Déclin alarmant des chimpanzés de Bossou : l’IReB-MN appelle à une mobilisation urgente pour sauver une population unique au monde

LOLA-À travers son Directeur Général, le Dr Adama Sangaré, l’Institut de Recherche sur la Biodiversité aux Monts Nimba tire la sonnette d’alarme sur la disparition progressive des chimpanzés de Bossou, dans la préfecture de Lola, en Guinée Forestière.

Considérée comme l’une des populations de chimpanzés les plus étudiées au monde, la communauté de Bossou traverse aujourd’hui une crise critique qui menace directement sa survie.

Une population passée de 21 à seulement 3 individus

Selon les données scientifiques du programme de recherche à long terme lancé en 1976, la communauté des chimpanzés de Bossou comptait environ 21 individus. Pendant plusieurs décennies, cette population est restée relativement stable, oscillant autour d’une vingtaine de chimpanzés jusqu’au début des années 2000.

Mais en 2003, une épidémie de maladies respiratoires ayant causé la mort de cinq chimpanzés a marqué un tournant dramatique dans l’évolution de cette population emblématique.

Depuis, le déclin s’est accéléré. Au cours des dix dernières années, le nombre de chimpanzés est passé de huit à seulement trois individus encore présents dans la forêt de Bossou.

Parmi les disparitions récemment enregistrées, deux anciennes femelles ont été retrouvées mortes dans la forêt. Pour les autres cas, les chercheurs indiquent que les chimpanzés ont quitté leur territoire habituel sans qu’il soit possible de déterminer avec certitude s’ils sont morts ou s’ils ont migré vers d’autres zones forestières.

Face à cette situation jugée extrêmement préoccupante, le Dr Adama Sangaré souligne l’urgence de renforcer les mesures de conservation, la surveillance sanitaire ainsi que la protection de l’habitat naturel des chimpanzés.

Des mesures d’urgence proposées pour éviter l’extinction

L’IReB-MN propose une série d’actions prioritaires visant à limiter la disparition de cette population unique.

Renforcer la surveillance sanitaire

Les maladies respiratoires étant identifiées comme l’une des principales menaces, l’Institut recommande :

  • la mise en place d’un système permanent de suivi vétérinaire et épidémiologique ;
  • la formation d’écogardes et de pisteurs communautaires ;
  • la limitation des contacts directs entre humains et chimpanzés ;
  • l’obligation du port de masque pour les chercheurs et visiteurs ;
  • la création d’une unité locale d’intervention vétérinaire d’urgence.

Restaurer les habitats forestiers

L’isolement écologique de Bossou réduit fortement les possibilités de reproduction et d’échanges génétiques entre groupes de chimpanzés.

Pour y remédier, l’IReB-MN préconise :

  • la création d’un corridor forestier entre Bossou et les forêts voisines du Mont Nimba ;
  • le reboisement des zones dégradées ;
  • l’interdiction des coupes forestières dans les zones sensibles ;
  • le développement de pratiques agroforestières autour des habitats critiques.

Impliquer les communautés locales dans la conservation

Le Directeur Général de l’Institut insiste également sur la nécessité de faire des populations locales des acteurs centraux de la conservation.

Parmi les initiatives envisagées figurent :

  • la création de comités villageois de conservation ;
  • le recrutement de jeunes comme écogardes ou assistants de recherche ;
  • le développement d’activités génératrices de revenus telles que l’apiculture, les pépinières forestières, l’écotourisme ou les cultures durables ;
  • la mise en place d’un fonds communautaire alimenté par les projets de conservation.

Selon l’IReB-MN, cette approche permettrait de réduire la pression humaine sur la forêt tout en améliorant les conditions de vie des communautés riveraines.

Un programme scientifique et sécuritaire renforcé

L’Institut appelle également à :

  • un suivi démographique annuel des chimpanzés ;
  • la création d’une base de données génétiques ;
  • l’utilisation de drones et de pièges photographiques ;
  • le renforcement des patrouilles anti-braconnage ;
  • l’application de sanctions plus strictes contre les activités illégales.

Miser sur l’écotourisme scientifique et l’éducation environnementale

Le chimpanzé de Bossou représente aussi un patrimoine scientifique et touristique exceptionnel.

Pour valoriser durablement ce potentiel, l’IReB-MN propose :

  • l’élaboration d’un écotourisme à faible impact ;
  • la formation de guides spécialisés ;
  • la création d’un centre d’interprétation sur les chimpanzés ;
  • l’organisation d’activités de sensibilisation dans les écoles et les médias locaux ;
  • l’instauration d’une « Journée des chimpanzés de Bossou ».

Appel aux partenaires internationaux

Face à l’urgence, l’Institut souhaite mobiliser plusieurs partenaires internationaux, notamment l’UNESCO, l’UICN, le WWF, le Jane Goodall Institute ainsi que les universités japonaises impliquées dans les recherches à Bossou.

L’objectif est de lancer un programme international d’urgence axé sur :

  • la surveillance sanitaire ;
  • le suivi quotidien des trois chimpanzés restants ;
  • la restauration des corridors forestiers ;
  • la sensibilisation communautaire ;
  • la recherche de financements internationaux.

Une population au bord de l’extinction

Avec seulement trois chimpanzés encore recensés à Bossou, les chercheurs estiment que chaque disparition supplémentaire pourrait compromettre définitivement l’avenir de cette population exceptionnelle.

Pour l’Institut de Recherche sur la Biodiversité aux Monts Nimba, la survie des chimpanzés de Bossou dépend désormais d’actions rapides, coordonnées et scientifiquement encadrées.

Paul Foromo SAKOUVOGUI,

Correspondant Régional d’Africaguinee.com

En Guinée Forestière.

Tél. (00224) 628 80 17 43

Créé le 28 mai 2026 23:43

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