Crise du Ciment à Kindia : Le BTP au bord de l’asphyxie, des ouvriers à genoux…

KINDIA– Depuis plusieurs mois, une pénurie persistante de ciment paralyse le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) dans de nombreuses villes du pays. Cette crise laisse derrière elle des chantiers à l’arrêt, des distributeurs désemparés et des milliers d’ouvriers sans revenu. La situation est d’autant plus préoccupante que l’origine de cette crise demeure un mystère pour de nombreux acteurs du marché. Africaguinee.com vous plonge dans une série de reportages pour montrer l’impact réel de cette crise. Première étape, Kindia.

Les points de distribution de ciment à Kindia sont quasiment vides, et les rares sacs disponibles se vendent à des prix exorbitants, bien au-delà des capacités financières de la plupart des professionnels. Cette flambée des prix et la rareté du produit ont mis un coup d’arrêt brutal aux activités de construction, impactant directement le quotidien des travailleurs du BTP.

N’famoussa Sylla, un jeune maçon, exprime son désarroi : « Le manque de ciment nous affecte énormément. Sans ce produit, nous ne pouvons pas travailler et gagner notre vie. Les prix actuels qui varient entre 100 000 et 120 000 francs guinéens pour un sac de 50 kg, sont inabordables pour beaucoup d’entre nous. » Il implore les autorités de rétablir les prix habituels pour permettre une reprise des activités.

Abdoulaye Kader Soumah, également maçon, souligne la souffrance des ouvriers : « Nous souffrons beaucoup, nous les ouvriers, même si c’est moins que les patrons. Nous demandons aux autorités compétentes de nous aider à rendre ce produit disponible et accessible. Sans le ciment, nous ne valons rien. » Il explique que pour l’instant, ils font des « petits boulots » pour survivre.

La crise ne touche pas seulement les maçons. Boubacar Ly, conducteur de tricycle, voit son activité de transport de matériaux de chantier gravement compromise. « Le ciment est rare sur le marché, et cela impacte négativement notre activité. C’est grâce à ça que nous nourrissons nos familles. Nous souhaitons que le ciment soit disponible, car même le peu qui est là est cher. »

Ce transporteur dénonce les longues files d’attente devant les magasins et le fait que seuls « les patrons peuvent en acheter » avec des prix atteignant 90 000 FG pour un sac de 32.5 et entre 100 000 et 110 000 FG pour un 42 GI.

Du côté des distributeurs, l’incompréhension est palpable. Mamadou Oury Diallo, un distributeur, affirme ignorer les causes de la pénurie : « Pour vous dire vrai, nous ne savons pas comment cette crise est survenue. Il n’y a eu aucune communication. Certains parlent de problèmes de clinker, d’autres de pannes dans les usines. Chacun dit ce qu’il veut, mais personnellement, je ne sais pas ce qui a amené cette crise. »

Ce distributeur déplore les difficultés rencontrées par les vendeurs et leurs clients, alors qu’ils ont l’obligation de payer les loyers en fin de mois. Il interpelle également les autorités. « Il faut qu’elles nous viennent en aide pour que nous puissions avoir du ciment en qualité et en quantité suffisante, sinon ce n’est pas bon. Ou bien qu’elles nous disent au moins les causes réelles de la crise« , a-t-il lancé.

Selon lui, un sac de ciment 32 qui coûtait 65 000 FG est maintenant à 85 000 FG, et le 42, qui était à 80 000 FG, est désormais à 90 000 FG.

Face à cette situation critique, l’ensemble du secteur du BTP à Kindia lance un appel pressant aux autorités pour une intervention rapide afin de stabiliser le marché du ciment, de rendre le produit disponible à des prix abordables et de permettre aux milliers de travailleurs de retrouver leurs activités et leurs revenus.

Les acteurs rencontrés insistent également sur la transparence sur les causes de cette pénurie pour rassurer les acteurs économiques et prévenir de futures crises.

Une reportage de Chérif Keita

Pour Africaguinee.com

Créé le 21 juillet 2025 01:10

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