« D’où que tu sois, reviens…Nos parents souffrent»: l’appel désespéré d’un professeur de mathématiques à son cadet “disparu”

CONAKRY – C’est l’histoire d’un départ silencieux qui s’est transformé en un huis clos psychologique. Celle de Mamadou Aliou Barry, 25 ans, le benjamin d’une fratrie originaire de Mamou, ayant grandi à Kakoni (Gaoual). Alors que ses proches le croyaient pleinement intégré et investi dans son travail au grand marché de Madina, le jeune homme s’est volatilisé le 12 janvier 2026.

Aujourd’hui, son frère aîné, Abdoul Mazid Barry, professeur de mathématiques, brise le silence. À travers un témoignage poignant sur Africaguinee.com, il démonte les rouages d’une mystification savamment orchestrée par un réseau d’escrocs, qui retiendrait son frère quelque part en Afrique de l’Ouest, sous le faux prétexte d’une vie réussie en Europe.

Des messages « trop bien écrits » et des numéros suspects

Le doute s’est installé dès les premières heures après la disparition. Connaissant les lacunes de son jeune frère en français, Abdoul Mazid tique en recevant un premier SMS annonçant un voyage temporaire à l’intérieur du pays.

« Il s’appelle Mamadou Aliou Barry, âgé environ de 25 ans. C’est mon petit frère, Benjamin de la famille. On vivait ensemble. Il a quitté la maison un matin du 12 janvier 2026, sans me dire au-revoir, sans dire au-revoir à personne d’ailleurs dans la famille, il est parti. Après un temps, j’ai reçu un message de lui. J’ai constaté que le message était très bien écrit. Aussitôt, j’ai douté parce que je sais que son niveau en français n’est pas aussi ça », témoigne M. Barry.

Mamadou Aliou Barry

Au téléphone, l’interlocuteur ne répond plus. Les semaines passent, rythmées par de rares échanges textuels, jusqu’au coup de théâtre sur les réseaux sociaux au mois de mars.

« J’ai vu une image sur Facebook de lui, bien habillé, disant qu’il est en Allemagne », raconte Abdoul Mazid Barry. « Je lui ai envoyé un message vocal sur Facebook, il m’a confirmé qu’il y est arrivé. Mais quand j’ai essayé de faire un appel vidéo pour communiquer et voir sa position, il a refusé. Depuis ce jour, il ne prend plus mes appels vidéo. »

La supercherie technologique se durcit lorsque la famille exige des preuves. Soumis à la question, le jeune homme finit par appeler via un numéro suspect, composé presque uniquement de « 8 ».

Mamadou Aliou Barry

« Quand il a quitté, il utilisait son numéro guinéen pour nous écrire ou nous appeler de temps en temps via WhatsApp et nous dire qu’il est en Allemagne. J’en doutais depuis. Un jour je lui ai dit: Appelle-moi avec un numéro allemand. Quelques jours après, il m’avait appelé avec un numéro où j’ai vu qu’il n’y avait que des 8. Quand j’ai essayé de me renseigner par rapport à ce numéro-là, on m’a dit que souvent ce genre de numéros-là, c’est des arnaquers qui les utilisent. Après, un temps encore, il a compris qu’à la base ça ne marche pas« , enchaîne-t-il.

Plus tard, les complices parviennent à faire afficher un indicatif allemand sur le téléphone du père, resté à Mamou, pour valider le mensonge. Mais le piège financier se referme rapidement : le réseau réclame 20 millions de francs guinéens (GNF) pour de prétendus « papiers de travail ».

La piste de « Kapi Kanté » et le mode opératoire du réseau

Refusant de verser l’argent à l’aveugle, l’aîné mène son enquête à Kakoni et découvre le fil conducteur : un entremetteur local surnommé « Kapi Kanté », qui aurait convaincu Mamadou Aliou de partir. En contactant la famille de cet entremetteur, le professeur de mathématiques découvre une similitude de destin.

« Un de ses frères m’a expliqué que lorsqu’il (Kapi Kanté, ndlr) partait, il avait demandé 20 millions [de GNF] et avait même revendu son terrain. Il m’a dit : « Il m’avait dit qu’il est arrivé en Allemagne, mais ce que j’ai constaté, c’est qu’il n’y est jamais arrivé… Depuis qu’il a su que j’ai compris qu’il n’est pas en Allemagne, il ne m’appelle plus. Il est avec des arnaqueurs » », raconte M. Barry.

L’appel désespéré d’un grand frère : « C’est ici qu’il faut réussir »

Aujourd’hui, la certitude d’un enlèvement ou d’une séquestration psychologique par un réseau de traite ne fait plus aucun doute pour la famille. Face à ce mur d’incertitudes, Abdoul Mazid Barry lance un appel direct à son jeune frère, espérant que ses mots lui parviendront.

Mamadou Aliou Barry en famille

« Il faut qu’il revienne parce que c’est ici qu’il faut réussir. On ne peut pas l’aider alors qu’on ne sait pas où il est exactement, on n’a pas de preuve. Nous lui demandons de revenir. Nos parents souffrent beaucoup du fait que tu es parti », implore l’aîné.

Et de de conclure : « Mamadou Aliou Barry, comme tu le sais, nous sommes des frères. Et si tu revenais, c’est mieux pour nous. Et pour toi aussi. Nous tes frères, nous te demandons de revenir pour qu’on puisse travailler ensemble et rester ensemble en tant que frères. C’est ce que je te demande. »

A suivre!

Africaguinee.com

Créé le 19 juillet 2026 12:32

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