Économie : L’Afrique face au « choc » du conflit au Moyen-Orient, des experts alertent!
CONAKRY – Un rapport publié le 2 avril 2026 par la Banque africaine de développement (BAD), l’Union africaine et des agences de l’ONU, tire la sonnette d’alarme sur les répercussions de la guerre au Moyen-Orient sur le continent africain.
Le document de sept pages prévient que le prolongement des hostilités au Moyen-Orient pourrait amputer la croissance du continent et déclencher une onde de choc inflationniste sur les produits de première nécessité.

Alors que de nombreux pays africains peinent encore à retrouver leur dynamisme économique d’avant la pandémie de Covid-19, ce nouveau conflit régional vient assombrir les perspectives. Selon les projections du rapport, si la crise dépasse les six mois, le produit intérieur brut (PIB) de l’Afrique pourrait enregistrer une perte de 0,2 point de pourcentage dès 2026.
La note souligne que la sévérité de l’impact dépendra de la durée des perturbations sur les routes maritimes et les approvisionnements en énergie.
« Le conflit qui a déjà déclenché un choc commercial, pourrait rapidement se transformer en une crise du coût de la vie à travers l’Afrique par la hausse des prix du carburant et des denrées alimentaires, l’augmentation des coûts d’expédition et d’assurance, ainsi que des pressions sur les taux de change », ont alerté les auteurs du rapport.
Le spectre de l’insécurité alimentaire
Pour plusieurs nations africaines, le danger ne vient pas uniquement du pétrole. Le rapport met en évidence un « canal des engrais » potentiellement plus dévastateur. Les perturbations de l’approvisionnement en gaz du Golfe affectent directement la production d’ammoniaque et d’urée, essentiels à l’agriculture.
Ce disfonctionnement intervient durant la période des semailles (mars à mai). Ce qui constitue une menace directe sur la sécurité alimentaire des ménages les plus vulnérables.
Les retombées macroéconomiques sont déjà visibles. Le rapport s’appuie sur les données de la BAD pour révéler une situation monétaire préoccupante. Les devises de 29 pays africains se sont déjà dépréciées. Cette chute augmente mécaniquement le coût du service de la dette extérieure libellée en monnaie locale, épuise les réserves de change et renchérit le coût des importations.
Des pays comme le Soudan, le Soudan du Sud et la Gambie sont cités comme étant particulièrement exposés à cet « étranglement budgétaire ».
Des gains inégaux pour certains ports
Toutefois, le rapport note que quelques pays tirent profit de la redirection des flux maritimes. En raison de l’insécurité sur les routes habituelles, de nombreux navires contournent désormais le Cap de Bonne-Espérance. Le Nigeria bénéficie par exemple de la hausse des prix de l’or noir et de l’exportation via la raffinerie Dangote.
L’Afrique du Sud (Durban), la Namibie (Walvis Bay) et Maurice voient leur activité portuaire et leurs services maritimes bondir, tandis que l’Éthiopie renforce son rôle de pont aérien entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe grâce à sa compagnie nationale.
Cependant, les experts préviennent que ces gains localisés sont inégaux et « pourraient ne pas compenser les pressions inflationnistes et budgétaires plus larges affectant le continent ».
Face à l’urgence, les auteurs du rapport appellent à une réponse coordonnée, préconisant notamment :
- L’activation de mécanismes de financement groupé pour le carburant et des corridors alimentaires d’urgence.
- Le renforcement de la collecte des ressources domestiques et la création de fonds souverains pour les pays exportateurs de pétrole afin de parer à la chute inévitable des prix après la crise.
- L’accélération de la ZLECAF pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement régionales.
Les experts exhortent l’Union africaine à porter une « voix diplomatique commune » et réduire sa vulnérabilité face aux chocs extérieurs.
Africaguinee.com
Créé le 6 avril 2026 09:00









