De volontaire d’Obama à candidat guinéen : Me Baldé parle de ses chances pour la Présidentielle 2025
CONAKRY— L’avocat de renom et figure engagée pour la défense des droits humains, Maître Thierno Souleymane Baldé, a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle guinéenne du 28 décembre 2025. Loin d’une simple démarche politique, l’ancien volontaire de la campagne d’Obama articule son ambition autour d’un constat sans appel : la souffrance quotidienne de ses concitoyens, l’impunité. Dans cet entretien, il détaille son plan de bataille, qui passe par une refonte totale de la justice, la création d’une Commission Nationale Justice, Vérité et Réconciliation, et un engagement inébranlable à éradiquer la corruption.
AFRICAGUINEE.COM : Maître Thierno Souleymane Baldé, vous avez annoncé être candidat pour l’élection présidentielle du 28 décembre 2025. Dites-nous vos motivations…
Maître Thierno Souleymane Baldé : Vous savez, nous vivons tous en Guinée et nous voyons combien de fois nos concitoyens souffrent quotidiennement dans leur vie de tous les jours. Je suis en Guinée depuis 2007. J’ai vécu les événements de janvier et février 2007.
Depuis 2011, j’ai déposé près de 260 plaintes pour assassinat. Et à chaque fois, je suis présent lorsque les parents viennent pour identifier les corps de leurs enfants. Je vois leur douleur dans leurs yeux. Je vois combien de vies sont détruites à jamais.
Au-delà, nous voyons la corruption, l’enrichissement illicite qui gangrènent notre pays. Les citoyens guinéens sont pris dans un engrenage. Or, la pauvreté n’est pas une fatalité. C’est une création humaine. À un moment donné, il faut qu’on dise que ça suffit. Nous ne pouvons pas continuer de vivre dans la pauvreté, la misère totale, alors que le Bon Dieu nous a dotés de toutes les ressources naturelles qu’il faut pour bien vivre.
Je ne pouvais pas rester indifférent par rapport à la douleur de mes concitoyens. C’est la raison qui m’a poussé à être candidat à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025.
Parlez-nous de ce mouvement?
Effectivement, nous avons créé un Mouvement Citoyen pour l’Instauration de la Démocratie et le Développement en Guinée. Et sous peu, nous allons déposer la demande d’agrément au niveau du Ministère de l’Administration du Territoire. En tant que citoyen guinéen, jouissant de nos droits, nous nous attendons à ce qu’on nous accorde l’agrément, puisque nous allons veiller à ce que toutes les conditions légales soient réunies avant de déposer l’agrément. Au cas où l’on n’aurait pas l’agrément à temps pour pouvoir se présenter aux élections présidentielles du 28 décembre 2025, nous passerons par la candidature indépendante. Mais nous sommes prêts, nous sommes préparés à relever ce défi qui consiste à faire sortir la Guinée de la situation actuelle dans laquelle malheureusement nos concitoyens vivent quotidiennement, sans accès aux services sociaux de base, dans la corruption la plus totale, l’injustice et l’arbitraire.
Pensez-vous avoir tout le soutien qu’il faut pour remporter l’élection présidentielle ?
Bien sûr, vous savez, si je n’étais pas sûr et certain de remporter ces élections présidentielles, je ne me serais jamais présenté. Depuis 2007, il y a eu beaucoup de jeunes, femmes, hommes, qui sont venus me demander de rentrer en politique. Je leur ai dit non, puisqu’il faut que j’aie le sentiment que je peux remporter la victoire. Dans ma vie, je ne me suis jamais engagé dans un combat pour le perdre.
On le sait, aujourd’hui la population guinéenne veut une alternance. La population guinéenne veut aujourd’hui un nouveau leadership. La population guinéenne aspire au bonheur. Nous sommes une génération de leaders et je sais que nous sommes cette alternative. J’ai commencé à aller à l’école quand j’avais 15 ans. On m’avait dit à l’époque que je n’allais pas dépasser la sixième année. Et ensuite, quand j’ai terminé mon Bac ici en Guinée, lorsque je suis parti en Suisse, je n’avais que 300 dollars dans ma poche. On m’avait dit que si je partais, je n’aurais que trois mois avant de revenir en Guinée. L’histoire, on la connaît.
