Examens nationaux : « Il y a des parents qui investissent dans la fraude », martèle Alpha Bacar Barry
CONAKRY – Le ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, Alpha Bacar Barry, a tenu un discours sans détour ce samedi, à l’occasion de l’atelier national consacré aux examens nationaux de fin d’année.
Face aux acteurs du système éducatif, le ministre a dénoncé avec fermeté la fraude scolaire, l’implication de certains parents dans les pratiques de tricherie, mais aussi les limites actuelles du système d’évaluation en Guinée.
« Les examens ne doivent pas être favorables aux gens qui ont des parents qui investissent dans la fraude. Parce qu’il y a des parents qui investissent dans la fraude. La plupart des gens qui m’ont appelé depuis que je suis ministre de l’Éducation, des parents d’élèves, c’est pour me dire de les aider afin que leurs enfants obtiennent le baccalauréat », a déclaré le ministre, visiblement préoccupé par l’ampleur du phénomène.
Selon lui, plusieurs parents d’élèves sollicitent directement son intervention pour aider leurs enfants à décrocher le baccalauréat, une pratique qu’il juge « inquiétante » et « triste ».
« On a rendu normal le fait d’aider quelqu’un à avoir le bac. C’est devenu normal dans nos conversations », a regretté Alpha Bacar Barry, appelant à une remise en question collective.
Au-delà de la dénonciation de la fraude, le ministre a plaidé pour une profonde réforme du système d’évaluation afin d’offrir davantage de chances aux élèves en difficulté.
Pour lui, l’échec à un examen ne doit pas être synonyme d’exclusion définitive du système éducatif. « Est-ce qu’un enfant qui n’a pas eu le baccalauréat est forcément bête ? », s’est-il interrogé, estimant qu’il manque aujourd’hui des mécanismes de passerelles et de rattrapage permettant aux élèves de reprendre leur parcours scolaire.
Dans cette dynamique, le ministre a évoqué plusieurs pistes de réflexion : l’organisation éventuelle d’une session de rattrapage, l’introduction d’un baccalauréat oral ou encore un système de validation progressive des matières sur plusieurs années.
« Et si on changeait ? », a lancé Alpha Bacar Barry aux participants de l’atelier, les invitant à sortir « des sentiers battus » pour repenser les examens nationaux.
Le ministre a notamment suggéré que certaines matières puissent être validées avant la classe terminale afin de permettre aux candidats de se concentrer sur leurs disciplines de spécialité durant l’année du baccalauréat.
« C’est nous qui décidons de la manière dont nous devons organiser nos examens », a-t-il insisté, estimant qu’une telle réforme participerait à affirmer « l’autonomie », « l’indépendance » et « la souveraineté » du système éducatif guinéen.
Zéro tolérance contre les fraudeurs
Le ministre a également affiché une position de fermeté face aux cas de fraude enregistrés lors des précédentes sessions d’examens.
« L’analyse de la session 2025 met en évidence des résultats contrastés. D’une part, des avancées notables ont été enregistrées, notamment au certificat d’études élémentaires, où les dispositions mises en œuvre ont permis de renforcer de manière significative l’intégrité du processus », a-t-il indiqué.
Cependant, Alpha Bacar Barry reconnaît que des insuffisances ont été constatées, particulièrement au brevet et au baccalauréat unique.
« Les cas de fraude constatés, les téléphones saisis ainsi que les manquements relevés dans la surveillance nous rappellent que la crédibilité des examens demeure un défi permanent qui exige une mobilisation sans faille de tous les acteurs », a-t-il averti.
Le ministre a également mis en garde les responsables éducatifs impliqués, directement ou indirectement, dans des pratiques frauduleuses. « S’il y a des cas avérés de fraude où la responsabilité des enseignants et des encadrants est engagée, nous allons sanctionner, et nous allons sanctionner sans réfléchir, sans beaucoup trembler », a-t-il prévenu.
Poursuivant, il a affirmé ne vouloir faire preuve d’aucune complaisance envers les fraudeurs. « Je ne suis pas ami d’un enseignant qui fraude. Pas du tout », a martelé le ministre. Selon lui, tous les responsables impliqués dans l’organisation des examens, notamment les DCE, les inspections régionales de l’éducation et les services déconcentrés, doivent être irréprochables.
« Nous devons faire bloc contre les fraudeurs. Les fraudeurs ne doivent pas trouver en nous des agents réceptifs », a insisté Alpha Bacar Barry, annonçant une collaboration avec la justice afin de poursuivre pénalement les enseignants impliqués dans des cas de fraude.
« Les enseignants impliqués dans tous les cas de fraude seront traduits en justice. Ils ne seront pas seulement sanctionnés administrativement. C’est l’affaire de la justice », a-t-il lancé.
Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
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