Dr Faya au Général Doumbouya : « en Guinée, c’est l’entourage qui est notre propre tombeur… »

CONAKRY-Alors que les appels à la candidature du Général Mamadi Doumbouya à la prochaine élection présidentielle se multiplient, Dr. Faya Lansana Milimouno a fait une invite au Chef de l’État. Le président du Bloc Libéral affirme qu’il continue d’accorder le « bénéfice du doute » au Président et l’invite à honorer sa parole de soldat. Il prévient qu’en Guinée, l’entourage contribue souvent à la « chute » du Chef.

AFRICAGUINEE.COM : Contrairement aux annonces faites par le Chef de l’Etat à l’occasion de son adresse à la Nation pour le nouvel an, le porte-parole du Gouvernement déclare que toutes les élections ne tiendraient pas en 2025. Qu’en pensez-vous ?

DR. FAYA MILIMOUNO : C’est un jeu que le CNRD, le gouvernement, sont en train de jouer. Mais le danger de ce jeu, c’est qu’ils sont en train de faire du mal au président Doumbouya. À force de jouer à ce jeu, les Guinéens ne pourront plus croire en ce que le Général Doumbouya va (leur) dire. Je rappelle qu’en décembre 2023, ils lui ont fait dire que le référendum aurait lieu en 2024. On n’a même pas eu un projet de la Constitution. Ce qui, naturellement, amène les Guinéens à se demander si ceux que le président Doumbouya a choisi de mettre à ses côtés pour conduire cette période transitoire, sont véritablement avec lui. Parce qu’on sait comment peut s’écrire une adresse à la nation d’un chef d’État. C’est comme quand moi, en tant que président du Bloc libéral, je dois préparer mon message au peuple de Guinée. Je ne m’assois pas seul pour écrire. Il y a plusieurs pans du parti qui apportent leur concours pour que le message soit construit. Je peux imaginer la même chose au sommet de l’État. Mais à force de faire dire à travers les adresses à la nation des choses au président Doumbouya, et à faire exactement le contraire, naturellement, les Guinéens finiront par ne plus croire en ce que le Président est en train de dire.

C’est pour cette raison que nous invitons le président Doumbouya à faire très attention avec son entourage, et surtout à taper sur la table quand il s’agit de certaines annonces solennelles. En 2024, le référendum n’ayant pas eu lieu, il devait mettre dehors tous ceux qui ont contribué à la non-réalisation de cette annonce qu’il avait faite. En 2024, il annonce que 2025 sera une année électorale : Il y aura le référendum, il y aura les élections générales, etc. Quelques semaines après, son porte-parole dit que ça ne sera pas possible. Finalement, qui est le président ? Est-ce que c’est le porte-parole ou c’est le président Doumbouya ? C’est à lui de prendre ses dispositions pour éviter que sa parole devienne celle de n’importe qui.

Je crois qu’il lui appartient de faire en sorte que son entourage soit nettoyé pour que ce qu’il dit, puisse avoir un sens auprès de la population Guinéenne.

« La candidature du Général Doumbouya est la seule alternative pour garantir le rassemblement des guinéens et l’élan de développement », a déclaré le Général Amara Camara à Kankan. Que vous inspire ces propos ?

Les déclarations que font le général Amara et bien d’autres, nous nous disons simplement que nous continuons à donner le bénéfice du doute au président Doumbouya. Avant lui, il y a eu un soldat comme lui qui était arrivé avec la promesse de gérer une période transitoire et de partir. Lui-même n’avait jamais dit qu’il serait candidat. Il avait simplement menacé. Cela a conduit notre pays à un drame.

Nous ne voulons plus voir une seule vie sacrifiée en Guinée pour assouvir l’ambition d’un Guinéen, fut-il le président de la République ou le président de la Transfusion. Donc, nous continuons à (lui) donner le bénéfice du doute. Mais ce que nous disons à tous ceux qui, aujourd’hui, sont en train d’utiliser le temps qu’ils auraient dû consacrer à travailler pour le peuple, ils devront un jour rendre compte. Les moyens de l’État qu’ils sont en train d’utiliser, un jour ils rendront compte.

Tout cela doit dire au Président Doumbouya qu’ils sont en train de le tromper. Si les Guinéens étaient si engagés à vouloir qu’il soit le candidat, ils n’avaient pas besoin de dépenser un seul sou pour qu’un Guinéen se déplace d’un point A à un point B pour dire : on soutient le Président Doumbouya. Si moi un jour je dois être obligé à donner de l’argent à un Guinéen pour qu’il me supporte, je quitte la politique. C’est comme ça qu’on a torpillé ce pays pendant des décennies. Pourtant, lorsque le Président Doumbouya est arrivé, il a dit qu’il faut dépolitiser, il faut dépersonnaliser l’administration. Aujourd’hui, ce qui se fait est plus grave que ce qui se faisait avant. C’est pourquoi on lui dit de faire très attention avec son entourage, parce que souvent en Guinée, c’est l’entourage qui est notre propre tombeur.

Selon vous, si la constitution lui confère cette ouverture d’être candidat, à quoi bon d’être contre ?

Faut-il que la constitution soit adoptée par le peuple de Guinée ? Nous, nous avons dit clairement qu’il faut reprendre dans les dispositions transitoires de la nouvelle constitution les dispositions interdisant aux membres du CNRD et du gouvernement d’être candidats.

Cela seulement sera suffisant pour nous de recommander à nos militants de voter oui ou non. Et ce qui amène mon parti, en particulier de dire au général Mamadi Doumbouya de ne pas se présenter, c’est que nous avons une tradition de parti État. Dans une tradition de parti État, il suffit que celui qui est là donne son intention qu’il pourrait être candidat. Aujourd’hui, nulle part à l’intérieur, on voudra quelqu’un qui peut potentiellement être candidat aux élections présidentielles. Parce que tout le monde va assumer que si je lui permets de rencontrer les Guinéens, je vais perdre mon poste.

Est-ce que vous savez aujourd’hui que même les simples réunions au siège de nos partis à l’intérieur du pays sont devenues un problème ? Or, lorsque les Guinéens sont convaincus que ce ne sont plus les élections, que la dévolution du pouvoir sera faite, qu’est-ce qui peut se passer ? C’est le chaos. Et nous ne voulons pas de chaos dans notre pays. C’est pourquoi nous disons au général, respectez votre parole de soldat. Dépolitisez l’administration publique.

Faites en sorte que ces gens-là continuent à faire le travail pour lequel le peuple les paye. Les voitures qu’ils conduisent pour aller à Kankan, ces voitures-là sont carburées par le peuple de Guinée. Cet argent aurait pu servir à rénover des écoles. Elles sont nombreuses qui délabrées sur le terrain du territoire national. Beaucoup de centres de santé, de postes de santé, je peux vous en donner les statistiques et même les lieux où vous allez trouver ces centres de santé, ces postes de santé, ces écoles qui sont complètement délabrés. L’argent qu’on est en train d’utiliser pour brûler le carburant, de Conakry à Kankan, pour aller apparaître dans une photo, pourrait mieux servir à rénover ces écoles, ces centres de santé, ces postes de santé, etc. Mais le seul qui peut mettre fin à cela, c’est le président Doumbouya. Nous lui disons : attention, aujourd’hui, votre entourage a complètement démenti tout ce que vous avez dit le 5 septembre, mais vous pouvez encore vous en sortir par la grande porte. Vous avez le pouvoir de mettre fin à cette récréation.

A suivre !

Mamadou Yaya Bah

Pour Africaguinee.com

Créé le 3 février 2025 10:17

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