États généraux de l’agriculture et de l’élevage : Voici les 40 recommandations issues des assises de Conakry…

CONAKRY- C’est un pas important qui vient d’être franchi par les autorités de la Transition dans leur ambition de faire de l’agriculture un levier important pour favoriser l’autosuffisance alimentaire dans un horizon très proche. Ce vendredi 5 juillet 2024, le Gouvernement de la transition a clôturé les états généraux de l’agriculture et de l’élevage.

A l’issue de ces 72h d’assises riches en panels de haut niveau animés par des experts et des acteurs du monde agricole, le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage qui chapeaute ces états généraux, dispose désormais d’un outil majeur pour déployer des programmes hardis pour développer le secteur agropastoral en Guinée. Les 40 recommandations issues des travaux en font foi, comme le témoigne cette liste :

1-Prôner le patriotisme, l’intégrité et la loyauté de consolider la vision sur le long, moyen et court terme pour le développement du secteur agropastoral,

2-Soutenir l’administration du secteur à travers le respect des fonctions régaliennes de l’action, planification contrôle et promouvoir le transfert des fonctions de production et de transformation au secteur privé,

3-Engager la création d’un comité de coordination intersectorielle composé de différents ministères liés au secteur agropastoral et d’un cadre de concertation (état partenaire techniques et financiers),

4-Développer une stratégie de redevabilité et de responsabilité,

5-Mettre en place une planification pluriannuelle prenant en compte toute la chaîne de valeur,

6-Engager la réflexion pour la création d’un pôle de croissance agricole avec l’implication et l’intervention complémentaire des ministères selon leur mandat,

7-Emmener les sociétés minières à s’approprier et appliquer la stratégie de responsabilité sociale des entreprises pour contribuer aux financements des projets agropastoraux dans leurs zones d’intervention,

8-Utiliser la contribution des fonds miniers pour financer la réalisation des infrastructures agropastorales dans le cadre du contenu local,

9-Sensibiliser les communes à inscrire dans leur plan de développement local et annuel d’investissement, la construction d’infrastructures agropastorales (marchés à bétail, parc communautaire, aménagement pour la production maraichère),

10-Élargir l’appui de la bourse de sous-traitance aux PME et PMI du secteur agropastoral,

11-Actualiser le schéma directeur des pistes rurales dont la mise en œuvre permettra de faciliter le drainage des produits vers les marchés,

12- Favoriser l’émergence des chaînes de valeurs des villages riverains et des corridors miniers,

13- Poursuivre la réhabilitation des carrières des mines pour le développement des activités agricoles et la foresterie en donnant la priorité aux aisances naturelles,

14-Instituer la certification des domaines réhabilités par les sociétés minières qui les ont exploitées,

15-Renforcer les capacités des entreprises locales en vue de les rendre compétitives dans les appels d’offres,

16-Encourager les PMI et PME et autres acteurs du secteur à utilité publique appropriée pour appliquer la loi sur le contenu local;

17-Promouvoir la synergie d’action des départements concernés ou impliqués dans les questions agropastorales,

18-Organiser une table ronde des bailleurs pour le financement des activités identifiées sur la base de la feuille de route érigée après ces états généraux,

19e-Réduire les pertes post-récolte en construisant des magasins de stockage,

20-Pérenniser les infrastructures par un entretien et un suivi régulier et une évaluation des activités réalisées par les entreprises,

21-Actualiser et mettre en œuvre le schéma directeur d’aménagement des espaces pastoraux et agricoles,

22-Procéder à la construction des abattoirs régionaux et des airs d’abattages répondant aux normes pour aider les ruraux à s’approprier en termes de qualité,

23-Accompagner les opérateurs et groupements, associations de jeunes et de femmes dans la production agricole et de l’élevage,

24-Mettre en place un fond revolving pour les éleveurs afin de garantir l’approvisionnement des intrants,

25-Réaliser la carte de fertilité des sols,

26-Réhabiliter la capacité des centres de recherche de Seredou, Bordeaux et les CAE,

