Dalaba : Entre splendeurs déchues et résilience climatique, la « Suisse de l’Afrique » continue de fasciner mais…
À 55 km de Mamou, Dalaba continue de fasciner par sa fraîcheur et ses forêts de pins. Mais derrière cette carte postale se cache une réalité plus sombre : les joyaux historiques du régime de Sékou Touré tombent en ruines, tandis que les gardiens de l’environnement luttent pour préserver l’héritage d’Auguste Chevalier. Reportage.

Un patrimoine historique aux oubliettes
L’espace abritant la Villa Jeanine, la Case à Palabres (construites vers 1936) et les Villas-Syli, érigées sous l’ère du président Ahmed Sékou Touré, semble avoir perdu de sa superbe. Autrefois carrefour des chefs d’État africains et lieu de villégiature privilégié du premier président guinéen, ce site emblématique du Foutah Djallon est aujourd’hui marqué par la vétusté.

La désaffection des touristes et des officiels s’explique par un manque criant d’entretien. Pourtant, une lueur d’espoir subsiste grâce à une initiative locale. Depuis décembre 2022, une entreprise concessionnaire tente de redonner vie au domaine.
« Le président Ahmed Sékou Touré venait toujours à Dalaba. C’est ici qu’il résidait et recevait tous ses invités », rappelle Diallo Thierno Mamadou, guide et responsable des lieux.

« Pour éviter que ce lieu ne meurt définitivement, nous avons obtenu la gestion du domaine. Nous y menons des activités culturelles, proposons des hébergements et des visites guidées. Mais nous avons besoin d’appuis pour revaloriser cet espace », ajoute-t-il.
Aujourd’hui, les chambres ne sont plus occupées par les hautes autorités, mais principalement par des étudiants des Classes Préparatoires aux Grandes Écoles (CPGE).
L’ambition des gestionnaires est d’inscrire la Case à Palabres au patrimoine mondial de l’UNESCO pour redonner à la Guinée sa visibilité d’antan. Contactée, la direction préfectorale de la culture a réservé sa réponse, suspendue à l’avis de sa hiérarchie.

Le « miracle » des pins, héritage d’Auguste Chevalier
Si le patrimoine bâti souffre, le patrimoine naturel, lui, reste le poumon de la ville. Surnommée la « Suisse de l’Afrique », Dalaba doit son climat exceptionnel au Jardin Chevalier. Tout a commencé en 1913, lorsqu’Auguste Chevalier y a planté les premiers pins à titre expérimental.

L’expérience fut un tel succès qu’elle a engendré des campagnes de reboisement massives entre 1956 et 1988, couvrant aujourd’hui plus de 70 hectares. Le lieutenant Souleymane Condé, directeur préfectoral de l’environnement, veille sur ce trésor. Il témoigne :
« Le Jardin Chevalier est la mère de toutes les plantations de Dalaba. Ces pins ont grandement favorisé notre microclimat. Nos agents patrouillent régulièrement pour empêcher les agressions et la coupe illégale de bois de sapin », indique le « gendarme » de l’environnement.

Malgré le réchauffement climatique mondial, les forêts de pins de Dalaba offrent un rempart naturel et continuent d’attirer les visiteurs en quête de pureté. Cependant, le cri de détresse est le même que pour la culture : le manque de moyens. Le lieutenant Condé plaide pour un renforcement du personnel afin de mieux protéger ces pépinières qui font la fierté de la région.

Un joyau à double face
Dalaba demeure sans doute l’une des destinations les plus prisées de Guinée. Sa constance climatique, fruit d’une conservation de la nature rigoureuse, contraste pourtant avec l’abandon progressif de ses monuments historiques.
Pour que la « Suisse de l’Afrique » ne devienne pas qu’un simple souvenir climatique, l’appel est lancé : l’État et les citoyens doivent s’unir pour réhabiliter les murs de l’histoire autant que les forêts qui les entourent.


De retour de Dalaba, Habib Samake
Pour Africaguinee.com
Créé le 31 janvier 2026 09:48Nous vous proposons aussi
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