Anciens ministres candidats : « L’Assemblée nationale n’est pas un garage », dixit Bogola Haba

CONAKRY- Alors que la Guinée est entrée de plain-pied dans la fièvre électorale, Bogola Haba, ancien ministre et désormais candidat à l’Assemblée nationale, livre sa lecture sur les enjeux de ces élections combinées. Entre la structuration de la mouvance présidentielle (GMD), la réponse aux critiques sur le recyclage des anciens ministres et son propre combat pour décrocher un siège de député, l’ex ministre des Sports s’exprime sans détour. Dans cet entretien exclusif, il dévoile sa vision d’un Parlement de la Vème République qui ne doit plus être un simple « garage », mais le moteur de la transformation économique et industrielle du pays.

AFRICAGUINEE.COM : La campagne pour les législatives et communales est officiellement lancée depuis le 1er mai. Au niveau de la mouvance présidentielle, comment cela se passe-t-il ?

BOGOLA HABA : D’abord, nous tenons à remercier l’ensemble des acteurs qui ont permis que nous en arrivions là. Il a fallu beaucoup de travail au niveau de la Direction Générale des élections, que nous félicitons, parce que c’est la première fois dans notre histoire que nous enregistrons autant de candidatures, aussi bien indépendantes que portées par des partis politiques ou des mouvements, et cela pour une élection combinée, communale et législative. Il a donc fallu beaucoup de temps pour traiter ces candidatures.

C’est également l’occasion pour nous de remercier la Cour suprême ainsi que l’ensemble des tribunaux, qui ont été confrontés à la même situation en matière de validation des dossiers. Ils ont dû faire face à une avalanche de litiges à régler dans toutes les préfectures, et nous leur rendons hommage. C’est aussi une occasion de saluer l’ensemble des partis politiques et des mouvements qui ont contribué à cette forte mobilisation, traduite par une multitude de candidatures.

Pour la première fois, nous assistons à des élections aussi ouvertes. Le droit à l’éligibilité était déjà consacré par nos constitutions, mais sa mise en pratique restait un défi. Aujourd’hui, avec cette diversité de candidatures, nous constatons que les populations commencent réellement à en jouir. C’est pourquoi nous remercions ces partis et mouvements pour leur contribution.

À présent que les candidatures ont été, pour l’essentiel, traitées et que les décisions de justice ont été rendues et acceptées par tous, la campagne peut effectivement démarrer. Nous remercions tous ceux qui ont œuvré à ce processus. Du côté de la mouvance, nous n’avons pas été épargnés par ces difficultés. Mais, grâce à l’implication de tous, nous avons pu les surmonter. Aujourd’hui, la majorité des mouvements de la GMD ont présenté des candidatures sur l’ensemble du territoire, notamment dans les 378 communes rurales et urbaines. C’est une première pour une organisation de ce type, même si nous sommes déjà au pouvoir depuis le 5 septembre. C’est une avancée significative.

Cela permet au pays d’envisager une certaine stabilité, mais aussi de présenter, à travers nos alliés, des candidatures sur la liste nationale, notamment pour les 49 sièges à pourvoir. N’étant pas un parti politique, nous nous sommes rapprochés de formations alliées disposant d’un agrément. Ainsi, cinq d’entre elles ont bénéficié de la confiance du directoire pour porter des candidatures sur la liste nationale. Nous sommes donc fin prêts, au même titre que les autres acteurs. C’est pourquoi nous appelons l’ensemble des candidats à faire preuve de responsabilité afin de mener une campagne civilisée et apaisée, et permettre ainsi l’émergence d’une Assemblée digne de notre Vème République.

On a quand même constaté que, sur les listes de certains alliés, des anciens ministres se retrouvent sur deux listes différentes. Comment expliquez-vous cela ?

Oui, vous savez, nous l’avons dit : dans un processus avec un volume aussi important de dossiers à traiter, des erreurs peuvent se glisser dans le traitement administratif de certains dossiers. Je pense que c’est ce qui s’est passé au niveau de la Direction générale des élections (DGE), qui a d’ailleurs saisi la Cour suprême pour corriger ces situations. De la même manière, les partis et les mouvements peuvent porter leurs litiges et leurs plaintes devant la Cour suprême. La DGE peut également soumettre un certain nombre de corrections qu’elle juge nécessaires à cette juridiction.

C’est ce qui a été fait, et je pense que cela est tout à fait normal. Vous avez d’ailleurs vu la décision de la Cour, qui a relevé que la DGE avait introduit des réclamations en vue de corriger certaines listes, et ces corrections ont été apportées. Il ne s’agit donc pas d’un problème spécifique de notre côté, mais plutôt d’une conséquence du volume important de documents à traiter, qui a pu entraîner ce type de situation.

Beaucoup d’anciens ministres, comme vous, figurent sur des listes nationales pour devenir députés. Le Parlement ne risque-t-il pas de devenir une sorte de “garage” pour anciens ministres ?

Je ne pense pas qu’ils soient si nombreux. D’après ce que j’ai pu constater sur les listes, il y a peut-être deux, trois ou quatre anciens ministres, dont deux femmes et deux hommes. Ce n’est pas si important au regard de ce que nous avons pu observer par le passé. L’Assemblée nationale ne peut donc pas être considérée comme un “garage”. Au contraire, c’est l’institution où s’effectue l’essentiel du travail législatif.

