Extension de l’aéroport AST : L’interview « vérité » de Saïd Oumar Koulibaly, DG de la SOGEAG…
CONAKRY-Le gouvernement guinéen s’apprête à inaugurer la première phase du projet d’extension de l’aéroport international Ahmed Sékou Touré. La cérémonie inaugurale, pilotée par la Société de Gestion des Aéroports de Guinée (SOGEAG S.A.), est prévue le 8 novembre 2025. À la veille de cet important événement, le directeur général de la SOGEAG, a accordé un entretien exclusif à Africaguinee.com. Saïd Oumar Koulibaly, DG de la SOGEAG, explique les nouveautés et les ambitions économiques de ce projet.
AFRICAGUINEE.COM : Après le lancement des travaux d’extension et de modernisation de l’aéroport international Ahmed Sékou Touré, le 8 avril 2023, quel est l’état des lieux à ce jour ?
SAÏD OUMAR KOULIBALY : Merci d’être venus à la SOGEAG pour vous enquérir de l’évolution du chantier d’expansion et de modernisation de l’aéroport international Ahmed Sékou Touré de Conakry. Ce gigantesque projet est né de l’initiative d’un homme : le président de la République, Son Excellence Mamadi Doumbouya, qui, dans sa vision de modernisation des infrastructures structurantes, a fait de la modernisation et de l’expansion de l’aéroport de Conakry l’une de ses priorités.
Vous savez, l’aéroport n’est pas seulement un espace où les avions décollent et atterrissent. C’est aussi — et surtout — un indicateur des performances macroéconomiques d’un pays. Si vous voulez réellement savoir si un pays bouge, regardez son aéroport. C’est sur cette base que le président de la République a bien voulu initier ce gigantesque projet de modernisation de cette infrastructure aéroportuaire, articulé en deux phases.
La première phase, aujourd’hui presque achevée et qui sera inaugurée le 8 de ce mois, comprend essentiellement un pavillon d’aviation générale. C’est un nouveau service dans l’écosystème aéroportuaire guinéen, l’un des rares du genre sur le continent africain.
Ce pavillon d’aviation générale servira également de pavillon présidentiel temporaire. Car, comme vous le savez, dans le cadre de ce projet d’expansion et de modernisation, un nouveau terminal sera construit dans la deuxième phase.
Pour revenir à la première phase, elle comprend donc le pavillon d’aviation générale, mais aussi un nouveau terminal fret. Le fret que nous utilisons actuellement ne répond plus aux standards internationaux. Désormais, un nouveau fret a été construit sur une superficie de plus de 3 000 m², respectant toutes les normes internationales, avec une capacité totale de 20 000 tonnes, contre seulement 5 000 tonnes pour le fret actuel.
Nous passons donc d’une capacité de 5 000 tonnes à 20 000 tonnes, réparties entre 5 000 tonnes à l’export et 15 000 tonnes à l’import, avec des quais d’embarquement et de débarquement modernes.
Le site dispose également de sous-stations d’eau et d’un système de traitement, afin que l’aéroport bénéficie d’une autonomie hydraulique. Sur le plan énergétique, il sera aussi autonome grâce à une centrale électrique de 11 mégawatts, déjà construite.
Tout cela montre à quel point il s’agit d’un projet ambitieux. Nous allons inaugurer cette première phase le 8 novembre et, dans le même temps, lancer officiellement la seconde phase. Cette deuxième phase portera sur la construction d’une nouvelle aérogare d’une superficie de 37 000 m². Elle comprendra également un nouveau pavillon présidentiel avec son parking dédié aux avions privés, une nouvelle tour de contrôle, une nouvelle caserne de pompiers et un PARIF (poste d’inspection filtrage). Tout cela vient renforcer et compléter les infrastructures modernes que notre pays est en train de bâtir pour soutenir son développement.
La première phase sera inaugurée ce samedi. Qu’est-ce que cela va changer au niveau de l’aéroport ?

Cette première phase, comme je le disais, concerne le pavillon de l’Aviation générale. C’est un nouveau service destiné à accueillir des usagers qui souhaitent bénéficier d’un service personnalisé. En Europe, notamment en France, un tel service est offert au Bourget. Ceux qui atterrissent là-bas sont généralement des jets privés ou des avions appartenant à des particuliers recherchant un service exclusif. C’est ce type de prestation que nous mettons désormais en place ici. C’est une première en Afrique de l’Ouest. Nous avons également un nouveau terminal fret, comme je le mentionnais tout à l’heure, d’une capacité de 20 000 tonnes, qui vient renforcer l’ensemble de l’écosystème aéroportuaire.
Le fret joue un rôle essentiel dans le levier économique d’un aéroport. Il génère d’importantes ressources et contribue à notre ambition de faire de la Guinée un hub aérien régional. Pour cela, il faut des infrastructures modernes et adaptées. C’est dans cette logique que nous avons bâti toutes ces installations.
Il faut savoir que cette première phase ne représente que 10 % du projet global. Les 90 % restants seront lancés à partir du 8 novembre, avec la deuxième phase, la plus ambitieuse. Elle prévoit la construction d’une nouvelle aérogare : aujourd’hui, notre aérogare actuelle est dimensionnée pour 500 000 passagers par an, alors que nous en accueillons déjà près d’un million.
La nouvelle aérogare aura une capacité de 3 millions de passagers par an, extensible à 4 millions. Il comprendra également toutes les infrastructures connexes, dont un hôtel 5 étoiles.
