Exécution de Mariam Cissé, la Tiktokeuse de Tonka : Le récit “glaçant” d’un témoin oculaire (Exclusif)

BAMAKO – C’est un témoignage rare et terrifiant. Ibrahim Boubacar Touré, actuellement en fuite pour sa sécurité, a assisté à l’exécution sommaire de la célèbre Tiktokeuse de Tonka, Mariam Cissé. En route pour un pays voisin, il a fait escale à Bamako où il s’est confié en exclusivité à Africaguinee.com. Encore sous le choc, il raconte les dernières minutes de celle qu’on appelait « Cissé Mariam », très populaire sur le réseau social TikTok, avec près de 100 000 abonnés.

Le visage marqué par la terreur et les larmes aux yeux, Ibrahim Boubacar Touré a du mal à revivre la scène. Cet homme, qui était à Tonka pour des soins médicaux, ne pensait pas croiser la route de la mort ce soir-là.

La rencontre fatidique

« C’est horrible », lâche-t-il avant de s’effondrer en larmes. Après un long silence pour reprendre ses esprits, il raconte :

« Je me rendais chez Hamidou, un boutiquier situé non loin de la Place de l’Indépendance, au cœur de Tonka, localité nouvellement érigée en cercle. Je partais acheter du thé et du sucre pour ma tante venue de Gao. Brusquement, les phares de deux motos m’ont ébloui. Elles ont freiné à mon niveau. À bord, j’ai vu une jeune dame, les mains ligotées dans le dos, assise entre deux hommes enturbannés. »

Immédiatement, Ibrahim fait le lien avec l’actualité locale. « Furtivement, j’ai pensé à la jeune Tiktokeuse enlevée la veille, le jeudi 6 novembre, au marché hebdomadaire d’Echel. Je me suis dit : « C’est elle, Cissé Mariam ». J’ai cru un instant qu’ils allaient la libérer. Malheureusement, j’ai été l’un des rares citoyens, peut-être le dernier, à voir cette belle et gentille jeune dame vivante », se souvient-il.

L’exécution, quatre balles et des cris

Selon le témoin, il était entre 21h05 et 21h10. La scène bascule dans l’horreur avec l’arrivée de renforts.

« Un autre groupe de quatre individus armés, visages cagoulés, portant des gilets pare-balles sur leurs frokia (tenues traditionnelles, ndlr), a rejoint les ravisseurs à pied. Leurs véhicules étaient sans doute stationnés plus loin par prudence. Après avoir crié « Allahou Akbar » à l’unisson, l’un d’eux a ouvert le feu sur elle. Ils ont tiré vers les pieds, puis dans le ventre, à la poitrine et enfin une balle dans la tête. Ces tirs tragiques ont dû résonner dans tout le voisinage », décrit-il.

Enlevé et menacé de mort

Tenu en respect, les mains en l’air, Ibrahim pense que son heure est également venue. « Après l’avoir tuée, ils m’ont bandé les yeux et m’ont fait monter sur la moto qui avait transporté la victime. Nous sommes partis vers une direction inconnue. Pour moi, c’était fini. À notre arrivée, je suppose en plein désert, on m’a débarqué. Là, sur un ton menaçant, ils m’ont mis en garde contre toute collaboration avec « les ennemis de l’Islam » et ceux qui soutiennent les FAMA (Forces Armées Maliennes). »

Les terroristes justifient alors leur acte barbare. « Ils disaient que des conseils avaient été prodigués à la Tiktokeuse, mais en vain. L’un d’eux m’a demandé furieusement : « Son cas doit-il servir de leçon ? ». Ils affirmaient que son père avait reçu maints avertissements pour qu’elle cesse ses soutiens aux soldats sur les réseaux sociaux. Ils l’accusaient d’être têtue, de désobéir à ses parents et, surtout, de les avoir filmés à la foire du village d’Echel avec son téléphone. »

La libération et la fuite

Contre toute attente, Ibrahim est épargné. Ses ravisseurs lui signifient qu’ils ne visent pas les civils innocents, mais « l’armée et les cafres (mécréants) ».

« Ils m’ont pris en photo plusieurs fois pour me ficher, menaçant de me retrouver si je parlais. Ensuite, ils m’ont abandonné au bord de la route, entre Goundam et Niafounké », raconte-t-il.

La nuit du vendredi 7 au samedi 8 novembre fut un calvaire pour Ibrahim, gardé les yeux bandés et les mains menottées dans le dos jusqu’à sa libération.

« Une fois relâché, je me suis débarrassé de mon turban pour ne pas que les patrouilles des FAMA me confondent à un “faso jugu den” (terme péjoratif couramment employé par les Maliens  signifiant ‘‘ennemi de la patrie’’/ndlr). Ici, on vit entre deux feux. Un bienfaiteur m’a aidé à rejoindre Ségou après quatre jours de route, puis Bamako. Aujourd’hui, je quitte le Mali pour un pays de la sous-région, où j’ai de la famille. Je ne compte pas revenir de sitôt. Inchallah », conclut le rescapé.

Africaguinee.com

Créé le 21 novembre 2025 07:08

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