Kébaly (Dalaba) : À la rencontre de Zakaria Ouedraogo, prestataire agricole au courage exemplaire
KÉBALY – Zakaria Ouedraogo, 36 ans, vit en Guinée depuis avril 2023. Il ne s’est pas installé dans une grande ville, mais en zone rurale, là où il a trouvé une opportunité pour lui et sa famille restée au Burkina Faso. Ce jeune homme, sans instruction formelle, ne connaît rien d’autre que les champs et l’élevage. Dans son pays, le « Pays des hommes intègres », Zakaria travaillait dur pour un revenu faible. Il s’est donc lancé dans l’aventure en Guinée où il a décroché un contrat très satisfaisant. Il perçoit environ 1 200 000 FCFA par an (environ 20 millions de francs guinéens).

Installé à Kébaly, une commune rurale de Dalaba, Zakaria est logé et nourri par son employeur. Il a opté pour un versement de son salaire annuel plutôt que mensuel. Marié et père d’une fille, il ambitionne de faire venir sa petite famille à ses côtés en Guinée. C’est une rencontre enrichissante avec Zakaria Ouedraogo, venu chercher une vie meilleure loin de son pays natal. Alors que beaucoup rêvent d’Occident, Ouedraogo a visé une destination plus proche pour un revenu raisonnable, loin des grands mirages.
La main-d’œuvre guinéenne en manque de courage

Alors que la main-d’œuvre jeune fait cruellement défaut dans le domaine agricole en Guinée, malgré la présence de la jeunesse partout ailleurs, des producteurs guinéens se tournent vers l’étranger pour trouver des travailleurs courageux. C’est dans ce contexte que ce Burkinabè a été recruté. Zakaria raconte son départ :

« Moi, j’étais au pays, un ami nous a raconté qu’il y avait un travail lié aux champs en Guinée. J’ai expliqué à ma famille mon souhait de venir en Guinée travailler, j’ai été encouragé, j’ai quitté avec la bénédiction de ma famille. J’ai tout abandonné pour venir voir si ce travail me convenait ; dans le cas contraire, je serais retourné au pays. Heureusement, le travail me plaît, avec une bonne rémunération. Je connaissais l’agriculture au Burkina avant de venir ici, c’est un atout. En venant ici, j’ai laissé ma femme et une fille de deux ans. Contrairement aux journaliers, je travaille au mois dans l’entreprise d’Elhadj Bobo. La vie est dure, c’est vrai, mais ce qu’on gagne ici nous permet de nous maintenir ; le reste, on l’envoie à la famille », confie-t-il.

Zakaria raconte qu’il aurait pu tenter l’aventure vers l’Europe, mais a préféré venir en Guinée avec un contrat certain.
« Même chez nous au Burkina, il y a du travail comme ça, c’est la rémunération qui est différente. Au lieu de rester au pays à perdre mon temps, je suis venu en Guinée. Ma vie est liée à la Guinée pour le moment. Il faut des moyens pour aller en Europe, et mon niveau n’est pas arrivé là-bas. Mon rôle ici, c’est d’entretenir le poulailler, les lapins, les moutons et les vaches. Après, on va au jardin où nous avons des bassins de pisciculture avec beaucoup de poissons, ainsi que la partie agricole. Le soir, on rentre à la maison », explique-t-il.

L’employeur, un agronome fier de son choix
Elhadj Bobo Sow, diplômé de l’institut agronomique de Faranah, est rentré au village contre toute attente pour travailler la terre. Il est l’employeur du jeune Zakaria Ouedraogo et il est fier de son employé Burkinabè.

« C’est une occasion de dire aux jeunes Guinéens que l’agriculture est l’avenir de la nation. J’ai été encouragé par mon père à faire l’agriculture. Ce jeune Burkinabè est venu par le biais d’une sœur qui vit au Burkina. Ce jeune est arrivé, il travaille bien sans tricher, et il n’est pas pressé de toucher à son argent ; il a un contrat annuel. Il prend son argent par an. Le courage est là », explique le fermier.

Elhadj Bobo Sow s’étonne de devoir chercher sa main-d’œuvre à l’extérieur : « Imaginez si on doit chercher une main-d’œuvre hors de la Guinée, c’est parce que c’est difficile de trouver des travailleurs courageux. Depuis qu’il est là, ça va ; nous travaillons tranquillement ensemble, sans plainte. Au même moment, nos jeunes sont dans les kiosques à café à quémander 1000 GNF pour une tasse de thé, alors qu’un travail journalier bien payé est disponible. 40 000 GNF, c’est le minimum pour un journalier. Ce jeune Zakaria vient du Burkina, ce qu’il gagne, il le ramène chez lui. Si tu es Guinéen, tu as deux avantages : tu travailles chez toi et l’argent reste au pays. Je ne sais quand est-ce qu’ils comprendront cela ».

