Infrastructures, Bus, Air Guinée, Congestion du Port: L’interview « vérité » du Ministre des Transports Ousmane Gaoual Diallo
CONAKRY- Alors que la Guinée amorce un tournant de transformation historique avec le projet Simandou, le secteur des transports en est au coeur. Entre la modernisation des aéroports régionaux de Labé et Kankan, l’arrivée annoncée de nouveaux bus urbains et le défi colossal de la décongestion du Port de Conakry, le Gouvernement dévoile sa stratégie.
Dans cet entretien exclusif accordé à Africaguinee.com, le Ministre des Transports et porte-parole du Gouvernement fait le point sans détour : taux d’exécution des travaux, relance d’Air Guinée, synergie minière et souveraineté économique. Avec Ousmane Gaoual Diallo, plongée au cœur des ambitions stratégiques du Gouvernement pour redessiner la Guinée de demain.
AFRICAGUINEE.COM: La modernisation des aéroports de l’intérieur (Kankan, Labé, N’zérékoré, etc.) est un pilier du désenclavement. Concrètement, quel est le taux d’exécution des travaux ?
OUSMANE GAOUAL DIALLO: Plus de 90% pour ce qui est de Labé et Kankan. Pour N’zérékoré nous sommes à un niveau très bas parce qu’on était obligé d’abandonner N’zérékoré et Faranah pour nous consacrer aux deux aéroports de Labé et Kankan. Quand ces deux aéroports arriveront à leur terme, nous allons nous occuper des autres. J’aime commencer les chantiers et les terminer avant d’entamer les autres.
Mais il y a d’autres perspectives avec les bus interurbains qui vont arriver. Une grande difficulté, effectivement, c’est de trouver des entreprises qui sont accompagnées par des partenaires financiers qui les aident à avoir une expertise pour exploiter nos sociétés de bus parce que l’État ne va pas se mettre à affecter les fonctionnaires pour développer les bus. Non, nous voulons que les Guinéens aient leur expertise, il y en a ici, les sociétés qui transportent les hydrocarbures dans notre pays, ça fait 40 ans et ils le font très bien. Tout notre pays est structuré, ils se déplacent. Vous ne voyez que rarement un camion en panne. Ils les gèrent très bien.

Nous voudrions qu’ils mettent leur expertise-là pour exploiter notre société de bus. Nous, nous sommes disposés à les mettre à disposition. J’ai déjà rencontré la corporation parce que c’est une fierté de notre pays de dire que ce sont les Guinéens qui distribuent les hydrocarbures dans le pays et chaque préfecture est touchée, et de la même manière, sans aucune interruption, lorsque les hydrocarbures sont disponibles. C’est quelque chose d’important pour nous. Voilà le type d’expérience dont on a besoin pour gérer une société nationale de transport public.
On veut les encourager à prendre cette société, qu’on va mettre à disposition. Donc, on a besoin de l’expertise, on a besoin de bonne volonté. Mais si on n’a pas l’expertise qui se développe par l’expérience, y compris en faisant des échecs et en se relevant, on ne pourra pas garantir notre souveraineté économique.
Depuis l’annonce de ces travaux à l’intérieur du pays, les citoyens se demandent à quand les premiers vols commerciaux pourront-ils atterrir en région. Est-ce que vous pouvez donner une date ?
Les gens sont juste pressés. Dans le cadre normal, un aéroport, ça se développe sur 10 ans. Un aéroport ça ne se développe pas sur 2 ans, 3 ans. Nous avons aujourd’hui une volonté d’accélérer la mise en œuvre des aéroports. Si ces deux aéroports prennent une avancée, c’est parce que c’est avec le budget de l’État qu’on est en train de les développer, ce n’est pas du partenariat. Donc, ça prend un peu plus de temps, mais il faut se dire que ça a pris quasiment qu’un an et demi. Donc, c’est déjà quelque chose de très important. Et nous allons, je l’espère bien, avant le début des pluies, livrer ces infrastructures.

