Assaut du 04 novembre contre la maison centrale : L’ex régisseur de la prison de Conakry parle…
CONAKRY- Suite à l’assaut suivi de l’évasion spectaculaire survenue à la maison centrale de Conakry le 4 novembre 2023, plusieurs agents pénitentiaires avaient été arrêtés et incarcérés. Deux ans après cet incident, ils viennent de recouvrer leur liberté. Parmi eux figure, le sous-lieutenant Mamadi 2 Camara, ancien régisseur de la maison d’arrêt de Conakry au moment des faits.
Interrogé par Africaguinee.com, l’ex premier responsable de la Maison Centrale de Conakry revient sur les conditions de son arrestation et de sa détention, le long combat judiciaire qu’il a mené, et ses attentes vis-à-vis des autorités. “Depuis décembre 2024, un non-lieu avait été prononcé, mais son exécution a tardé…”, affirme-t-il au micro de notre rédaction.
Arrêté le 5 novembre 2023, soit au lendemain de l’évasion de plusieurs détenus, dont certaines figures majeures de l’affaire du 28 septembre 2009, comme Claude Pivi, Capitaine Moussa Dadis Camara, Moussa Tiégboro Camara et Cie, le Sous-lieutenant Mamadi 2 Camara a passé deux ans et huit jours en détention avant de retrouver la liberté. Il demande “réparation”. (Interview)
AFRICAGUINEE.COM : Après 2 ans et 8 jours de détention, vous venez de recouvrer votre liberté. Comment avez-vous vécu cette situation ?

SOUS-LIEUTENANT MAMADI 2 CAMARA : Quand il y a eu ce problème, les autorités ont pris immédiatement la décision à travers un décret pour nous radier. Ensuite ils ont laissé la justice faire son travail. Cette même justice a conclu que nous n’avons rien dans cette affaire et il y a eu un non-lieu. Mais l’exécution de ce non-lieu a beaucoup tardé. Parce que depuis décembre 2024, il y a eu le non-lieu mais malheureusement son exécution a posé beaucoup de problèmes.
Mais de mon côté, il ne me reste plus qu’à remercier les autorités. Parce qu’en tant que croyant, si quelque chose t’arrive, il faut se remettre à Dieu. C’est la loi qui m’a arrêté parce que j’ai été quelque part. Si je n’étais pas chef à la maison centrale, on ne m’aurait pas arrêté. L’homme est l’esclave de son choix. J’ai choisi l’administration pénitentiaire pour être garde. J’ai choisi d’être utile au peuple et à la nation en gardant les prisonniers. C’est ce que j’ai opté.

Concrètement qu’est-ce que vous demandez aujourd’hui aux autorités ?
D’abord, je remercie les autorités, plus particulièrement le président de la République, c’est le seul qui peut revenir à la décision. Comme il y a un non-lieu, la justice doit prouver son indépendance puisque la justice est la boussole qui guide tous les Guinéens. Donc je veux qu’il revienne sur sa décision. Parce quand on arrête des gens innocents et qu’on les emprisonne pendant deux ans et huit jours, normalement, dans les meilleures conditions, c’est d’abord les dédommagés. Donc si on nous dédommage, ça nous fera plaisir et comme ça on saura que la justice est indépendante.
L’autre chose que je demande à la justice aussi, c’est de diligenter les dossiers à temps. Si les dossiers retardent à l’instruction, et qu’il y a un juge d’instruction qui se prononce par rapport à un dossier, et qu’il dit qu’il ne retient pas la personne dans ce dossier, il fait un non-lieu et que le procureur accepte ce non-lieu, alors ce non-lieu doit être exécuté. Pourquoi on a bloqué le non-lieu ? Personnellement c’est ça qui m’a travaillé (durant ma détention) et non la prison. Le fait qu’on m’a innocenté et qu’on m’a gardé encore en prison pendant un an en plus, cela m’a vraiment travaillé.
Je demande à l’autorité compétente de penser à cette situation. J’implore leur clémence pour qu’ils reviennent sur leur décision et si c’est possible aussi qu’ils nous dédommagent. Parce que deux ans sans être avec la famille, les enfants, la scolarité des enfants cette année, on sait, ça a posé beaucoup de problèmes.
Nous, nous sommes républicains et nous resterons toujours républicains. Nous sommes là en tant que serviteurs de la nation, et on va continuer à servir la nation, quelles qu’en soient les circonstances. Donc concrètement, nous demandons deux choses à l’État. Premièrement, c’est la réintégration et deuxièmement c’est le dédommagement.
Dans quelle circonstance avez-vous été arrêté ?

J’ai été arrêté le 5 novembre 2023. J’ai fait deux jours aux services d’investigations judiciaire de la gendarmerie. Le 7 novembre, on m’a mis sous mandat de dépôt et on m’a envoyé à la maison centrale. Après une deuxième semaine, on m’a transféré à la maison centrale de Kindia. Je suis arrivé à la prison civile de Kindia le 16 novembre 2023.
J’ai été aussi victime parce que quand il y a eu la fouille à la maison centrale de Kindia, ils sont venus ramasser tous mes objets et l’argent que j’avais pour ma dépense.
L’argent qu’on a pris ce jour avec vous c’était combien et quels sont les objets qu’on a pris avec vous ?
L’argent c’était 3 millions 65O mille gnf et un billet de 100 dollars. En même temps, mes monstres, parce que moi j’aime trop les monstres, les parfums. Tout ce que j’avais, ils m’ont pris tout et envoyé. Devant le directeur national de l’administration pénitentiaire. Ils ne m’ont laissé aucun franc, même pour le petit déjeuné. Mais heureusement mes avocats, quand je les ai appelés, ils m’ont envoyé un peu d’argent que j’avais dépensé avec mes amis.
Je demande la restitution de mes biens. Les biens qui ont été saisis avec moi ici, ce ne sont pas des choses qui sont interdites dans la prison. La montre n’est pas interdite. L’argent est interdit dans la prison, mais pas en Guinée pour le moment. Dans les autres pays, l’argent est interdit, mais en Guinée, ce n’est pas le cas pour le moment.
Que comptez-vous faire ?
Comme c’est le ministère qui était venu avec les gendarmes, accompagné par notre directeur national de l’administration pénitentiaire, donc quand j’arrive à Conakry, je vais demander la suite réservée à mes biens. Et si je ne gagne pas gain de cause, je vais saisir mes avocats qui vont mener des démarches.
Vous étiez au nombre de combien au total ?
Les gardes pénitentiaires, nous étions au nombre de 15 mais il y en a eu une parmi nous qui est décédé de suite d’une crise. C’était une femme, le jour de son décès, elle s’est réveillée le matin, elle était assise mais elle ne parlait pas. On a vu que son état n’était pas bon, on l’a envoyé à l’hôpital et elle est tombée là-bas. Ensuite on l’a pris pour la transférée à Conakry mais malheureusement elle est décédée en cours de route.
Il y avait-il des civils des agents d’autres corps parmi vous ?
Là, je ne me souviens pas. Mais c’est plus de 80 personnes. Je ne peux pas donner le nombre exact mais il y avait des civils…des policiers. C’était plus de 80 personnes, je pense que c’était 86 personnes.
Propos recueillis par Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 12 novembre 2025 08:25Nous vous proposons aussi
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