Musée de Boké : Sur les traces de la traite négrière et des racines culturelles du Kakandé
BOKÉ — Le musée régional de Boké se dresse comme un témoin silencieux des heures les plus sombres et les plus riches du pays. Entre les murs chargés d’émotion de ce bâtiment construit en 1878, les visiteurs découvrent l’horreur des cachots de la traite clandestine, mais aussi la splendeur des traditions artisanales et musicales des communautés Landouma, Baga ou Nalou. Malgré l’absence de subventions et les défis logistiques, ce haut lieu de l’histoire nationale continue de faire vivre le passé pour éclairer l’avenir, porté à bout de bras par des agents bénévoles déterminés à préserver ce patrimoine mondial. Reportage.

Le musée préfectoral de Boké, véritable patrimoine et vestige historique, offre une immersion unique dans l’histoire, du chemin de l’esclavage à la découverte de la première monnaie guinéenne. Construit en 1878, le musée préfectoral de Boké constitue un vaste espace culturel et ethnographique en Guinée.

Du chemin du voyage sans retour à la salle d’exposition des objets culturels des communautés autochtones du Kakandé notamment les Landouma, Baga, Nalou et Mikiforè en passant par les cachots des esclaves, le site retrace une page marquante de l’histoire nationale. Monsieur Mamadou Bobo Traoré, guide touristique, plonge notre correspondant régional d’Africaguinee.com au cœur d’une découverte aussi impressionnante qu’émouvante.

Composé d’un bâtiment à étage (R+1) avec un sous-sol, le musée préfectoral de Boké servait autrefois de lieu de regroupement des esclaves capturés en Guinée avant leur déportation vers le Sénégal pour un voyage sans retour.

Dans le sous-sol du bâtiment, le premier cachot négrier, d’environ 4 mètres carrés, pouvait contenir jusqu’à 100 esclaves durant plusieurs jours, voire des mois, dans l’attente de l’arrivée des bateaux négriers. Les deuxième et troisième cachot, de dimensions similaires, étaient réservés aux captifs considérés comme récalcitrants.

« Dans les cachots d’attente, les esclaves étaient enchaînés et ligotés jusqu’à ce que celui chargé de surveiller aperçoive un bateau. Dès qu’un navire était en vue, il ordonnait à ceux d’en bas d’enchaîner les esclaves en colonne, un par un, pour le voyage sans retour. Ici, c’était une véritable prison pour des esclaves clandestinement capturés. Ils étaient attachés et reliés par une chaîne dans la première salle.

La deuxième salle était appelée salle des récalcitrants, ils y étaient privés de nourriture jusqu’à ce qu’ils se soumettent. La dernière était une salle de torture, de condamnation ou d’isolement. Beaucoup d’esclaves passés par cette prison ont été retrouvés au Brésil, aux États-Unis ou en Jamaïque », explique Mamadou Bobo Traoré.
Dans ce musée, on retrouve également des images et traces de la première monnaie guinéenne appelée « guenger ».

« Ici, nous avons la première monnaie guinéenne appelée guenger, fabriquée dans les forges de la communauté Tôma. Nous exposons aussi le matinbo un instrument de musique utilisé lors des initiations, le balafon, la tabala, le tamdef, le timba, le keyikif de la communauté djola, le banda, le dabatti un instrument de guérison chez les Landouma ainsi que le daraba, le coffi et les premiers fusils de chasse africains appelés “trois coups” de tomber, celui qui tire il tombe, le fusil tombe et la cibl tombe », a-t-il ajouté.

Long d’environ 300 mètres, le fossé du chemin de l’esclavage laisse encore aujourd’hui de douloureux souvenirs de la traite négrière aux visiteurs. Madiba Guirassy, directeur régional du musée de Boké, n’a pas manqué de souligner les difficultés auxquelles ils font face : « Nous travaillons avec un personnel bénévole et nous ne recevons aucune rémunération. Ce sont les visites qui nous permettent d’encourager nos agents à persévérer. C’est un patrimoine qui fait la fierté du Kakandé en particulier et de la Guinée en général. Il est impératif de protéger ce site », a-t-il déclaré.

Le musée met également en lumière l’histoire de l’explorateur portugais René Caillié, qui séjourna en Guinée avant de poursuivre son voyage vers Tombouctou, ainsi que celle des résistants guinéens à la pénétration coloniale, captivant ainsi l’attention des visiteurs locaux et internationaux.
Oumar Sory Camara
Correspondant régional d’Africaguinee.com
A Boké
Créé le 27 avril 2026 08:29









