Découverte: A la rencontre des chaumiers de Weendou-Malanga, gardiens d’un savoir-faire ancestral menacé…

TOUGUÉ- À Weendou-Malanga, un district de Koin, dans la préfecture de Tougué, les cases en banco conservent leur prestige grâce à une dernière génération d’artisans chaumiers. Bien que de nombreux ressortissants aient désormais les moyens de se construire des maisons en dur, il est rare de trouver une concession sans une case traditionnelle bien entretenue. Dans certaines concessions, ces cases constituent même l’essentiel des habitations.

Ce village du Fouta perpétue ainsi des traditions ancestrales, là où, ailleurs, les constructions en banco ont pratiquement disparu. À Weendou-Malanga et dans les villages environnants, les chaumiers sont constamment sollicités pour couvrir les charpentes de ces cases. Leurs toits sont reconnaissables à leur design singulier, appelé en langue locale « Ñappoodi Tintè » ou « Suudu Tintè », caractérisé par une forme d’escalier.

Cette architecture particulière était autrefois réservée aux chefs durant la théocratie. Les habitants de Weendou-Malanga la conservent aujourd’hui pour pérenniser cette tradition identitaire.

La case, un lieu de repos et de recueillement

Le chaumier est un artisan spécialisé dans la construction et la réparation des toitures en chaume ou en paille. Ailleurs, ce métier, qui allie savoir-faire traditionnel et techniques contemporaines, est menacé. À Weendou-Malanga, c’est le contraire : les populations s’efforcent de le maintenir en vie.

Ces cases, souvent disposées selon une symétrie bien mesurée, offrent une esthétique merveilleuse au district. Âgée de 75 ans, Mariama Kenda Diallo vient d’implanter une case paillote au milieu de sa concession, où elle passe l’essentiel de sa journée. Elle témoigne:

« La modernité ne doit pas nous détourner de nos traditions, il faut perpétuer les traces des parents. Je passe mon temps de repos ici, le soleil est ardent, c’est un véritable refuge. Si j’ai des invités, je les reçois dans cette case. Les bâtiments en dur sont récents chez nous. Les cases sont plus connues dans nos villages. Nous les conservons. À Weendou-Malanga, il est rare de voir une concession sans case, quelle que soit la richesse du propriétaire. Il y a même des concessions composées uniquement de cases. L’amour pour les cases est dans nos veines. »

Pour Thierno Ibrahima Diallo, sexagénaire qui a connu ces cases dans son enfance, elles servent aussi à la spiritualité.

« C’est une tradition léguée par nos parents. Il nous revient de la maintenir. Quel que soit l’étendue du bâtiment que vous allez bâtir, il est nécessaire de construire une case dans votre concession, ne serait-ce que pour un petit lieu de repos la journée. Certaines cases sont là aussi pour nous servir de lieux de communion ou de recueillement pour implorer Dieu. Des chaumiers sont encore actifs et le matériel se trouve dans certains lieux. La sollicitation est en nette baisse parce que les maisons en dur sont partout. Chez moi ici, j’ai encore quatre cases », décrit-il.

Les chaumiers face à la menace de l’oubli

Une dernière génération de chaumiers se bat pour faire survivre le métier. Amadou Foula Diallo, 54 ans, chaumier respecté, tient à perpétuer ce travail.

« Le travail de chaumier est devenu rare, les chaumiers aussi. C’est un métier hérité de nos parents, de génération en génération. Je fais partie de la dernière génération ; c’est l’unique métier que nous avons appris. Ici, c’est le format Tintè qui est en vogue, des toits sous forme d’escaliers. À distance, vous apercevez des toits comme des marches d’escalier. Le métier survit grâce aux sollicitations de certaines familles pour couvrir les charpentes de leurs cases. »

Amadou Foula Diallo précise que le métier nécessite des déplacements pour trouver les matériaux (bambou, paille) et que l’assemblage d’un toit prend « entre 3 et 4 jours, selon sa dimension ». « Nous avons peur de la disparition du métier faute de sollicitation ou d’enfants determines à suivre nos traces. Toutefois, on apprend à nos plus petits enfants. »

L’un d’eux, Mamadou Sabou Diallo, à peine 12 ans, élève en 3ème année à l’école élémentaire, suit son père au travail.

« Quand je vais au travail avec mon père, je lui remonte les tas de chaume. Je prépare les cordes qui servent à attacher. Je vais à l’école aussi. Dans quelques années, je serai en mesure de coiffer une case. Je vais dans beaucoup de villages avec mon papa pour voir comment il fait », explique l’adolescent.

Sara Diouma Sidibé, également chaumier, partage les mêmes craintes : « La version Tintè (Escalier) est plus répandue, mais une version simple en pailles inversées est aussi utilisée. Le métier ne rapporte plus comme avant, mais nous sommes là pour pérenniser la valeur traditionnelle. […] Le cercle des chaumiers se rétrécit tous les jours, nous devenons de plus en plus moins nombreux. […] Notre souhait est de perpétuer ce travail qui vient de loin. »

Malgré l’avancée de la modernité, le village de Weendou-Malanga et ses environs continuent de préserver un amour particulier pour les cases, offrant ainsi une bouffée d’oxygène à la survie de ce métier ancestral.

Un reportage réalisé par Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

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Créé le 1 décembre 2025 09:09

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