Dr Zalikatou Diallo parle des conséquences de l’excision : « Des femmes sont répudiées par leur mari à cause… »
CONAKRY-Les mutilations génitales féminines (MGF) persistent en Guinée en dépit d’énormes efforts consentis par les autorités, leurs partenaires et les ONG de défense des droits de la femme. À l’occasion du mois dédiée à « tolérance zéro » contre les mutilations génitales féminines, notre reporter est allée à la rencontre d’une activiste qui lutte contre cette pratique néfaste. Il s’agit du Dr. Zalikatou Diallo ancienne ministre, ancienne députée, qui vient d’ailleurs de sortir un ouvrage dédié à la problématique liée à l’excision. Dans cet entretien, elle explique les graves conséquences de cette pratique chez les victimes. Elle lève également le voile sur l’arsenal juridique qui réprime cette pratique en Guinée. Interview.
AFRICAGUINEE.COM : Quel regard portez-vous sur la pratique des mutilations génitales féminines en Guinée ?
Dr. ZALIKATOU DIALLO : La problématique liée aux mutilations génitales féminines demeure une préoccupation en Guinée. Parce que les défis persistent en dépit de tous les efforts fournis. Les enquêtes montrent quand même des avancées et une inversion mais, nous estimons que c’est très timide par rapport aux immenses efforts déployés, depuis que nos aînés se sont investis pour essayer d’éradiquer ce fléau. Actuellement, il faut reconnaître qu’il y a eu beaucoup d’efforts, la législation et tout mais, les gens continuent à pratiquer en catimini les mutilations génitales féminines. Espérons donc qu’avec les mesures prises, la synergie d’actions avec les autorités, des associations féminines et de défense des droits de l’homme et de la lutte contre les violences basées sur le genre, nous allons parvenir à des résultats probants.
Quelles sont les conséquences des mutilations génitales chez la femme ?
Les conséquences sont nombreuses. On peut même les catégoriser à court terme, à moyen et à long terme. C’est pourquoi j’ai eu l’initiative justement de publier un roman sur les mutilations génitales féminines en mentionnant toutes les séquelles et les risques encourus.
– À court terme : c’est l’État de choc. Parce que la douleur est là, elle est vive sans anesthésie. Il y a l’hémorragie, elle (la victime) risque de perdre même la vie et il y a aussi des infections et troubles urinaires. Il y’ en a beaucoup mais je ne peux que citer au gré de ma mémoire.
– À moyen terme : il y a celles qui subissent l’infibulation. Et au moment du mariage, il faut réouvrir et ça aussi, elles subissent les mêmes douleurs et atrocités qu’au moment où on faisait la pratique de l’excision à leur jeune âge.
– À long terme : il y a le plan psychologique qui affecte la femme toute sa vie. Mais aussi au moment de l’accouchement, pour celles qui ont subi n’importe quelle forme, il y a un moment de retard de l’expulsion du bébé parce que les cicatrices au niveau de la vulve posent problème. Il y a même des risques de déchirure si on ne pratique pas l’épisiotomie (élargir pour permettre à la tête du bébé de sortir). Et si elle n’est pas orientée, elle peut créer les pathologies chez la femme comme les fistules obstétricales et les fistules vésico vaginales.
Donc avec toutes ces conséquences, il faut une chirurgie réparatrice et parfois ça réussit et des fois, les issus sont incertains et les femmes se voient même répudier par leur mari et même la famille et elles sont stigmatisées et c’est très regrettable.
Parlez-nous des statistiques en Guinée ?

Les statistiques pour la tranche d’âge de 15 à 49 ans, c’est toujours supérieur à 90% parce que certains parlent de 94 à 95%. Donc, c’est un peu moindre par rapport à 96%. Il y a quelques décennies où la Guinée occupait tristement la 2ème place au niveau mondial. Mais la lueur d’espoir est qu’au niveau de la tranche d’âge de 0 à 14 ans, on est à 39% et d’autres enquêtes parlent même de 36%. C’est quand même un atout et une lueur d’espoir. Ça veut dire tout simplement que les efforts de sensibilisation et les mesures répressives entreprises par l’Etat ont permis quand même de freiner un peu le processus.
