Taxis, bus, liaisons aériennes…congestion du Port : Les grandes annonces d’Ousmane Gaoual Diallo sur Africaguinee.com

CONAKRY- Chemins de fer, transport aérien, congestion portuaire… Dans cette seconde partie de son entretien accordé à Africaguinee.com, le ministre des Transports détaille les grands projets de son département, reconnaît l’impact de la congestion du port sur les prix et annonce plusieurs mesures destinées à améliorer la mobilité et la sécurité des Guinéens.

AFRICAGUINEE.COM : À présent, parlons de votre département. Cent jours se sont écoulés depuis votre reconduction à la tête du ministère des Transports. Quel bilan peut-on tirer de votre action ?

OUSMANE GAOUAL DIALLO : À ce stade, je parlerais davantage de l’évolution des projets que d’un véritable bilan. Les grands chantiers engagés au sein du département poursuivent leur progression. S’agissant du développement du réseau ferroviaire, nous avons conclu un important accord avec les sociétés concernées. Les études sont achevées, les budgets sont connus et les décisions finales ont déjà été présentées en Conseil des ministres.

Nous attendons encore certains ajustements avant le démarrage effectif du projet, dont le premier tronçon reliera Conakry à Kindia. À terme, le chemin de fer pourrait être prolongé jusqu’à Siguiri puis Kourémalé, soit environ 970 kilomètres à réaliser sur une période de six ans.

Concernant le transport routier, nous avions annoncé l’arrivée de 300 taxis. Une partie est déjà entrée sur le territoire national. En raison de la congestion portuaire, certains véhicules sont actuellement stationnés à Koundara et à Siguiri, tandis que d’autres attendent encore au port de Lomé avant leur acheminement vers Conakry.

Pour ce qui est du transport urbain, le déploiement du projet se poursuit. La construction des arrêts de bus est déjà visible à Conakry. Dès que les équipements nécessaires seront disponibles, la société de transport urbain pourra lancer ses activités.

Dans le secteur aérien, une première compagnie privée, Global Aviation, a déjà obtenu son agrément et poursuit actuellement les démarches d’acquisition de ses appareils. Une deuxième compagnie est également très avancée dans son processus d’installation et a déjà commandé deux avions qui devraient arriver avant la fin de l’année.

Ces compagnies privées assureront progressivement les liaisons intérieures ainsi que certaines dessertes sous-régionales. Par ailleurs, les projets de modernisation des aéroports avancent. À Labé et à Kankan, il reste environ deux à deux mois et demi de travaux avant l’achèvement des chantiers. Les retards observés sont principalement liés à des questions de décaissement budgétaire.

Dans le budget 2026, nous avons également prévu un appel d’offres pour l’acquisition de 2 500 nouveaux taxis. Ceux-ci seront mis à la disposition des groupements d’intérêt économique (GIE) et des jeunes Guinéens souhaitant investir dans ce secteur.

Enfin, il convient de souligner l’achèvement de la première phase des travaux de modernisation de l’Aéroport international Ahmed Sékou Touré. Le pavillon présidentiel est désormais terminé, tout comme la zone de fret, qui est déjà opérationnelle. La deuxième phase du projet devrait démarrer avant la fin de l’année.

Vous évoquez des retards dans les décaissements. Qu’est-ce qui bloque concrètement ?

Les projets aéroportuaires ont connu une réévaluation budgétaire. Il a donc fallu reprendre une partie du processus administratif et contractuel. Ces ajustements ont nécessité la signature d’avenants et l’obtention de plusieurs autorisations préalables avant de pouvoir solliciter la mise à disposition des ressources financières. C’est essentiellement cette phase de réadaptation administrative qui explique les retards observés dans l’exécution des travaux.

Malgré les annonces et les mesures prises, la congestion du Port autonome de Conakry demeure une préoccupation majeure pour les opérateurs économiques. Pourquoi ce problème persiste-t-il ?

D’abord, il faut nuancer les choses. Dire que la congestion continue dans les mêmes proportions qu’auparavant ne correspond pas totalement à la réalité. Il faut également rappeler une donnée essentielle : le port de Conakry est aujourd’hui confronté à des limites structurelles liées à sa capacité. Pour résoudre durablement cette question, il est nécessaire de développer d’autres infrastructures portuaires et de nouveaux corridors logistiques.

Des avancées sont déjà en cours. Un nouveau quai réalisé par la société Alport est désormais disponible, tandis qu’une extension de la zone dédiée aux conteneurs est également prévue. Il faut aussi préciser que la congestion concerne essentiellement le trafic des conteneurs. Les marchandises en vrac, comme le riz, le maïs ou d’autres produits de grande consommation, ne rencontrent pas les mêmes difficultés.

Les principales contraintes concernent le stockage des conteneurs, leur évacuation et leur circulation. Nous avons encore dans le pays un nombre important de conteneurs qui n’ont pas été rapatriés, notamment en raison des perturbations enregistrées lors de la crise précédente.