27-Renforcer le système d’information entre l’Etat et les acteurs concernés,

28-Définir une vision à long terme pour l’accompagnement des opérateurs,

29-Renforcer les capacités des jeunes dans l’entreprenariat agricole,

30-Lever les barrières pour l’accès au foncier pour la création de banques agricoles,

31-Prélever un pourcentage sur les taxes à l’importation des produits agricoles en vue de financer les activités agropastorales

32-Favoriser la mise en place d’assurance agricole,

33-Poursuivre la subvention des intrants agricoles et d’élevage pour diminuer la charge des producteurs et encourager la production locale,

34-Promouvoir l’installation et l’accompagnement des nouvelles formes agricoles afin de réduire drastiquement l’importation des produits de chair,

35-Faire adopter et vulgariser la loi foncière agricole,

36-Vulgariser la loi d’orientation agricole, du code pastoral, des codes de l’élevage et produits animaux,

37-S’assurer de la disponibilité des semences de qualité à mettre à la disposition des agriculteurs,

38-Procéder au renforcement de capacités des conseillers agricoles et les rendre opérationnel,

39- S’assurer de la bonne qualité des produits sanitaires mis à la disposition paysanne,

40- Encourager la mise en place de laboratoires de référence.

Dans son discours de clôture des activités de ces états généraux de l’agriculture et de l’élevage, le Premier ministre, chef du gouvernement de la transition a instruit au ministre de l’Agriculture et de l’Élevage d’engager très rapidement la mise en œuvre de ces recommandations issues de ces assises.

« Vous avez proposé et validé des recommandations. Mais comme l’a dit un des intervenants, il ne faudrait pas que ces recommandations restent dans des tiroirs. C’est la raison pour laquelle le premier acte que le ministre de l’Agriculture et de l’Élevage devra faire, dans le cadre de la mise en place de ce cadre de concertation, c’est de réunir un groupe consultatif pour la mise en œuvre des recommandations des états généraux. A son niveau et en dessous, la mise en place d’un comité technique pour la mise en œuvre des recommandations issues des états généraux de l’agriculture, qui pourront se décliner en programme et action dès demain », a lancé Amadou Oury Bah avant d’annoncer que la prochaine campagne agricole de 2025 doit débuter dans sa formalisation et dans sa conception, dès demain.

« Nous avons été pris au dépourvu pour cette saison. Monsieur le ministre de l’Agriculture, vous avez réussi tant bien que mal à s’arrimer à l’attelage qui était déjà là. Tirons les conclusions des faiblesses antérieures, des recommandations pertinentes, pour préparer d’ores et déjà la prochaine campagne agricole 2025. Parce que nous ne pouvons pas nous tirer d’affaires si le secteur agricole et de l’élevage s’avèrent déséquilibré par rapport à nos actions. L’objectif que l’agriculture et l’élevage puissent contribuer à une hauteur de près de 50% du PIB pour la croissance économique doit être un objectif réaliste. Parce que, comme disent les experts de la Banque mondiale, si la Guinée fait un taux de croissance économique de 4% par an, c’est qu’en fait ils n’ont rien fait. 4% sans rien faire, on peut l’atteindre. Donc, donnons-nous les moyens d’avoir 10%. Et ce sont 10% de croissance de manière durable qui feront qu’à moyen terme, nous allons inverser la courbe de la pauvreté. Et c’est par le secteur agricole que nous pouvons réussir cela », a annoncé Amadou Oury Bah tout en ajoutant que son gouvernement procédera dès les prochains jours à la mise en place de deux comités gouvernementaux mensuels pour aider rapidement à la mise en œuvre de ces recommandations.

« Un comité chargé du développement durable et du capitalisme et un autre comité chargé des finances publiques et des réformes. Pour que de manière structurée, l’ensemble des interventions des ministères sectoriels puissent se retrouver en phase dans une dynamique collective et avancer ensemble. C’est dans ce sens que la mise en place du comité technique pour la mise en œuvre des recommandations issues des États généraux nous permettra d’être en phase avec les objectifs globaux que s’assigne le gouvernement », a fait savoir Bah Oury.

