logique, nous avons envisagé de nous présenter comme candidats indépendants, puisque nous avions perdu l’agrément. Mais cette option n’a pas abouti.

Nous avons alors été acceptés par un parti politique remplissant toutes les conditions exigées par le cadre légal, le parti Nouvelles Forces Démocratiques (NFD), dirigé par le Dr Mouctar Diallo. Toutefois, nous avions posé une condition claire. Depuis le 5 septembre 2021, nous avions décidé de soutenir le CNRD. Nous avons salué son action et affirmé que nous étions en phase avec sa vision, incarnée par le général Mamadi Doumbouya. Nous sommes restés fidèles à cette conviction.

Nous avions donc décidé que nous nous présenterions à l’élection présidentielle uniquement si le général Mamadi Doumbouya ne se présentait pas. C’était notre condition. Et s’il se présentait, nous retirerions notre candidature pour l’accompagner. C’est exactement ce qui s’est passé. Si vous vous en souvenez, le général a déposé sa candidature 48 heures avant la clôture du dépôt, alors que plusieurs semaines s’étaient déjà écoulées. Dès qu’il l’a fait, nous avons immédiatement stoppé notre démarche de candidature et annoncé officiellement notre soutien à sa candidature.

Nous l’avons accompagné sous l’égide de la plateforme La Guinée Inclusive (LGI), dont le parrain est M. Amadou Oury Bah. Nous avons signé une charte dans laquelle nous nous engagions à accompagner le candidat jusqu’à la victoire, puis à l’accompagner également dans la gestion du pouvoir une fois élu.

Voilà pourquoi nous avons renoncé. Nous nous sommes mis à disposition par conviction. Parce que ce que le général Mamadi Doumbouya a montré en quatre ans, nous aurions fait la même chose si nous avions été au pouvoir, dans le cadre du développement de la nation. C’est cela que nous voulons : le bonheur de la Guinée.

Docteur, vous êtes un ancien cadre de l’UFDG et un proche collaborateur de Cellou Dalein Diallo, aujourd’hui en exil, tandis que son parti reste suspendu pour encore plusieurs mois. Comment vivez-vous cette situation ?

Personne ne peut se réjouir des difficultés de son proche. À plus forte raison, on ne peut souhaiter le malheur à une maison dans laquelle on a évolué. Pas du tout. Lorsqu’on a la possibilité d’agir pour que la maison soit apaisée, stable et en bonne santé, on le fait. C’est tout ce que je peux dire. Elhadj Cellou Dalein Diallo et moi avons travaillé ensemble pendant plusieurs années. Même si, depuis plus de trois ans, nos chemins politiques se sont séparés, cela ne signifie pas que nous n’avons pas à cœur le bonheur de l’UFDG. Bien au contraire. Mais au-delà de l’UFDG, c’est le bonheur de tous les Guinéens qui nous importe. Et, bien entendu, celui des militants et sympathisants de l’UFDG en particulier.

Le parti UFDG reste suspendu et il n’y a, pour l’instant, pratiquement aucune perspective de participation aux prochaines échéances électorales qui pourraient être bientôt organisées. Comment voyez-vous cette situation ?

Mon souhait est clair : que l’UFDG participe. On ne peut pas souhaiter du malheur à une maison qui vous a tout donné, dans laquelle vous avez grandi politiquement et fait vos premiers pas. C’est une maison que j’ai quittée dans de bonnes conditions, qui m’a dit au revoir dans de bonnes conditions, et à laquelle j’ai également dit au revoir dans de bonnes conditions. Mon souhait est donc que les militants et sympathisants de l’UFDG puissent participer à toutes les échéances électorales.

Je souhaite aussi que les responsables du parti — qui sont avant tout des Guinéens, désireux du bonheur de leur pays — aient la possibilité d’accéder à des postes de responsabilité, afin de servir la nation, sous l’égide du CNRD, c’est-à-dire sous l’autorité du président élu le 28 décembre 2025.

Comment se portent aujourd’hui vos relations avec Cellou Dalein Diallo ?

Nous entretenons des relations sociales, mais plus de relations politiques. Cela signifie que nous ne nous appelons pas pour des questions politiques. En revanche, en cas de problème social ou familial, le soutien moral est toujours là, de part et d’autre. S’il rencontre une difficulté d’ordre social, je me manifesterai également pour lui apporter mon soutien. Nous ne nous sommes pas séparés en mauvais termes. La séparation s’est faite correctement, dans le respect. Les relations amicales demeurent. Ce qui n’existe plus, ce sont les relations politiques.

Le paysage politique guinéen est en pleine recomposition. Des partis majeurs comme le RPG Arc-en-ciel, l’UFDG ou l’UFR semblent avoir perdu de l’influence. Comment analysez-vous cette évolution ?

La politique est dynamique, elle n’est jamais statique. C’est comme un enfant qui avait un an il y a deux ans : aujourd’hui, il en a trois. Les choses évoluent. Le monde évolue. La politique évolue. Les acteurs évoluent également. Il faut donc savoir s’adapter aux réalités du moment et faire preuve de pragmatisme. Pour nous, l’essentiel est que les Guinéens soient là, qu’il y ait la paix, la stabilité et l’entente. Dans ces conditions, tous ceux qui ont la volonté de contribuer, d’une manière ou d’une autre, au développement socio-économique de la République de Guinée doivent pouvoir participer. Qu’ils soient acteurs politiques, membres de la société civile ou leaders religieux.

Quel message adressez-vous aujourd’hui à vos compatriotes guinéens sur la gestion du pays et son avenir ?

Mon message est avant tout un message d’espoir, parce que l’homme vit d’espoir. C’est aussi un message de solidarité, car notre devise nationale repose sur le travail, la justice et la solidarité. C’est un message d’entente et de paix. Les Guinéens ont une chance immense : notre diversité est une richesse. Aucun pays africain n’est aussi solidaire entre ses fils que la Guinée.

Un Guinéen de la Moyenne Guinée peut aujourd’hui se rendre en Forêt sans connaître personne et y être accueilli. Un forestier peut quitter la Forêt pour aller en Haute Guinée, au Fouta ou en Basse-Côte, et être reçu comme chez lui, en famille. C’est cela la beauté de la Guinée. Nous sommes un peuple uni et indivisible. Il faut préserver cela.

À ceux qui nous dirigent, nous demandons de continuer à préserver cette unité, cette paix et cette quiétude, et de gérer les ressources du pays de manière transparente afin que tous les Guinéens en bénéficient. Je prie Dieu pour que, dans les deux ou trois prochaines années au maximum, la Guinée devienne un pays en voie de développement. Aujourd’hui encore, nous sommes sous-développés. Mais dans deux ou trois ans, je souhaite que la Guinée franchisse ce cap. Et dans cinq ans, que notre pays soit en tête du peloton des pays développés d’Afrique de l’Ouest. Je vous remercie.

FIN!

 

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 6 février 2026 14:54

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