Et lorsque j’ai quitté la Suisse pour aller aux États-Unis, je n’avais pas de quoi payer entièrement ma scolarité. Non seulement j’ai fait mes études, j’ai obtenu un emploi avant même d’avoir fini mon master, mais j’ai travaillé aussi dans les institutions les plus prestigieuses du monde : la Banque Mondiale. J’ai été dans les universités les plus importantes du monde.
Je sais, quand on a la conviction, on a la volonté, on finit [par faire] l’effort, on finit toujours par remporter la victoire. Et je me lance un nouveau défi, celui de devenir le président de la République de Guinée. Et je sais que je vais y arriver, avec le concours de tous mes concitoyens, indépendamment d’aucune région, d’aucune ethnie ou d’aucun statut social. Et je suis là pour transformer la Guinée.
Vous avez participé à la campagne pour l’accession de Barack Obama au pouvoir aux États-Unis. Est-ce que vous allez importer la même stratégie ?

Effectivement, vous savez, peut-être qu’il y a certains de nos concitoyens qui ne le savent pas, mais j’étais l’une des toutes premières personnes à se porter volontaire pendant la campagne de M. Barack Obama, à l’époque sénateur, dans mon quartier (USA). Et je sais exactement les différentes méthodes que nous avions utilisées à l’époque pour lui permettre de gagner les élections primaires. Et de la même manière, j’étais deux fois volontaire dans la campagne du Congressman Jamie Raskin. Et à partir de mon retour ici en Guinée, j’étais impliqué pendant toutes les élections, de 2010 jusqu’à maintenant.
Donc, nous avons l’expérience qu’il faut. Nous savons exactement là où se trouvent les problèmes, les défaillances. Et nous comptons utiliser cette expérience pour organiser nos concitoyens, afin de pouvoir remporter la victoire au soir du 28 décembre 2025.
Quelles sont vos chances de remporter cette élection ?
Nous avons toutes les chances. Vous savez, aujourd’hui, discutez avec n’importe qui dans la rue. Si nous avions des sondages fiables, ils vous l’auraient dit. Aujourd’hui, les Guinéens souffrent énormément. Regardez nos routes. Regardez les ordures. Aujourd’hui, regardez les difficultés que vous pouvez avoir si vous voulez vous soigner. Il y a beaucoup de nos concitoyens aujourd’hui qui n’arrivent même pas à manger deux fois par jour. Le souci principal, c’est juste de pouvoir manger. Pas autre chose.
Dans ces conditions, la plupart des Guinéens veulent une alternative. Une alternative crédible. Des leaders qui sont honnêtes. Des leaders qui se soucient du bien-être de leurs concitoyens. Des leaders qui vont faire sortir la Guinée de la situation dans laquelle nous nous trouvons.
Moi, Président de la République, vous ne verrez jamais un citoyen arrêté arbitrairement. Moi, Président de la République, vous ne verrez jamais aucun de nos citoyens qui puisse aller dans un centre de santé ou dans un hôpital sans pour autant avoir accès aux soins appropriés. Moi, Président de la République, je vais éradiquer la corruption dans ce pays. Moi, Président de la République, je ne tolérerai pas l’enrichissement illicite. Moi, Président de la République, il y aura l’égalité de chances pour tous les jeunes Guinéens.
Moi, Président de la République, vous ne verrez pas un jeune Guinéen qui va risquer sa vie pour mourir dans le désert ou dans la mer. Moi, Président de la République, les Guinéens auront accès aux services sociaux de base. Moi, Président de la République, la justice sera au service des justiciables. L’injustice, l’arbitraire seront terminés. Vous êtes un citoyen, vous n’avez absolument rien fait, vous pouvez vous attendre à être arrêté arbitrairement, mis en prison pour des questions politiques.