Et tout cela découle exclusivement de la volonté du président de la République, le général Mamadi Doumbouya, qui a voulu doter notre pays d’infrastructures à la hauteur de ses ambitions.
La nouvelle phase, qui sera lancée le 8 de ce mois, durera combien de temps ?
Les travaux sont prévus pour 36 mois.
Avec toutes ces infrastructures prévues dans cette nouvelle phase, est-ce qu’il n’y aura pas de déguerpissements ou de casses d’habitations ?
Ah non, absolument pas. Les habitants ne seront pas affectés. Je viens de vous montrer l’étendue de la future aérogare : elle s’étend de nos bureaux actuels jusqu’à l’ancien pavillon présidentiel. Si vous prenez cette superficie, cela représente environ 37 000 m². Cela n’impactera donc pas le voisinage, même si, par définition, un aéroport est un environnement fermé où il ne doit pas y avoir d’obstacles autour. Mais ce ne sont là que des éventualités. Nous verrons avec les services de sûreté comment gérer ces aspects si nécessaire. Pour l’instant, il n’y aura aucune incidence sur les habitations voisines.
Quelles sont les retombées économiques que ce projet pourrait engendrer ?
Quand vous voulez mesurer l’impact économique d’un pays, il faut regarder son aéroport. L’activité qui s’y déroule — le nombre de passagers, de vols, de compagnies — donne une idée précise du niveau de développement et des ambitions économiques de ce pays.
Aujourd’hui, la Guinée attire. Il ne faut pas se mentir : ici, à l’aéroport, nous travaillons 24 heures sur 24, et nous pouvons certifier que le pays bouge. Les investisseurs se bousculent à nos portes, les compagnies aériennes augmentent leurs fréquences, et les avions décollent en continu.
À titre d’exemple, Air France opère désormais deux vols par jour, contre seulement deux ou trois vols par semaine auparavant. On est donc passé à 14 vols hebdomadaires, et la compagnie a remplacé ses petits porteurs par des gros porteurs, notamment en substituant les A330 par des A380, capables de transporter beaucoup plus de passagers.
Cela montre clairement que ces compagnies n’investiraient pas autant si la Guinée n’était pas devenue attractive. C’est une fierté nationale, et nous devons tous en être conscients. Les Guinéens doivent se mettre au travail, car le développement du pays dépend de nous-mêmes. Personne ne viendra le faire à notre place. C’est pourquoi le président de la République tend la main à tous les Guinéens compétents, afin que, ensemble, nous construisions ce pays.
Par rapport aux travaux de rénovation prévus dans la seconde phase, est-ce que les moyens nécessaires ont été mobilisés pour assurer leur avancement ?
Absolument. Je peux vous en parler en toute connaissance de cause, car je connais bien l’administration guinéenne, que je fréquente depuis 2011. Il y a eu, au fil du temps, des avancées significatives et des actes forts posés à différents moments. Mais aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique complètement différente. Les choses sont beaucoup plus structurées. Pour cette nouvelle phase, un véhicule de projet a été créé, avec un financement basé sur un partenariat public-privé (PPP).
Nous allons donc nous tourner vers les bailleurs de fonds avec un projet structuré, un CAPEX final bien élaboré et stabilisé, garantissant la faisabilité du financement. L’État, pour sa part, n’apportera qu’une garantie de confort, c’est-à-dire que le projet n’aura aucun impact sur la dette intérieure.
Ce qui est particulièrement innovant, c’est justement cette structuration financière et technique. C’est une approche nouvelle dans la mise en œuvre des grands projets d’infrastructures en Guinée.
Quels sont vos rapports avec votre ministre de tutelle, Ousmane Gaoual Diallo ?
Nous avons d’excellents rapports. Même aujourd’hui, nous échangions encore. C’est quelqu’un qui apprécie les bons cadres, et c’est aussi simple que ça. Je ne sais pas s’il y a eu des incidents entre lui et d’autres personnes, mais depuis mon arrivée, notre collaboration est très bonne. Il me laisse les mains libres pour déployer des projets structurants, qui s’inscrivent dans la vision globale du ministère, mais également dans les initiatives présidentielles.
Sous votre direction de la SOGEAG, qu’est-ce qu’on peut attendre dans les prochains mois ?

Écoutez, il faut s’attendre à l’excellence. Partout où je suis passé, c’est ce que je prône. Il faut aussi s’attendre à de la modernisation et à des retombées économiques importantes. C’est mon credo. Avec la vision que le président de la République incarne aujourd’hui, nous ne pouvons que nous en réjouir. En tant que cadre qui aime son pays et veut travailler pour lui, je me plais dans cet environnement. Je suis prêt à m’investir pleinement, afin que la Guinée avance et que ses habitants puissent vivre dignement chez eux.
Nous avons eu des informations selon lesquelles il n’y avait pas d’eau dans les toilettes de la salle d’embarquement de l’aéroport international Ahmed Sékou Touré dans la matinée du jeudi 6 novembre. Qu’en est-il ?
Il s’agissait d’un problème technique, plus précisément une fuite. Pour effectuer la réparation, il a été nécessaire de fermer temporairement les robinets, ce qui est tout à fait normal et peut arriver dans n’importe quel aéroport dans le monde.
J’espère que l’informateur vous a aussitôt signalé que le problème avait été résolu, car cela n’a duré que quelques minutes et tout est revenu à la normale.
Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 7 novembre 2025 08:55Nous vous proposons aussi
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