Boké: l’ingéniosité des habitants de Lanbandji pour sortir de l’isolement

BOKÉ – Le quotidien des habitants de plusieurs secteurs du quartier Lanbandji dans la commune urbaine de Boké, une Zone Économique Spéciale, est rythmé par l’épreuve de l’enclavement. Coupés du centre-ville à cause par l’absence d’un ouvrage de franchissement, ces citoyens, fatigués d’attendre les autorités, ont pris leur destin en main. Faute de voir le nouveau pont promis se concrétiser, ils ont retroussé leurs manches pour réparer eux-mêmes l’ancienne structure artisanale en bois.

Cette initiative, symbole de la résilience et de l’ingéniosité des populations, vise à soulager la souffrance des communautés forcées à l’isolement. Les travaux du nouveau pont, censés durer six mois, sont à l’arrêt depuis longtemps, laissant les travailleurs, les commerçantes et surtout les élèves dans le désarroi.

Le mouvement citoyen a mobilisé une dizaine de jeunes des secteurs de Mandorya, Kissassy et M’Bappaya. Avec des moyens limités, ils s’efforcent de consolider ce passage vital.

Mamadou Saliou Kéita, président du conseil de quartier de Lanbandji, déplore les conséquences économiques et sociales de cette rupture :

« Nous avons décidé de réhabiliter ce pont pour plusieurs raisons. Trois secteurs se trouvent de l’autre côté de la rive, et depuis la rentrée des classes, les élèves ont du mal à rejoindre leurs établissements. Les femmes vendeuses, elles aussi, sont coupées du grand marché. Aujourd’hui, il faut parfois payer jusqu’à 40 000 francs pour se rendre au marché, alors que les travaux du nouveau pont, censés durer six mois, sont à l’arrêt depuis longtemps », a-t-il expliqué.

Résilience face à l’oubli

L’état de l’infrastructure est le reflet d’un problème structurel de longue date. Abdoulaye Minté, chef du secteur de Kissassy, rappelle que ce pont en bois est le seul lien fiable pour sa communauté depuis des générations.

« Depuis 55 ans, nous traversons sur ce pont en bois. Elhadj Mamadou Sylla avait déjà financé sa réhabilitation il y a quelques années, mais aujourd’hui, nous sommes encore obligés de bricoler pour que nos enfants puissent aller à l’école. Nous manquons de moyens, c’est pourquoi nous lançons un appel à l’aide aux autorités et aux sociétés minières de la place », lance ce responsable local.

Les habitants de Lanbandji affichent un courage admirable, mais savent que ces travaux de fortune ne sont qu’une solution précaire. Chaque saison pluvieuse menace d’emporter leurs efforts, renvoyant la population à son isolement. Ce paradoxe est d’autant plus criant que Boké est désignée comme zone économique spéciale, mais peine à offrir des infrastructures de base solide à ses propres citoyens.

Oumar Sory Camara

Correspondant régional d’Africaguinee.com

A Boké.

 

Créé le 21 octobre 2025 17:35

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