Qu’est-ce que la religion dit sur la pratique des mutilations génitales féminines ?
L’équivoque a été levée depuis belle lurette maintenant. C’est clair que ça n’existe dans aucun texte monothéiste. Ni l’Islam, ni le Christianisme ne l’ont dans leurs textes religieux. Il y a au moins deux décennies, les religieux de mon pays en ont fait état et il y a quelques années, ils avaient même pris une Fatio pour dire que ça n’existe pas dans l’islam. Ce n’est qu’une pure invention. C’est pour éradiquer cette pratique néfaste que certains utilisent ces stratagèmes pour essayer de dire que c’est la religion qui le recommande. Non, les religieux sont très clairs là-dessus. Ils l’ont dit et répété. Ça n’existe ni dans le coran ni dans la bible.
Est ce qu’il y a des sanctions prévues contre les réfractaires ?
Depuis qu’on a révisé le code pénal et de procédure pénale en 2016, i y a la répression jusqu’à des peines d’emprisonnement. Avant 2016 d’abord, on avait criminalisé l’acte. La loi sur la santé et reproduction de 2000 au niveau des dispositions de son article 13, réprimait déjà les mutilations génitales féminines. Et maintenant il y a le code de l’enfant aussi qui réprime aussi avec des peines d’emprisonnement, des amendes et les peines qui vont de 2 à 5 ans si la victime est sauvée. Si d’ailleurs mort s’ensuit, l’instigateur encourt une peine de 20 ans de réclusion criminelle avec des amendes. Le problème c’est l’application de la loi sinon, nous avons de beaux textes donc il faut pouvoir les appliquer. Il faut également la vigilance de tous les acteurs et des dénonciations. Il y a une avancée puisque c’est en catimini qu’on la fait. Il faut donc dénoncer celles qui la font en catimini aussi pour éradiquer complètement cette pratique.
Quel conseil donnez-vous aux femmes pour éradiquer ce fléau ?

Il faut que les femmes comprennent et qu’on abandonne cette pratique. Sauvons nos filles pour qu’elles ne soient pas mutilées. C’est très important parce qu’elles risquent très fort. Certaines meurent lors de l’excision suite à une hémorragie, d’autres suite à une infection ou la septicémie. C’est-à dire les germes sont tellement nombreux qu’elles envahissent le sang. Et d’autres c’est au moment de l’accouchement qu’elles perdent la vie. Et il ne faut pas oublier les fistules obstétricales et cela est très regrettable pour la santé de la femme. Ce n’est pas quand on est sauvé au moment de l’acte que nous devons dire qu’on est sauvé. Les séquelles suivent la femme toute la vie. Surtout la pratique de l’infibulation c’est très traumatisant pour la femme.
C’est pourquoi je profite de cette journée de tolérance zéro contre les mutilations génitales féminines pour lancer un appel aux femmes dans les 31 pays où ont fait cette pratique, d’essayer de comprendre la sensibilisation, d’abandonner cette pratique, connaître les méfaits et les risques que courent les filles et femmes ayant subi ces mutilations génitales. Trop c’est trop.
Dans le monde, au moins 230 millions de femmes ont subi cette pratique. Donc on doit inverser la tendance. Ne pas faire comme la Gambie pour faire lever l’interdiction des mutilations génitales. Donc il faut continuer la sensibilisation et il faut accélérer parce qu’il y a des objectifs fixés d’ici l’horizon 2030.
Une interview réalisée Par Yayé Aicha Barry
Pour Africaguinee.com
Créé le 13 février 2025 11:42Nous vous proposons aussi
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