« Il faut tout reprendre » : Des intempéries causent des dégâts énormes à Timbi Madina, la campagne agricole compromise…

TIMBI-MADINA – Zone de production de la pomme de terre par excellence depuis plus de trois décennies, la sous-préfecture de Timbi-Madina est durement affectée par des intempéries inattendues en cette fin de saison pluvieuse. De fortes pluies se sont déversées violemment sur les zones de production, inondant les espaces aménagés pour les cultures inter-saison, alors même que la saison des pluies tire sa révérence. Au moins 300 hectares sont touchés et plus de 400 tonnes de semences mises sous terre ont été emportées par les eaux, de même que les fientes et les engrais. Constat dans ce reportage.

Certains producteurs venaient de terminer la phase d’aménagement et s’apprêtaient à semer lorsque les pluies sont revenues, comme au mois d’août. Les semences sont en putréfaction sous les hangars, tandis que les engrais chimiques et organiques sont drainés par les mares qui se sont formées.

C’est toute la chaîne de production qui est complètement affectée. Dans les champs, nous avons trouvé des agriculteurs très éprouvés. Retour sur les jours difficiles que traversent les producteurs.

À Timbi-Madina, les machines agricoles sont en panne – pour reprendre l’expression d’un technicien agricole – les producteurs et les prestataires de champs sont hors service de façon inattendue. Tous les travaux effectués jusque-là, ainsi que les investissements, sont réduits à néant. L’heure n’est pas à la joie dans la capitale de la pomme de terre.

Nous sommes à la fois inquiets et attristés

Assise sous son hangar, au milieu du champ, Dame Fatoumata Binta Diallo, productrice, est au bord des larmes ; elle voit toute son économie emportée par les fortes pluies. Elle vit déjà une épreuve difficile, comme tous les autres acteurs de la chaîne de production :

« C’est à la fois de l’inquiétude, la tristesse et la mort dans l’âme. Cette fois, ceux qui nous appuient ont tout perdu, et nous autres attendons de l’aide. Souvent entre octobre et novembre, nous étions inquiets de trouver de l’eau pour arroser le début de la pousse parce que les rivières tarissent vite. La pomme de terre a besoin d’une eau mesurée, mais les pluies tombées ces jours ont déversé une quantité démesurée, c’est même inondé. Vous voyez les eaux partout. Moi, j’avais déjà semé, mais il y a une autre catégorie aussi : ce sont les engrais et les fientes qui sont infestés sur les périmètres agricoles. Ils s’apprêtaient à semer quand la pluie a fait couler tout. C’est dans cet état que vous nous avez trouvés. Nous voulons une solution rapide d’où qu’elle vienne maintenant, sinon c’est une saison perdue pour tous. Nous ne connaissons que l’agriculture, rien d’autre, aidez-nous ».

« Nous avons été surpris, ce sont des pluies de 2 jours qui ont tout détruit »

Mamadou Yéro Camara pratique l’agriculture depuis des années. Ce qu’il a enregistré en cette fin de saison des pluies est inhabituel. M. Camara est obligé de tout recommencer. Ce matin, entouré de ses travailleurs, il est éprouvé :

« C’est seulement en deux jours de pluies que tout cela est arrivé ; elles ont rendu les zones de production à plat ; les billons, les semences, les engrais, rien ne reste. Les eaux ne bougent même pas, tout est rempli. Habituellement à la même période, on fait face à la pénurie d’eau déjà, mais c’est une déconvenue. Souvent à la fin de la saison des pluies, on se précipite pour la campagne afin de couvrir une bonne partie sans manquer d’eau ; malheureusement cette année, nous sommes surpris. C’est une première de vivre une telle situation. Nous sommes éprouvés, les financements sont énormes et en matière de pomme de terre, quand l’eau stagne, c’est foutu pour le reste. La quantité a dépassé. Souvent on arrose, mais cette fois… Tout est pourri, c’est à reprendre. On ne peut rien recycler. Nous sommes obligés de reprendre, il faut aller tendre la main encore à la fédération, voir s’ils peuvent nous épauler à nouveau. En tout cas les pertes sont immenses, tout Timbi-Madina et les environs sont touchés par ces pluies, » se lamente Mamadou Yéro Camara.

