Conakry : Les « dessous » de la rareté du poisson et la cherté de son prix sur le marché

CONAKRY-Depuis quelques semaines, des femmes se plaignent de la cherté du prix du poisson sur le marché guinéen. Qu’est-ce qui est à l’origine de cette « situation » ? Africaguinee.com a enquêté auprès de certains pêcheurs artisanaux.

Nous voilà au port de pêche artisanale de Nongo, situé dans la banlieue nord de Conakry.  Là, on nous explique que la cherté du prix du poisson est dû à plusieurs facteurs. Interrogée, la présidente des femmes mareyeuses du port de pêche artisanale de Nongo, pointe le manque de matériels de pêche en qualité et en quantité, l’approvisionnement assez difficile en carburant depuis l’explosion du dépôt des hydrocarbures de Kaloum.

« Actuellement la pêche industrielle est interdite à cause du repos biologique. Nous travaillons avec les pêcheurs artisanaux pour ravitailler les marchés. C’est ce qui explique l’insuffisance du poisson au port ici et dans les marchés. Et si les clients potentiels comprennent qu’on en n’a pas suffisamment, ils partent chez nos concurrents. La cause principale c’est le manque de matériels et de carburant chez les pêcheurs. Depuis avant-hier, plus de 70% des pirogues n’ont pas été en haute mer par faute de carburant. Et si on n’a pas de poisson les conséquences c’est la cherté des prix puisque les pêcheurs fixent le prix en fonction des dépenses engagées.  C’est pourquoi nous demandons aux autorités de nous faciliter l’accès aux matériels de pèche.

La pirogue, les filets et les moteurs pour ne citer que ceux-là coûtent très chers et quelque fois il est très difficile de les obtenir. L’autre problème c’est l’accès au carburant pour les pêcheurs. S’il n’y a pas de carburant que faire ? À cela s’ajoute la rareté des poissons puisque si tu n’as pas de bons matériels tu ne pourras pas réussir à la pêche. Moi, depuis le matin je suis assise avec cette petite quantité de poissons d’une valeur de trois cents mille francs guinéens mais il n’y a pas de clients à cause de la cherté des prix. Nous sollicitons l’aide du gouvernement en faveur des femmes parce que vraiment nous souffrons énormément. Les femmes guinéennes souffrent actuellement.

Nos enfants ont fini d’étudier. Ils sont sans emploi et nos maris n’ont pas les moyens de subvenir à tous les besoins de la famille. C’est à travers cette activité que nous épaulons nos maris et si elle aussi elle s’arrête ? C’est autre chose. L’autre raison de la cherté du poisson dans les marchés, nous prenons le poisson avec les pêcheurs et s’ils ne gagnent pas assez en mer, ils vont nous en revendre à un prix cher. Nous aussi nous sommes obligés de prendre ainsi pour revendre avec une légère hausse afin de nous faire un peu de bénéfice. Cette activité nous permet d’avoir la dépense quotidienne plus les frais de scolarité de nos enfants. Il faut tenir compte de tout cela. » a-t-elle expliqué sans tabou.

Ousmane Bangoura est pêcheur et est Président de la Jeunesse au sein du bureau du port de pêche artisanale de Nongo. Comme ses pairs, il subit une forte réduction du rendement de ses activités ces derniers mois. Ce passionné de la pêche explique ses difficultés.

 » Actuellement, il est très difficile d’avoir du poisson en haute mer. Cette situation est due à la qualité des filets très petits que les pêcheurs utilisent. Ces filets ne prennent des petits poissons. Nous demandons aux autorités de prendre des dispositions pour venir normaliser les filets non conventionnels à la pêche artisanale. À cela s’ajoute la mauvaise qualité de nos matériels de travail. Nous leur demandons de nous aider à avoir des bons moteurs de pêche parce qu’ils en ont envoyés et stockés dans les magasins ; ce qui n’est pas bénéfique pour nous les pêcheurs. Nous sollicitons auprès du Président Mamadi Doumbouya de l’aide afin que nous rentrions en possession de nos matériels de travail. Les femmes qui se plaignent de la rareté du poisson et la cherté de son prix, c’est parce que nous n’avons pas de matériels. Actuellement, tu peux aller en haute et n’avoir qu’un seul bol de poissons. 

 Le manque de carburant est un autre calvaire pour nous. C’est à cause de ça que moi je ne suis pas allé en mer aujourd’hui. On a sillonné plusieurs stations-services en vain. D’où la présence massive des pêcheurs et pirogues à notre débarcadère. C’est pourquoi nous demandons au père de la nation Mamadi Doumbouya et notre ministre de la pêche de nous aider« , a-t-il plaidé.

Au bureau du port de pêche artisanale de Nongo, le manque de matériels de sauvetage est une autre préoccupation majeure pour les responsables. L’équipe de secouristes du débarcadère n’est composée que d’un seul motard. Le vice-président du Port dénonce le manque de gilets de sauvetage de qualité pour les pêcheurs.

 » Nous sommes très inquiets ici au Port. Il n’y a plus de poissons. Puisque les pirogues dont nous disposons sont dans un mauvais état. Vous savez si vous entendez port c’est parce qu’il y a des pêcheurs. Le manque de poissons ici s’explique par l’arrivée massive des pêcheurs léonais. Depuis leur arrivée, ils utilisent des petits filets qui sont interdits par la pêche artisanale même chez eux. Comme là-bas, les autorités répriment ceux qui refusent de respecter la réglementation, ils ont décidé de venir en Guinée pour faire la même chose. Dans les conditions normales, les filets doivent être utilisés pour pécher les gros poissons et non les petits qui sont appelés à grandir et à se reproduire. Je demande à l’État guinéen de prendre les dispositions contre les pêcheurs indélicats sinon des moments viendront, personne ne parlera de pêche artisanale ici. Nous demandons aux autorités de nous aider à avoir les matériels nécessaires pour le travail. Nous manquons même d’équipement de sécurité en haute mer. Les gilets qui sont là ne sont pas efficaces et ça n’existe non plus pas en quantité et quantité suffisante« , déplore Mamadouba Sylla.

Sayon Camara

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 625 25 46 56

Créé le 12 juillet 2024 12:39

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