Dalaba: À la découverte de Fougoumba, sanctuaire spirituel du Foutah théocratique

DALABA – À environ 40 kilomètres du centre urbain de Dalaba, se dresse un lieu dont le nom résonne encore à travers tout le massif du Fouta Djallon : Fougoumba.

Si Timbo fut la capitale politique et administrative de l’ancien État théocratique, Fougoumba – située de nos jours dans la sous-préfecture de Ditinn- en était l’âme spirituelle.

Le gardien de la foi

À l’époque des neuf provinces (diwé) qui composaient le Foutah — Timbo, Timbi, Labé, Koin, Kolladhé, Bhouriya, Fodé-Hadji, Kabaly et Fougoumba —, cette localité jouissait d’un statut unique. C’est ici que battait le cœur des couronnements spirituels. « Timbo était la capitale, mais elle ne pouvait rien entreprendre sans consulter Fougoumba », explique avec fierté Mody Abdouramane Barry, porte-parole des sages de la localité.

Pourquoi Fougoumba ? Selon la tradition orale, le choix s’est porté sur cette terre car elle abritait le doyen d’âge de l’époque, un érudit dont la maîtrise du Coran et la sagesse étaient reconnues. C’est ainsi que la province reçut la « lourde responsabilité » de veiller sur l’intégrité religieuse du royaume.

Le rituel des neuf turbans

Le couronnement d’un Almamy (le chef suprême) était un parcours initiatique rigoureux qui trouvait son apogée à Fougoumba. Le candidat, après avoir été choisi dans sa province, devait d’abord se rendre à Bhouriya pour une évaluation stricte de ses connaissances coraniques et de son intégrité morale.

Une fois cette étape franchie, l’élu rejoignait la mosquée historique de Fougoumba pour la consécration. Mody Abdouramane Barry décrit un rituel empreint de symbolisme :

« L’Almamy était couronné de neuf turbans, représentant les neuf provinces. Il passait ensuite neuf jours dans la case principale du Foutah. Chaque matin, on lui retirait un turban, jusqu’à ce qu’il ne reste que celui de Fougoumba », confie le doyen Abdourahmane Barry.

Case des Almamys

Ce n’est qu’après cette retraite spirituelle que le nouveau chef recevait ses attributs de pouvoir : une natte en peau, une canne et le célèbre Tabala (tambour de commandement). Le mandat, d’une durée de deux ans, était renouvelable, mais la moindre erreur de gouvernance pouvait entraînait un remplacement.

Un héritage qui défie le temps

Si l’organisation politique du Foutah a été bouleversée avec la colonisation et ses corolaires, l’aura de Fougoumba reste intacte. Aujourd’hui, bien que les structures administratives modernes aient remplacé les anciens chefs de canton, le district demeure un lieu de pèlerinage.

« Les gens viennent d’Europe, d’Amérique et de toute l’Afrique pour visiter cette localité », confie ce doyen de Fougoumba.

Comme pour dire que cette localité religieuse n’est pas qu’un point sur la carte. Elle est une légende gravée dans l’histoire. Pour certains, c’est l’un des derniers bastions d’une valeur immatérielle que le temps ne semble pas pouvoir effacer.

Habib Samaké

Correspondant d’Africaguinee.com à Mamou

Créé le 27 février 2026 16:09

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