Entrepreneure à 18 ans : Fatoumata Binta Diallo raconte « comment » son rêve de devenir médecin a été brisé…

CONAKRY- Âgée seulement de 18 ans, Fatoumata Binta Diallo est une entrepreneure certifiée dans les domaines de la saponification, le perlage et la confection de bouquets de fleur. Elle s’est fait une place au soleil et brille de mille feux. Pourtant, son rêve était de devenir médecin de haut niveau. Un rêve brisé en 2020 lorsque ses parents ont tout perdu après avoir été déguerpis de leur lieu de travail à Bonfi par le régime d’Alpha Condé. Sans tabou, elle confie à Africaguinee.com les péripéties de son parcours particulier.  Excellente lecture !

AFRICAGUINEE.COM : Qu’est-ce qui vous a conduit sitôt dans l’entrepreneuriat alors que vous rêviez d’être médecin ?

FATOUMATA BINTA DIALLO : C’est suite au déguerpissement de mes parents de leur lieu de travail en 2020 au temps de Alpha à Bonfi que l’idée m’est venue en tête. Au début, je n’avais pas cette idée puisque mon père m’avait promis, après mon bac, de me faire voyager pour faire des études en médecine. Malheureusement le déguerpissement leur a fait perdre tout ; plus rien ne leur est resté après l’opération. La situation était si difficile que j’étais obligée d’aller dans une école publique. C’est ainsi que j’ai rencontré un ami qui suivait une formation en développement personnel. C’est ce dernier qui m’a encouragé, j’ai commencé à suivre des formations.

Je me suis dit que je devais aider mes parents surtout que nous étions dans une situation difficile. Cette formation n’avait pas été aisée pour mes parents et moi puisqu’elle était à un million sans compter le transport qui me coûtait 600 mille gnf par mois. Donc quand on me donnait mon transport, j’économisais un petit montant que je gardais.  Mon oncle aussi m’a beaucoup soutenue.

C’est dans ces conditions que j’ai suivi toutes les formations. Pour la certification aussi, il fallait acheter du matériel mais je n’avais pas d’argent. J’en ai donc emprunté pour valider ma certification. Quelquefois je partais dans les écoles pour faire des prestations et dans cela aussi j’ai rencontré pas mal de difficultés parce que certains demandaient de l’argent pour me permettre l’accès. J’ai suivi la formation en perlage avec une Béninoise. A terme, j’ai commencé à développer petit à petit. J’ai formé cinq personnes et c’est grâce à ces revenus que j’ai acheté mon matériel. J’ai compris que certaines femmes veulent se faire former mais elles n’ont pas les moyens. Je les ai donc formées gratuitement. De novembre à janvier, j’ai pu former plus de 117 jeunes filles.

Comment confectionnez-vous les sacs en perles ? 

La confection des sacs en perles est un travail difficile parce que tout se fait à la main et certaines perles coûtent très cher. Donc nous avons un problème de matériel aussi. Je n’ai pas les moyens pour m’acheter du matériel donc je suis obligée de louer à mes amis qui en ont. Même le local c’est un monsieur qui fait l’auto-école qui m’a hébergée. Régulièrement j’organise des formations pour les jeunes filles. Après le déguerpissement de mes parents mes rêves se sont anéantis donc il fallait que je me batte.

Grâce à cette activité, arrivez-vous à aider vos parents sur le plan financier ?

Pour le moment je ne peux pas compter sur la seule activité car je n’ai pas encore débuté la vente des sacs et j’organise des formations gratuites. Pour le moment je ne fais pas d’entrées. J’ai toujours voulu aider les femmes et les jeunes dans leur élan d’émancipation à Conakry ici.  Après le Ramadan, je prévois d’aller à l’intérieur du pays pour former des jeunes filles. Je sollicite auprès de l’Etat une aide pour avoir du matériel et me faciliter mon voyage à l’intérieur du pays pour former d’autres jeunes.

Que sollicitez-vous concrètement ? 

Je sollicite auprès des personnes de bonne volonté pour m’aider à avoir beaucoup plus de matériel. Tout ce que je vais dire aux filles, femmes et dames, c’est de réveiller le talent qui sommeille en elles et essayer d’entreprendre petit à petit. Certes ce n’est pas facile mais je leur demande d’avoir confiance en elles. Ce qu’on obtient dans la facilité n’est que du vent. Si on veut quelque chose de concret, de rentable, la jeune fille doit entreprendre. Restez couchée, et scotcher aux réseaux sociaux ne conduit nulle part.  Il faut savoir exploiter les réseaux sociaux. Je conseille aux jeunes filles d’être sur les réseaux sociaux mais en développant quelque chose de rentable pour elles.

Interview réalisée par Yayé Aicha Barry

Pour Africaguinee.com 

Créé le 14 mars 2025 11:37

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