Prestataire de champs, Mamadou Kaaly Diallo risque d’être sans revenus si les producteurs ne trouvent pas les moyens de reprendre les travaux. Ils sont nombreux dans cette situation d’attente :

« Les pluies ont fait des dégâts énormes durant ces deux jours, vraiment. C’est désastreux ce que les producteurs ont subi. Nous vivons aussi des travaux champêtres. Nous sommes derrière les tracteurs, tout ce que les machines ratent, nous l’arrangeons à la main. Les champs sont devenus des terrains nus. Nous sommes plus inquiets que les producteurs parce que s’ils sont à l’arrêt, nous autres n’aurons plus de prestations contre un revenu journalier. Nous vivons de cela, vraiment, donc vivement un accompagnement pour se relancer afin de redonner un souffle au cycle de production. Ce sont des milliers de personnes qui vivent de cette chaîne de production, les prestataires que nous sommes y compris. »

La Planification est perturbée

Le président de la filière pomme de terre et également président de la Chambre préfectorale de l’agriculture de Pita, indique qu’il faut absolument une quantité importante de semences pour secourir les producteurs après les pertes subies :

« Après les pertes constatées, il nous faut tout un investissement pour se rattraper encore. Même s’il n’y avait pas eu de perte, les quantités disponibles étaient insuffisantes. Maintenant il n’y a rien ; il faut tout reprendre. La demande était déjà énorme et cette autre réalité vient se greffer. La planification est déjà perturbée, la chaîne est impactée, c’est toute la campagne qui est entamée dans un mauvais sens. C’est plus de deux jours de pluies sans arrêt. On souhaite que la pluie retourne dans sa période normale sans décalage, sinon c’est une mauvaise nouvelle pour les agriculteurs, y compris les consommateurs », précise le chef de la filière pomme de terre.

Plus de 300 hectares inondés et environ 400 tonnes de semences perdues

À la Fédération des Paysans du Fouta Djallon, nous trouvons des visages pales, éprouvés par cette catastrophe. Elhadj Moussa Para Diallo, président de l’organisation, décrit un moment difficile :

« Des averses énormes sont enregistrées dans les périmètres agricoles de Timbi-Madina, Timbi-Tounni, Sintaly, Hafia et même Diari. Les producteurs sont peinés vraiment après avoir tout investi. Nous avons décidé de faire face au problème pour sauver les paysans. C’est des pluies inattendues. D’habitude en cette période, il se trouve que la pluie a cessé ; les producteurs se mettent à travailler avec tout le courage. Cette année encore, on était dans cette optique, les agriculteurs ont pris tous les moyens qu’ils ont pour mettre dans ces périmètres agricoles et la pluie a emporté tout. Chacun vient me voir, qu’il soit fédéré ou particulier, y compris les présidents des unions et membres des unions. On essaye de faire face au problème. Nous avons informé à la fois la Chambre Nationale d’Agriculture et le Ministère de l’Agriculture directement.

Nous espérons une suite rapide, je souhaite qu’on nous résolve ce problème au plus vite, sinon la campagne agricole est dangereusement compromise. On estime les zones touchées à plus de 300 hectares emblavés et environ 400 tonnes de semences déjà mises sous terre. Tous les détails sont envoyés au ministre de l’Agriculture qui a donné une réponse immédiatement. Nous avons urgemment besoin de moyens financiers et de l’engrais pour relancer la production parce que nous sommes repartis à zéro. Je vous avoue que le coup est très dur, imaginez que quelqu’un prenne tout son avoir pour se lancer dans la production et qu’il y ait retournement de situation, les pluies reviennent comme aux mois d’août et septembre. Nous sommes face à un problème compliqué. Nous avons nos regards rivés sur le département et la Chambre Nationale d’Agriculture pour donner un nouveau souffle, » déclare Elhadj Moussa Para Diallo, président de la Fédération des Paysans du Fouta Djallon.

Dans la matinée de ce vendredi, certains producteurs et leurs équipes sont visibles sur les zones de production pour faire un état des lieux. Dans bien des endroits, les eaux stagnet, tout est inondé. Une certaine quantité de pommes de terre non semées pourrit également sur place à cause de la couche d’eau démesurée. Ces moments difficiles interviennent à un moment où les routes qui mènent à Timbi-Madina sont très défoncées. Plusieurs camions s’y sont embourbés. Ceci fera l’objet d’un autre reportage à lire sur Africaguinee.com.

De retour de Timbi Madina, Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 664 93 45 45

 

Créé le 8 novembre 2025 09:44

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