Assainissement: “Si un chef de quartier ne remplit pas ses obligations, il s’expose à des sanctions” avertit Aboubacar Camara

CONAKRY-Alors que la capitale fait face à une insalubrité latente depuis de longues années, le ministère de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, désormais en charge de la gestion de l’assainissement, a décidé de changer de stratégie. Le ministre Aboubacar Camara affiche une fermeté accrue contre les actes inciviques. Dans sa ligne de mire : les chefs de quartier qui refuseraient de jouer pleinement leur rôle, mais aussi les PME qui ne rempliraient pas leurs obligations contractuelles vis-à-vis des conseils exécutifs communaux. Entretien.

AFRICAGUINEE.COM : Dans le cadre de l’assainissement et de la lutte contre l’insalubrité en Guinée et particulièrement Conakry, vous avez souligné le rôle que doivent jouer les chefs de quartier. En quoi sont ils autant responsables ?

ABOUBACAR CAMARA : La question de la responsabilité des chefs de quartier et de secteur ne peut être abordée avec légèreté. Ces autorités de proximité constituent les premiers relais de l’État dans les communautés. Elles incarnent l’autorité publique au quotidien et portent, à ce titre, une part directe de la redevabilité vis-à-vis des citoyens… tout comme vis-à-vis de ceux qui leur ont confié leur mandat.

Permettez-moi d’élargir la réflexion : si moi-même, dans la mission républicaine qui m’a été confiée, je ne produisais pas de résultats tangibles, pourquoi le Président de la République me maintiendrait-il dans mes fonctions ? Suis-je le seul Guinéen compétent ? Assurément non. La logique de responsabilité vaut donc pour tous, à tous les niveaux de l’État. La question d’un éventuel maintien ne se pose pas à travers les liens, mais à travers les résultats.

Dans cette dynamique, en cas de manquement, à quoi peuvent s’attendre les chefs de quartier qui viendraient à faillir ?

Nous travaillons étroitement avec le Gouvernorat, qui exerce pleinement ses prérogatives. Je tiens à le dire avec clarté : Madame la Gouverneure ne s’inscrit nullement dans la complaisance. Lorsque des manquements graves sont constatés, l’autorité administrative agit. Et s’agissant d’un chef de quartier qui ne remplirait pas ses obligations, il ne s’agit pas simplement de départ administratif : il s’expose à des poursuites pour manquement grave à ses responsabilités, voire pour sabotage de l’action publique. Lorsqu’on reçoit une charge publique et qu’on n’a pas la capacité de l’assumer, on a le devoir de rendre le tablier.

Mais le problème, dans la plus part des cas, c’est aussi lié aux PME en charge de la collecte des ordures et du transfèrement vers un centre de tri, y avez-vous pensé ?

Sur la question des PME de ramassage, une clarification institutionnelle mérite d’être apportée. Il est important de rappeler une vérité administrative souvent ignorée du public : les chefs de quartier ne choisissent pas les PME de ramassage d’ordures. Cette compétence relève exclusivement des maires. Le rôle des chefs de quartier est donc de signaler les défaillances, de faire remonter les insuffisances aux autorités communales, afin que des décisions correctives soient prises au niveau approprié.

C’est précisément pour sortir de ce cercle vicieux de l’abonnement volontaire inefficace que l’État a engagé une réforme structurelle. Aujourd’hui, certaines familles paient entre 50 000 et 150 000 GNF par mois, sans réel service garanti. Des gens qui fraudent l’eau et le courant vont ils payer l’abonnement à une PME ? Soyons réaliste !

Quel est donc votre plan ?

La stratégie de l’État est claire : adosser le paiement de l’assainissement aux factures d’eau et d’électricité, un mécanisme plus juste, plus équitable et surtout plus soutenable pour les ménages. Avec cette réforme, la contribution mensuelle sera comprise entre 15 000 et 25 000 GNF, soit un coût socialement acceptable, pour un service sécurisé et universel.

Face à l’urgence, doit-on s’attendre à une nouvelle philosophie d’action dès 2026 ?

Nous ne raisonnons plus uniquement en termes de pression administrative. La pression existe déjà par le cadre légal, le contrôle et la responsabilité. En revanche, à partir de 2026, le système changera radicalement de paradigme :

  • Il n’y aura plus de contrainte forcée à l’abonnement,
  • Il y aura désormais une obligation de résultat dans la collecte des ordures,

Les PME ne seront rémunérées que sur la base du tonnage effectivement acheminé vers les zones de tri, Des secteurs précis et des ménages définis leur seront directement attribués.

Autrement dit, les PME n’auront plus le choix : elles devront aller chercher les ordures à la source, faute de quoi elles ne seront tout simplement pas payées et vont disparaître. Beaucoup d’entre eux n’auront d’autre choix que d’être plus performantes.  Nous passerons ainsi d’un système déclaratif inefficace à un système de performance mesurable et traçable.

La réforme de l’assainissement n’est ni une posture, ni une annonce de circonstance. C’est une transformation systémique qui engage la responsabilité de chacun : autorités communales, chefs de quartier, PME, citoyens, et responsables gouvernementaux.

Dans la République, aucune fonction n’est un privilège ; toute fonction est une obligation de résultat. Et ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas s’inscrire dans cette exigence devront en tirer toutes les conséquences.

Siddy Koundara Diallo 

Pour Africaguinee.com

Créé le 9 décembre 2025 09:00

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes: ,