Moi, Président de la République, la liberté d’expression sera garantie. Moi, Président de la République, la liberté d’opinion sera la règle. Moi, Président de la République, il n’y aura pas de disparition forcée en Guinée. Moi, Président de la République, l’État de droit sera effectif en République de Guinée. Et je vous le confie, ici, maintenant, nous allons réaliser ces rêves pour tous les Guinéens.
Concrètement quel est votre projet pour la Guinée?
L’une des toutes premières choses que je ferai, c’est de créer d’abord une Commission Nationale Justice, Vérité et Réconciliation. Vous savez, la Guinée a beaucoup trop souffert. Rappelons-nous le Camp Boiro. Rappelons-nous les événements de janvier-février 2007. Rappelons-nous les événements de 1985. Rappelons-nous ce qui s’est passé à Zogota. Rappelons-nous les événements du 28 septembre 2009. Rappelons-nous tous les jeunes Guinéens qui ont perdu leur vie pendant le régime de M. Alpha Condé.
Nous ne pouvons pas développer la Guinée dans la rancœur. Nous ne pouvons pas développer la Guinée dans la division. Nous ne pouvons pas développer la Guinée sans une justice au service des justiciables. Cela signifie qu’il faut lire l’histoire de notre passé pour pouvoir aller de l’avant.
Moi, Président de la République, l’une de mes premières actions sera de réformer la justice guinéenne qui bénéficiera d’un des budgets les plus importants de son histoire. Les tribunaux à l’intérieur du pays, à la capitale… voyez-vous, la plupart des juridictions sont dans des immeubles appartenant à des particuliers.
Je veillerai à ce que la Guinée soit dotée d’une justice qui puisse faire honneur à tous les citoyens guinéens. Que désormais, quiconque veut investir en Guinée puisse venir librement et en toute sérénité dire oui, je vais mettre mon argent en Guinée et je sais que je ne serai pas victime de détournements, je ne serai pas victime d’arrestations arbitraires, je ne serai pas victime de traitements non justifiés.
Je veillerai à ce que les magistrats guinéens soient indépendants. Je veillerai à ce que le principe de la séparation des pouvoirs entre l’exécutif, le judiciaire et le législatif soit une réalité en République de Guinée. Je veillerai à ce que nos concitoyens puissent vivre des produits qui sont fabriqués et cultivés ici en Guinée. Nous ne pouvons pas continuer à importer la plupart des produits consommables.
Il faut qu’on arrive à avoir des unités industrielles qui puissent transformer les produits de base ici en Guinée. Il faut qu’on arrive à accompagner nos agriculteurs. Il faut qu’on arrive à protéger notre environnement. Il faut que le secteur minier soit réglementé et qu’il y ait une transparence absolue par rapport à tous les revenus qui proviennent du secteur minier et qui soient utilisés dans l’intérêt de tous les Guinéens et d’une manière équitable.
Je veillerai à ce que désormais il y ait une éducation de qualité et qu’on ne puisse pas venir dans les universités pour avoir un diplôme sans pour autant pouvoir s’exprimer très bien en français. Je veillerai à ce qu’on ne puisse pas sacrifier des générations de jeunes Guinéens, puisqu’ils n’ont pas de parents qui peuvent leur permettre de payer les frais de scolarité dans des universités à l’extérieur du pays. La première ressource d’un pays, c’est d’abord ses hommes et ses femmes. Il faut qu’on arrive à valoriser l’éducation pour nous sortir de la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Je veillerai à ce que nos concitoyens puissent avoir accès aux services sociaux de base notamment l’eau, l’électricité et la santé. C’est le minimum qu’on peut leur garantir.
Je veillerai à ce que le budget national soit utilisé conformément à la loi de finances. Qu’un ministre de la République ne puisse pas corrompre certains cadres des ministères du budget pour obtenir le déclenchement des fonds qui sont alloués à son département. Je veillerai à ce que la primauté de la loi soit effective en République de Guinée. Les citoyens guinéens le méritent et ils doivent jouir de leurs droits fondamentaux et se dire qu’en tant que citoyens guinéens, nous devons vivre très bien. Nous avons les ressources qu’il faut pour arriver à un tel résultat et je veillerai à ce que cela soit une réalité.