La musique du Faso, source de motivation
Rythmé par la musique locale d’un artiste de son pays, Zoug-Nanzaguemda, Zakaria Ouedraogo trouve le courage de travailler et de se rappeler sa vie au Burkina Faso. Avec son vélo, la radio accrochée, il traverse Kébaly pour rallier le champ.

« Cet artiste Burkinabè chante la musique de chez moi. Je l’écoute dans le champ à tout moment pour ne pas oublier d’où je viens. Ça me donne le courage de bien travailler jusqu’à me sentir chez moi. Zoug-Nanzaguemda chante que les gens sont combattus de partout, au point de perdre leur terre par expropriation ; ils quittent chez eux sans héritage. Quand j’écoute ça, je me bats d’autant plus pour trouver un héritage que mes enfants et mes petits-enfants pourront trouver. Il faut laisser quelque chose pour la famille. De telles chansons donnent le courage à tout aventurier de ramener quelque chose au pays ».

M. Ouédraogo réitère son attachement à l’agriculture et à l’élevage, ses seuls métiers. « Je ne connais que l’agriculture et l’élevage dans ma vie. La radio est toujours accrochée à mon vélo en ville tout comme au champ. Ici, je peux gagner 60 000 FCFA le mois. Je cumule environ 700 000 FCFA net sur l’année. Avec tous les avantages réunis, c’est autour d’un million deux cent mille FCFA, parce que je suis logé, nourri, je ne touche pas à mon argent. J’ai d’autres avantages. Mon projet futur est de faire venir ma femme et mes enfants ici pour qu’on vive ensemble. Ça facilite la stabilité entre ma famille et moi, sinon chacun reste loin à penser aux autres sans avoir l’esprit tranquille. »

Le regret des aînés face à la jeunesse locale
Sow Amadou Oury, le grand-frère d’Elhadj Bobo, loue également le courage de cet Ouest-Africain qui a bravé la distance pour venir travailler en Guinée et subvenir aux besoins de sa famille au pays. Il souligne, au même moment, le refus des jeunes Guinéens de travailler sur place. « C’est une grande preuve de conscience pour ce jeune Burkinabè qui a traversé plusieurs pays pour travailler en Guinée, alors que beaucoup se jettent dans la Méditerranée. Maintenant, tout ça est là : c’est un Burkinabè qui quitte chez lui pour venir travailler en Guinée et il a sa famille au pays à laquelle il rapporte quelque chose à la fin du mois. »

Il détaille les conditions de travail avantageuses : « Les prestataires agricoles empochent entre 40 000 et 50 000 GNF pour une journée de 8 à 12 heures ou de 8 à 13 heures. 40 000 GNF par jour représentent 1 200 000 GNF mensuels ; si c’est 50 000 GNF, c’est 1 500 000 GNF. Malheureusement, les jeunes n’ont pas le courage. Pourtant, il y a des entreprises à Conakry qui retiennent leurs employés de 8h à 17h et qui paient moins, malheureusement. »

Sow Amadou Oury exprime des critiques face à cette situation : « C’est une grande peine que je ressens pour la jeunesse guinéenne. Le problème est saillant ici : il y a du travail, mais la main-d’œuvre fait défaut. Les femmes ont plus de courage que les jeunes. Les familles sont là, mais parfois, même pour aller à l’école, on a du mal à amener les jeunes à faire de bonnes études. Ils comptent toujours sur la famille pour avoir le minimum.

Pourtant, à Kébaly, il y a du boulot rémunéré : un journalier prend 40 000 GNF par jour, d’autres paient jusqu’à 50 000 francs dans le domaine agricole. Mais ils préfèrent rester dans leur salon. Certains viennent travailler par contrainte financière, mais une fois qu’ils ont un peu d’argent, c’est fini. Pourtant, on récolte les tomates, les choux, les poivrons, on défriche… mais rien. Parfois, les producteurs ont les larmes aux yeux : avec tous ces investissements, sans travailleurs, tout est perdu. »

Alpha Ousmane BAH
Pour Africaguinee.com
Tél. (+224) 664 93 45 45
Créé le 25 octobre 2025 18:40Nous vous proposons aussi
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