Drame à Entag SOS : Ténin Camara, enceinte de huit mois, tuée par une balle dans sa maison

CONAKRY- Le quartier Entag SOS, dans la commune de Tombolia, s’est réveillé dans la stupeur et la douleur ce mercredi 3 juin 2026, à l’aube. Ténin Camara, une jeune femme enceinte de huit mois, a trouvé la mort après avoir été atteinte par une balle au niveau de l’épaule alors qu’elle se trouvait à l’intérieur de son domicile. 

Selon les témoignages recueillis sur place, le drame serait survenu à la suite d’une altercation impliquant des hommes en uniforme. La victime, commerçante de profession et mère de famille, se préparait à rejoindre son lieu de vente au marché de Madina lorsqu’une balle a traversé la porte de sa maison avant de l’atteindre mortellement. 

Sous le choc, Mme Kaba Mariam Condé sœur de la défunte, est revenue sur les circonstances de cette tragédie qui a plongé toute une famille dans le deuil.

« Il était environ cinq heures du matin lorsque j’ai entendu les premiers bruits. Je me suis réveillée en sursaut. Au début, je pensais que cela provenait du voisinage. J’ai même appelé chez ma tante pour savoir ce qui se passait. On m’a répondu que ce n’était pas de leur côté. Quelques instants plus tard, j’ai entendu une première détonation. Je suis sortie dans la cour. Mes frères voulaient également sortir, mais je leur ai demandé de rester à l’intérieur et de ne pas ouvrir la porte », raconte-t-elle, encore bouleversée.

Selon elle, les tirs se sont multipliés en quelques secondes.« J’ai entendu des gens crier dehors. Ils disaient qu’une femme enceinte avait été touchée. J’ai immédiatement appelé mon frère qui se trouvait à l’étage. Il m’a répondu que cela s’était passé chez Ténin. À cet instant, j’ai ouvert la porte et je suis partie en courant. Quand je suis arrivée, j’ai trouvé ma sœur couchée dans son sang. La scène était insoutenable », explique-t-elle avec émotion.

La famille a aussitôt tenté de sauver la jeune femme.« Nous l’avons placée dans une voiture pour l’évacuer d’urgence vers l’hôpital régional de Tombolia. Durant tout le trajet, je priais Dieu de nous la laisser. Je demandais au Seigneur que, même si l’enfant ne pouvait pas être sauvé, au moins qu’il nous laisse la mère. Mais lorsque nous sommes arrivés à l’hôpital, les médecins n’ont pu que constater son décès. Pour nous, c’était déjà un dépôt de corps », confie-t-elle.

D’après les premiers témoignages recueillis dans le quartier, l’incident serait né d’une altercation entre deux agents des forces de sécurité.« Apparemment, il y avait un militaire dans un véhicule et un gendarme qui circulait à moto. Le militaire aurait intercepté le motard et lui aurait demandé ses papiers. Le gendarme lui aurait répondu qu’il appartenait lui aussi aux forces de sécurité et qu’il n’avait pas ses documents sur lui, mais qu’il pouvait montrer des photos sur son téléphone. Après cela, la situation aurait dégénéré. Des échanges verbaux ont éclaté avant que des coups de feu ne soient tirés », rapporte Mme Condé.

Elle poursuit : « Un autre motard serait intervenu pour calmer la situation. Mais cela aurait encore aggravé les choses. Ensuite, les tirs ont commencé. Moi, j’ai entendu le premier coup de feu, puis le deuxième et le troisième. »

Au même moment, Ténin Camara se préparait à quitter son domicile. « Ma sœur vendait des friperies au marché de Madina. Elle était déjà prête à partir. Lorsqu’elle a entendu les tirs, elle a dit à sa grande sœur qui se trouvait près d’elle : « Rentrons à l’intérieur pour éviter les balles. » Elles sont donc rentrées dans la maison. Malheureusement, à peine la porte refermée, une balle l’a traversée avant de toucher Ténin à l’épaule. Le projectile est ressorti par derrière. Elle a perdu énormément de sang », explique sa parente.

L’état de grossesse avancé de la victime aurait aggravé la situation. « Elle était enceinte de huit mois. Elle a perdu beaucoup de sang en très peu de temps. Malheureusement, elle a succombé à ses blessures. C’est une douleur indescriptible pour toute la famille », ajoute-t-elle.

Au-delà de la douleur, les proches de la victime lancent un appel pressant aux autorités afin que toute la lumière soit faite sur les circonstances de cette mort. « Ceux qui sont censés nous protéger ne doivent jamais être la cause de notre mort. Nous demandons aux autorités de prendre leurs responsabilités. Aujourd’hui, nous sommes anéantis. Nous n’avons plus de force. Nous nous remettons à Dieu, mais nous voulons aussi que ce genre de drame ne se reproduise plus », plaide Mme Condé.

Dans le quartier, plusieurs habitants dénoncent également l’insécurité et les comportements de certains individus qui sèmeraient régulièrement la peur. « Ici, il y a des zones connues pour les troubles. Les habitants vivent parfois dans l’inquiétude. Nous demandons à l’État d’agir davantage pour sécuriser les citoyens. Quand certaines personnes deviennent incontrôlables, les conséquences peuvent être dramatiques, comme ce qui vient d’arriver », souligne-t-elle.

Interrogée sur une éventuelle plainte, la famille préfère pour l’instant attendre les conclusions des autorités compétentes.« Nous allons laisser les autorités faire leur travail. Aujourd’hui, notre sœur n’est plus là. Aucune procédure ne pourra nous la ramener. Mais il faut que cela cesse. Les citoyens doivent se sentir en sécurité jusque dans leurs maisons. Dans cette affaire, c’est à l’intérieur même de son domicile qu’une femme enceinte a perdu la vie », conclut-elle.

Alors que l’émotion reste vive à Entag SOS, les habitants attendent désormais des explications officielles sur les circonstances exactes de ce drame qui a coûté la vie à une femme enceinte de huit mois et plongé une famille entière dans le deuil.

Mamadou Yaya Bah 

Pour Africaguinee.com 

Créé le 3 juin 2026 13:09

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