De son côté, le ministre de l’Agriculture et de l’Élevage a expliqué que ces trois jours d’assises et les journées de concertations régionales ont permis de rétablir la confiance entre décideurs et acteurs du secteur agropastoral guinéen. Selon Félix Lamah, les recommandations de ces états généraux donnent une bonne indication de ce que veulent les agriculteurs et les éleveurs.

« De nombreux concitoyens ont fait part de leurs problèmes assortis de propositions de solutions, rien ne sera négligé ou rejeté. Ensemble, vous avez osé et vous avez pris vos responsabilités en posant les contraintes réelles et en proposant des solutions. Vous l’avez constaté personne n’a été brimé, aucune parole n’a été rejetée, personne n’a été humilié, nous vous avons écouté, nous avons compris vos problèmes, nous les avons notés, nous allons les traduire en actions concrètes et ensemble nous nous emploierons à relever les défis qui se posent. Je vous rassure que l’Etat prendra les siens à travers le ministère de l’agriculture et de l’élevage pour mettre en œuvre toutes les recommandations idoines qui seront exécutées conformément à la mise en place des programmes d’urgences à court, moyen et long terme. Et les résolutions de ces états généraux seront contenues dans un document cadre, vous y aurez accès et ensemble nous allons évaluer année après année la mise », a expliqué Félix Lamah.

Invité de marque à ces états généraux, le Ministre de l’Agriculture et des Ressources Animales, Rwanda dit être très heureux de prendre part à ces états généraux, sur invitation de son homologue guinéen. Très content aussi de participer à l’un des panels du jour, Dr. Ildephonse Musafiri a expliqué que sa contribution a été celle d’exposer sur les expériences qu’ils ont au Rwanda dans le domaine de l’agriculture.

« Partager ce que nous avons fait dans notre pays au Rwanda, ce que nous avons mis en place allant dans le sens de la sécurité alimentaire, comme le propose le ministre de l’agriculture et de l’élevage dans un document, en concertation avec les communautés locales. Il s’agit donc de promouvoir l’irrigation afin d’augmenter la productivité des produits vivrières et d’exportations. Augmenter également la gestion des récoltes, bien conserver pour ne pas gaspiller ce que l’on produit. Je pense qu’il faut aussi faire un effort pour la transformation du secteur animal, notamment la production laitière pour améliorer les conditions de vie des citoyens. On veut aussi faire des efforts sur des produits d’exportations (avocats, piments) et d’autres choses qu’on peut bien exporter. Ce qui est plus important aujourd’hui, c’est qu’il faut mettre dans le secteur de financement, augmenter le financement dans l’agriculture qui est considérée comme un business. Il faut que le système bancaire comprenne bien la complexité du secteur agricole. Nous allons trouver au Rwanda, des crédits moins chers qui tournent autour de 10% d’intérêt. Nous allons introduire aussi l’assurance pour l’agriculture, l’élevage, la plante, les bétails pour aider les financiers à prendre les décisions.

Nous discutons également avec les systèmes bancaires pour qu’ils puissent engager les gens qui comprennent le secteur agricole afin de bénéficier suffisamment de financements. Ce sont des expériences que nous sommes en train partager avec notre homologue de la Guinée, pour que nous puissions promouvoir la sécurité alimentaire de nos deux peuples », a expliqué Dr. Ildephonse Musafiri avant de s’engager à collaborer étroitement avec la Guinée pour développer le secteur agricole de deux pays.

« Nous sommes en train d’échanger sur des questions de recherches, de semences et peut-être les financements vont venir après. Ce qu’il faut noter, c’est qu’on va transformer le secteur agricole ensemble à travers les différents projets », a laissé entendre le Ministre rwandais de l’Agriculture et des Ressources Animales.

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 666 134 023

Créé le 6 juillet 2024 08:56

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