Coups d’État en Afrique de l’Ouest : Pourquoi les forces spéciales sont souvent en première ligne ?

CONAKRY- À la suite du coup d’État récemment déjoué au Bénin, le débat sur le profil des auteurs de putschs en Afrique de l’Ouest refait surface. Dans un entretien accordé à Africaguinee.com, dont l’intégralité sera publiée ultérieurement, Mamadou Aliou Barry, spécialiste des questions de défense et de sécurité en Afrique, livre une analyse approfondie sur un constat récurrent : l’implication quasi systématique des forces spéciales dans les changements anticonstitutionnels de pouvoir au sein de la sous-région.

Selon cet expert, les similitudes observées dans le parcours des auteurs de coups d’État ne relèvent nullement du hasard. Mamadou Aliou Barry explique que cette réalité s’explique d’abord par la formation pointue de ces corps, leur haut niveau d’équipement et surtout leur capacité à mener des opérations rapides et décisives.

« La similitude des profils des auteurs de coups d’État, souvent issus des forces spéciales en Afrique de l’Ouest, s’explique par leur formation d’élite, leur accès stratégique aux centres de pouvoir, une frustration commune face à la gouvernance. Et souvent ces unités sont perçues comme les seules capables de sauver l’État corrompu. Le fait que des unités comme les Forces Spéciales (FS) font des coups d’État n’est donc pas un hasard », a-t-il expliqué.

Mamadou Aliou Barry souligne également que ces unités sont entraînées pour intervenir dans des contextes sensibles, notamment la lutte contre le terrorisme ou la protection rapprochée des chefs d’État. « Dans mon dernier ouvrage, j’explique que ces unités sont souvent les mieux entraînées, les mieux équipées et les plus agiles et, sont capables de mener des opérations rapides et décisives (comme la détention du chef de l’État et la prise des institutions clés) avec un minimum de résistance. Ces unités des forces spéciales ici et les unités de sécurité présidentielle ailleurs, sont souvent formées pour la lutte contre le terrorisme ou le plus souvent pour la protection rapprochée du chef de l’État », a souligné cet expert.

Il a aussi étayé la raison qui leur facilite la prise de contrôle des institutions clés avec un minimum de résistance. « Cette proximité leur donne une connaissance intime des mécanismes de sécurité et des failles du régime, facilitant l’exécution du coup », précise-t-il.

L’analyste évoque également un facteur psychologique et politique non négligeable : la frustration face à la gouvernance. Dans plusieurs pays, les forces spéciales sont perçues comme les seules capables de « sauver l’État » face à la corruption, à l’inefficacité ou à l’insécurité persistante.

Aliou Barry, Directeur du Centre d’Analyse et d’Etudes Stratégiques (CAES)

Autre élément déterminant, la popularité de certains chefs de ces unités. Engagés en première ligne sur les théâtres d’opérations, ils jouissent parfois d’un statut de héros militaires, aussi bien auprès de la population que dans les rangs inférieurs de l’armée. « Il arrive aussi que leurs chefs sont parfois vus comme des héros militaires en raison de leur engagement en première ligne et cela leur confère une certaine popularité auprès de la population et des rangs inférieurs de l’armée, aidant à légitimer leur prise de pouvoir », note Mamadou Aliou Barry.

A suivre !

Africaguinee.com

Créé le 15 décembre 2025 20:00

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