Et puis après, il y aura la question de l’exploitation commerciale, parce qu’il faut un avion, il faut une propriété. Ce n’est pas à l’État d’acheter des avions pour les mettre en ligne, encore une fois. Nous mettons les infrastructures et nous voudrions que ce soit des privés qui développent leurs réseaux de développement des transports.
Le programme Simandou prévoit des corridors de transport massifs. Y a-t-il une synergie prévue entre les infrastructures minières et ces aéroports régionaux pour leur rentabilité ?
Indiscutablement. Toutes les infrastructures minières, qu’il s’agisse du ‘’port’’, ce sont des infrastructures à multi-usages. Le chemin de fer Beyla-Moribayah, demain, il va transporter des passagers et des marchandises. Aujourd’hui, c’est de la mine seulement. Les ports d’évacuation aussi seront des ports commerciaux.
Tantôt, j’ai indiqué que notre volonté est de faire en sorte que tous les ports soient connectés par le chemin de fer et que tous les aéroports soient reliés aussi par le chemin de fer. Comme ça, si on a un petit train qui fait Beyla-N’zérékoré, l’aéroport peut rester à Beyla ou à N’zérékoré, c’est 60 kilomètres de distance. Aujourd’hui, on n’a pas besoin de faire un aéroport à Tanéné, un aéroport à Coyah et un autre à Dubréka. L’aéroport de Gbéssia est suffisant pour eux.
Donc, demain, on devrait faire comme ça. Mais chaque capitale régionale devrait être reliée à ses préfectures par le chemin de fer, en plus de la route. Donc, c’est quelque chose de formidable. Mais dans le schéma directeur qu’on verra sur le développement de ces infrastructures, vous verrez le lien naturel entre tous les secteurs, mines, transports et infrastructures routières. Tous ceux-ci devraient être connectés avec les ambitions du développement des pôles économiques et industriels du ministère du commerce. Donc, nous serons tous des partenaires quelque part pour pouvoir développer ce pays et lui donner le relief nécessaire à son développement.
Vous aviez annoncé l’arrivée de nouveaux bus et de taxis pour soulager le calvaire des populations de Conakry. Pourquoi ces véhicules tardent-ils à être visibles dans la circulation ?
C’est ce que j’ai dit tantôt, c’est-à-dire que les bus sont là, mais ce n’est pas seulement la disponibilité des automobiles qui fait une société de transport. Il faut, et nous invitons nos compatriotes, vraiment à se lever, à composer des sociétés pour venir prendre ces bus et les mettre en circulation. En attendant, on est en train de tout préparer. On est en train de rénover le siège de la société à Matoto. On est en train de réinstaller les abris et les arrêts bus de la ville de Conakry.

Lorsque tout ceci sera fini, j’espère que d’ici là, on aura déjà un partenaire qui va prendre en charge le développement et la maintenance. L’État montre la volonté en achetant pour mettre à disposition de l’exploitant pour lui permettre de ne pas partir de zéro, mais d’avoir un capital de départ conséquent.
Au-delà de l’achat des bus, quelle stratégie de maintenance et de gestion avez-vous mise en place pour éviter que ces nouveaux engins ne finissent à la casse comme les précédents ?
C’est pour ça qu’on veut confier toute la gestion à un privé qui va tout développer. Nous ne voulons pas nous mêler pour dire qu’on va mettre la maintenance, les pièces de rechange autour. On va laisser à la disposition du privé qui bénéficiera de l’attention et des subventions de l’État éventuellement pour pouvoir continuer à développer sa société. Nous nous exigeons d’avoir des points de transport propres et disponibles partout.