Pour régler durablement cette situation, nous travaillons sur le développement de corridors logistiques. L’idée est que les marchandises arrivant à Conakry puissent ensuite être transportées par barges vers d’autres plateformes portuaires, notamment à Moribayah, Boké ou Dubréka.

Les opérations de dédouanement, de stockage et de distribution pourraient alors être réalisées dans ces différentes zones. Cela permettrait de fluidifier le trafic, de réduire la présence des camions sur les axes Conakry-Kagbelen et Conakry-intérieur du pays, mais aussi de créer de nouveaux pôles économiques.

Selon nos estimations, ce projet pourrait générer environ 1 500 emplois directs et favoriser le développement de zones logistiques et industrielles dans plusieurs régions du pays. Cette stratégie contribuerait également à réduire la pression sur certains axes routiers particulièrement sollicités, notamment les corridors Kindia-Mamou et ceux desservant la Moyenne-Guinée.

Par exemple, une partie des marchandises destinées à la région du Fouta pourrait transiter par Boké avant d’être acheminée vers l’intérieur du pays. De la même manière, les produits destinés au Grand Conakry pourraient être déportés vers Dubréka, où des plateformes logistiques et des entrepôts sont appelés à être développés entre Kagbelen et Tanènè.

Il s’agit d’un projet structurant pour l’avenir. Comme toute réforme de grande ampleur, sa mise en œuvre demande du temps. En attendant, nous continuons à optimiser la chaîne logistique afin de réduire les délais d’attente et de maintenir un niveau de service satisfaisant au Port autonome de Conakry.

Mais en attendant, cette situation peut avoir des répercussions sur les prix des denrées sur le marché…

Oui, effectivement. La congestion portuaire entraîne une légère hausse des prix pour les consommateurs, dans la mesure où les transporteurs internationaux répercutent souvent sur les coûts de transport les retards enregistrés dans nos ports. Cette difficulté existe. Lorsqu’un pays connaît une croissance aussi rapide que la nôtre, il faut parfois absorber certaines tensions. Une croissance de plus de 45 % sur un trimestre représente un défi considérable pour les infrastructures et les capacités logistiques. Cela dit, il faut aussi reconnaître les efforts accomplis par les acteurs du secteur portuaire pour résorber cette crise.

Au plus fort de la congestion, entre 150 000 et 200 000 conteneurs destinés à la Guinée étaient immobilisés dans différents ports d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé à moins de 20 000 ou 25 000 conteneurs. Cela signifie qu’en parallèle de l’arrivée continue des marchandises, nous sommes en train de résorber progressivement l’arriéré qui s’était accumulé dans les pays voisins.

Certains acteurs évoquent également une forme de favoritisme, estimant que les grands importateurs seraient privilégiés au détriment des plus petits opérateurs. Qu’en dites-vous ?

Je ne parlerais pas de favoritisme. Le terme n’est pas approprié. La règle qui a été retenue est simple : le premier navire arrivé est le premier à être traité. Les bateaux sont admis au port et déchargés selon leur ordre d’arrivée. Il est vrai que cette méthode peut avantager les opérateurs disposant d’une capacité importante et capables de faire arriver plusieurs navires successivement.

Certains proposent une autre approche consistant à établir un calendrier de déchargement réparti entre les différents opérateurs. Mais un tel système pourrait à son tour pénaliser ceux qui acheminent d’importants volumes de marchandises.

Nous avons donc retenu la règle qui nous paraissait la plus simple et la plus consensuelle : « premier arrivé, premier servi ». Cette méthode présente certes certaines limites. Lorsqu’un petit opérateur arrive avec un seul navire alors que plusieurs bateaux appartenant à un grand importateur sont déjà en attente, il peut avoir le sentiment d’être désavantagé.

Mais à l’inverse, si l’on modifie l’ordre d’arrivée pour favoriser les plus petits opérateurs, on risque alors de pénaliser les plus gros acteurs. C’est cet équilibre que nous cherchons à préserver. Pour l’instant, la règle du « premier arrivé, premier servi » demeure celle qui nous semble la plus juste et la plus opérationnelle.

Cette crise portuaire pourrait-elle être résolue dans un avenir proche ?

Oui, bien sûr, et de manière durable. La Guinée dispose aujourd’hui d’importants projets de développement portuaire. Le projet du port de Dobali est actuellement à un stade avancé d’études et de préparation. Une fois réalisé, il permettra de soulager considérablement le port commercial de Conakry. À cela s’ajoute le développement des corridors logistiques que nous envisageons à partir du port de Conakry vers d’autres plateformes portuaires. L’objectif est de faire de Conakry un véritable port de transit capable d’alimenter d’autres infrastructures à travers le pays. Tous ces projets peuvent être mis en œuvre dans des délais raisonnables et permettront aux populations de subir moins fortement les effets négatifs de cette forte croissance économique.

A suivre!

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 8 juin 2026 08:30

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