Comptez-vous nouer des alliances si nécessaire?
Vous savez, il y a les structures des partis en tant que telles. Mais au-delà des structures des partis, il y a les militants. Comme vous l’avez si bien dit, si hier le RPG au pouvoir avait veillé à ce que la loi soit une réalité dans notre pays, je ne pense pas qu’aujourd’hui ils seraient là où ils sont. Rappelez-vous, il y a certains leaders du RPG à l’époque qui étaient au gouvernement, qui ont dit qu’ils préféraient l’ordre à la loi.
Comment peut-on espérer développer un pays si effectivement la loi n’est pas effective ? Je déplore qu’on puisse suspendre les partis politiques sans pour autant que ce soit sur la base d’une décision de justice. Chaque citoyen, chaque entité a le droit de faire valoir ses prétentions devant les juridictions compétentes. Et ces juridictions doivent avoir les prérogatives et l’indépendance de décider consciencieusement et d’une manière objective. La justice ne doit pas être victime de pression. La justice doit être la boussole. Et quand je dis la boussole, pas dans le sens figuré.
Aucune société ne peut prétendre se développer si effectivement les lois de la République ne sont pas effectives. Je veillerai désormais, quelle que soit la personne, qu’elle soit soumise à l’autorité de la loi. Qu’il n’y ait plus de décision arbitraire. Aucune personne sous ma présidence n’aura l’immunité juridictionnelle ou l’immunité fonctionnelle en matière de corruption et d’enrichissement illicite. Il faudrait que chaque citoyen comprenne [que] chaque acte qui est posé et qui est contraire à la loi, entraîne des conséquences.
Nous ne pouvons pas continuer à cultiver l’impunité dans notre pays et espérer que nous allons nous en sortir en ayant un pays où chaque citoyen peut jouir de ses libertés et surtout vivre bien. Si on arrive à avoir une justice effective, une justice au service des justiciables, on aura gagné une grande partie de la lutte que nous menons depuis des décennies.
Quel est votre dernier message à l’endroit des Guinéens ?
Le message que je lance à tous les Guinéens : rejoignez-moi, qui que vous soyez. Nous sommes tous des Guinéens, nous sommes condamnés à vivre en tant que Guinéens. Nous n’avons pas le choix. L’utilisation de l’ethnie comme une stratégie pour accéder au pouvoir doit être révolue.
Désormais, nous devons choisir nos leaders sur la base de leur moralité, sur la base de leurs compétences, sur la base de leurs projets de société. Et nous estimons, sur la base de ces critères, qu’il n’y a pas un leader qui pourrait mieux gérer la Guinée et veiller à l’intérêt supérieur de la Guinée que moi. Je souhaiterais lancer un appel à tous les Guinéens qu’on ne regarde pas mon patronyme en tant que tel, qu’on essaie de me juger sur la base de mes actes.
Depuis mon retour en Guinée en 2007, j’étais impliqué au niveau du fonctionnement de la justice. J’ai défendu mes concitoyens, gratuitement, tous ceux qui étaient victimes de violences politiques ou de violences basées sur le genre. Je l’ai fait gratuitement.
On m’a arrêté, envoyé au Camp Alpha Yaya Diallo, torturé, puisque j’ai organisé une grève de la faim pour dénoncer la violence. On m’a torturé plusieurs fois. Je n’ai jamais quitté la Guinée. On m’a proposé des postes ministériels. Je n’ai jamais cédé, puisque mon intérêt, mon souci, c’est la Guinée et non mon intérêt personnel.
Aujourd’hui, je fais appel à vous. Ensemble, levons-nous pour construire une Guinée où l’État de droit est une réalité. Ensemble, veillons à ce que désormais, on n’ait pas peur d’exprimer ses opinions. Ensemble, levons-nous pour avoir des leaders qui reflètent notre société. C’est maintenant qu’il faut le faire. Nous ne pouvons plus attendre. Ensemble, construisons une Guinée nouvelle.
Interview réalisée par Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 13 octobre 2025 08:59Nous vous proposons aussi
TAGS
étiquettes: Présidentielle 2025