Le lancement de la compagnie nationale « Air Guinée » est très attendu. Est-ce un problème de certification, de choix de partenaire technique ou de mobilisation de capital, qu’est-ce qui bloque réellement aujourd’hui ?
Des partenaires financiers. Si on a aujourd’hui un partenaire qui est capable de mettre la main dans la patte et de garantir la gestion de cette compagnie, comme tout ce que j’ai dit, que ce soit le bus, que ce soit le taxi, etc. on ne veut pas que ce soit l’État qui gère. On veut que ce soit des partenaires dont c’est le métier de gérer. Les compagnies aériennes les plus performantes comme Ethiopian Airlines, ce n’est pas géré par l’État. L’État est actionnaire mais c’est géré suivant les standards de développement de toutes les compagnies du monde. Sinon vous disparaissez parce que les marges bénéficiaires dans les avions sont extrêmement faibles. Un avion, ce n’est pas très rentable tout de suite, c’est très faible. Donc il faut beaucoup de rigueur et beaucoup de vigilance pour le pérenniser.
Quel type d’appareils privilégiez-vous et quelle sera la première desserte cible (domestique ou sous-régionale) ?
Écoutez, nous ne nous privilégions pas, on sait que les aéroports que nous construisons peuvent accueillir des petits avions de type ATR, une centaine de passagers jusqu’à l’A380. Donc on peut acheter des Airbus, on peut en acheter des petits. Nous ne fixons pas le type de modèle. Nous construisons des infrastructures qui sont capables d’accueillir les petits, les moyens et les grands avions. Le DC-130, qui est un Hercule, est un grand avion qui pourra atterrir sur nos pistes sans problème.
Le Port Autonome de Conakry fait face à une forte pression. Les mesures d’urgence prises ces derniers mois ont-elles réellement permis de réduire le temps de passage des marchandises ?

Ah oui, on est passé à plus de 100 et quelques bateaux dans le large ici à Rade. Il y a quelques jours, on avait seulement quatre bateaux qui attendaient. En début de mois, on avait 120 000 conteneurs répartis un peu partout. Aujourd’hui, on est autour de 40 000. Donc, on est en train de venir à bout de cette congestion. Maintenant, est-ce qu’on est à l’abri de sa répétition ? Non. La Guinée est aussi d’une certaine manière victime de ce succès. L’enfant a trop vite grandi. 45% de croissance au cours du dernier semestre, ça laisse des traces dans nos économies, ça laisse des traces dans notre budget, dans les recettes, mais aussi dans les difficultés.
Avec le projet Simandou, le port de Conakry a été saturé. Comment le ministère anticipe-t-il l’extension des capacités portuaires pour que la Guinée ne perde pas de parts de marché face aux ports voisins (Dakar ou Abidjan) ?
Aujourd’hui, ce ne sont pas les voisins qui sont nos adversaires de ce point de vue-là. On a deux grands ports en eaux profondes, le port de Gonzales à Boké et puis le port de Dobali, toujours dans les confins de Boké. Ce sont des ports qui peuvent demain concurrencer le port de Tanger et le port sur l’Afrique du Sud et offrir une voie alternative de la Méditerranée pour partir en Asie.
Les gens pourraient venir jusqu’à Tanger sans prendre Gibraltar, venir à Gonzales pour une escale, des très grands bateaux, on peut accueillir ici des navires de 400 mètres de long, donc des très grands navires parce qu’on a naturellement plus de 18 mètres de tirant de profondeur d’eau, donc ce sont des eaux exceptionnelles en termes de contenu. Il n’y en a pas en Afrique de l’Ouest en dehors de ces endroits-là, donc nos concurrents ne sont pas ici. C’est pour cela qu’on a lancé à Dobali des chantiers navals et le développement du port et des zones industrielles.

En plus, c’est de là aussi que partira le chemin de fer qui va aller vers le nord, Gaoual, Labé, Mamou et qui va coïncider avec le chemin de fer qui va vers l’est. Donc, c’est très important pour nous surtout que nous attendons massivement l’arrivée des bateaux à partir de la Chine.
Aujourd’hui, c’est près de 4 000 bateaux par an que nous accueillons, rien que pour la Bauxite et presque 2 000 sur le port de Conakry. Demain, c’est 10 000 bateaux qui vont venir, rien que pour la Bauxite, donc il faut les accueillir et accueillir les marchandises qu’ils pourraient ramener dans notre pays et puis avoir les moyens de redistribuer cette marchandise dans tous les pays voisins.
Les travaux de construction de ces ports ont-ils débuté ?
Oui, ils ont débuté, bien sûr. Les études sont en cours. Certains ont déjà commencé par d’autres aspects, l’installation des bases-vies a démarré. Sauf le port de Gonzalès, lui, il est au niveau de validation des études qui ont été faites. Mais celui de Dobali, ils ont déjà très bien avancé.
Interview réalisée par Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 6 avril 2026 09:16Nous vous proposons aussi
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