Fallou Doumbouya: “Il est temps que la justice guinéenne donne à voir une image professionnelle…”
KINDIA – La Cour d’appel de Conakry a inauguré ce jeudi 17 juillet 2025 à Kindia, une Assemblée plénière de trois jours, réunissant magistrats du parquet, du siège et greffiers. Placée sous le thème « harmonisation des pratiques judiciaires dans le ressort de la Cour d’appel« , cette rencontre vise à corriger les disparités “préoccupantes” au sein du système judiciaire guinéen et à renforcer la crédibilité de l’institution.
Un constat implacable
Présidée par le Ministre de la Justice, accompagné des autorités locales de Kindia, cette assemblée répond à un constat alarmant, souligné par Fallou Doumbouya, procureur de la Cour d’appel de Conakry : la fragmentation des pratiques judiciaires.
Le chef du parquet de la Cour d’Appel de Conakry a dressé un tableau sans concession des défis actuels, pointant du doigt la gestion inégale de l’action publique entre parquets, des délais de traitement imprévisibles et excessivement lents, ainsi que des divergences déconcertantes dans les décisions judiciaires pour des faits similaires. Le manque de rigueur dans la direction et le contrôle des enquêtes, les écarts jurisprudentiels, et les déficits récurrents des services de greffe en matière de célérité, d’archivage, d’exécution des décisions et de digitalisation, ont également été mis en évidence par le magistrat.

»Ces disparités nourrissent un sentiment d’injustice et compromettent le principe fondamental de l’égalité des citoyens devant la loi. Elles fragilisent aussi la crédibilité de notre institution et affaiblissent l’autorité de la justice dans l’ensemble du territoire national« , a-t-il déclaré.
M. Fallou Doumbouya insiste sur le fait qu’il ne peut y avoir d’État de droit sans une justice homogène, cohérente et prévisible. Pour remédier à ces lacunes, le procureur a appelé à un renforcement de l’éthique et de la déontologie, à la célérité et à la qualité du traitement des affaires, et au développement de la culture de la reddition des comptes. Il a également préconisé la systématisation des tableaux de bord, des statistiques judiciaires, des audits de fonctionnement, et surtout, la mise en réseau des juridictions pour un dialogue technique permanent.

Exigence morale
M. Doumbouya a lancé un appel vibrant à la conscience individuelle de chaque acteur judiciaire. “Il est temps que la justice guinéenne donne à voir une image professionnelle, moderne, humaine, proche des citoyens, et alignée sur les standards internationaux en matière de transparence et d’efficacité. Être magistrat, greffier, procureur, c’est plus qu’une fonction: c’est une charge d’État. C’est une exigence morale, une posture éthique, un devoir de redevabilité devant le peuple guinéen« , a-t-il affirmé.

Il a aussi rappelé l’impératif de ne pas banaliser les manquements, ni de tolérer une justice inégale, opaque ou incertaine. « Chaque irrégularité non corrigée, chaque silence sur un dysfonctionnement, chaque dossier oublié ou négligé est une violence institutionnelle contre l’État de droit”, a-t-il martelé.
Volonté de faire progresser la justice guinéenne
Le Ministre de la Justice, Yaya Kaïraba Kaba, a salué cette initiative, qui, à ses yeux, témoigne une « manifestation tangible d’une volonté commune de faire progresser la justice guinéenne vers plus de cohérence, de rigueur, d’efficacité et de respect des droits fondamentaux des citoyens ».

Le garde des sceaux a indiqué que « la République ne peut s’accommoder d’une justice à géométrie variable ». Le ministre de la Justice a insisté sur le principe d’égalité devant la loi, quel que soit le ressort territorial de la juridiction.
Abdoulaye Conté, premier président de la Cour d’appel de Conakry, a souligné que cette assemblée plénière intervient dans un contexte où les attentes des justiciables sont de plus en plus fortes en matière de rigueur, d’impartialité et d’efficacité judiciaire.
Il a exhorté les participants à la rigueur intellectuelle, à la concertation sincère et à la recherche du consensus pour parvenir à une justice claire, uniforme et transparente. « L’harmonisation des pratiques judiciaires n’est pas une uniformisation aveugle, mais une cohérence dans l’application du droit”, a-t-il précisé.

Les trois jours de travaux à Kindia sont donc cruciaux pour l’avenir de la justice guinéenne, qui cherche à se moderniser, à se rapprocher des citoyens et à s’aligner sur les standards internationaux de transparence et d’efficacité.
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 17 juillet 2025 17:57Nous vous proposons aussi
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