Avec la montée en puissance des jeunes et la nouvelle configuration que nous observons, il est également nécessaire d’avoir de l’expérience pour encadrer cette dynamique. C’est à l’Assemblée que les lois sont votées, que s’exerce la représentation nationale et que se décident les allocations budgétaires. Il est essentiel que ces allocations permettent de répondre aux enjeux d’équilibre et de développement du pays : comment répartir les ressources de l’État sur l’ensemble du territoire et entre tous les citoyens. C’est également à ce niveau que les ministres viennent rendre compte de l’action gouvernementale. L’Assemblée joue donc un rôle central de contrôle de l’exécutif. Elle ne peut en aucun cas être assimilée à un “dépotoir”.

Ce pouvoir est confié par le peuple, et implique une réelle redevabilité. Sans profils expérimentés, qu’il s’agisse d’expertise en politiques publiques, en analyse financière ou en gouvernance, il serait difficile d’exercer pleinement ce rôle de contrôle et d’élaboration des lois. Ces anciens ministres peuvent donc apporter une valeur ajoutée importante. Nous espérons qu’ils seront élus afin de contribuer, par leur expérience, au bon fonctionnement de cette nouvelle Assemblée nationale de la Ve République. Après ces élections, nous entrerons dans un cycle institutionnel qui pourrait durer cinq ans avant de nouvelles échéances. Dans ce contexte, l’activité politique sera fortement concentrée au Parlement. Il est donc crucial que cette activité soit orientée vers les priorités économiques du pays.

La question du chômage, l’ambition de faire de notre pays une économie émergente avec une croissance durable, ou encore l’objectif d’atteindre un niveau élevé de PIB, sont autant d’enjeux majeurs. Il en va de même pour la transformation de notre modèle économique, notamment dans le secteur minier, afin de passer d’un pays exportateur de matières premières à une économie industrialisée. Les politiques industrielles, énergétiques et de transformation locale seront déterminantes. Toutes ces orientations se discutent et se décident à l’Assemblée nationale. C’est là que sont fixées les grandes lignes que le gouvernement met ensuite en œuvre.

C’est pourquoi il est important d’y avoir des profils compétents, dotés d’une expérience publique et privée, animés par le sens de l’intérêt général et guidés par des valeurs d’intégrité. C’est dans cet esprit que nous sollicitons la confiance des Guinéens.

Pourquoi êtes-vous finalement candidat, alors que vous disiez ne pas être intéressé ?

Pour ce qui me concerne, j’ai estimé qu’il fallait me battre, malgré tout ce que nous avons déjà accompli dans ce pays. Dans ma situation particulière, je dois encore obtenir environ un million trois cent mille voix pour espérer être élu député, puisque je suis classé treizième sur la liste. Cela signifie que notre liste doit réaliser une performance importante pour me permettre d’accéder à ce siège.

Si les électeurs m’accordent leur confiance, je m’engage à utiliser ce mandat avec responsabilité et rigueur. Ce ne sera en aucun cas un cadeau. Certains candidats sont mieux positionnés sur les listes, mais ce n’est pas mon cas. Je dois donc travailler davantage, me battre comme tout autre candidat pour mériter cette élection. Et, justement, les efforts que cela exige me donnent encore plus de responsabilités quant à l’usage de ce siège. Cela implique aussi que le parti Nouveau Départ doit viser une position de leadership à l’Assemblée nationale, afin de rassembler ses élus, mais également de travailler avec les indépendants qui seront élus dans les différentes circonscriptions, pour constituer une majorité solide capable de relever les défis à venir. L’Assemblée nationale n’est pas une formalité. C’est une institution essentielle dont le pays a besoin pour assurer la continuité des actions engagées et répondre aux attentes des populations.

Plus de cent jours après votre départ du gouvernement, à quoi ressemble la vie d’un ancien ministre du Président ?

Pratiquement, rien n’a changé pour moi. Pendant que j’étais ministre, beaucoup me reprochaient d’être très accessible. Mais j’ai toujours eu cette approche, car avant d’entrer au gouvernement, j’ai passé une vingtaine d’années dans le secteur privé. J’ai donc toujours considéré mes fonctions publiques comme une mission, et non comme un privilège. Dès la fin de mes fonctions gouvernementales, je me suis réengagé dans les activités du parti, notamment dans le processus de structuration des GMD, afin de sensibiliser et mobiliser les uns et les autres. Cela a été accepté positivement, et nous avons poursuivi le travail.

Par ailleurs, j’étais déjà entrepreneur agricole. J’ai également travaillé sur un projet de technopole depuis plus de vingt ans. C’est à la fois un hobby et une passion. Aujourd’hui, nous poursuivons ce travail avec des start-up que nous avons développées au sein de ce technopole, à travers ce que nous appelons le groupe Beni. Il s’agit d’un ensemble d’entreprises naissantes que nous accompagnons avec de nombreux jeunes. Cela représente beaucoup d’activités, mais cela nous permet aussi de garder un regard extérieur sur la gouvernance et sur ce qui se passe dans le pays, afin d’ajuster nos comportements vis-à-vis des populations.

C’est d’ailleurs ce qui m’a conduit à m’impliquer dans la dynamique actuelle autour de l’unité des mouvements et des acteurs ayant soutenu la transition. Ma présence dans cette compétition s’inscrit dans cette logique d’accompagnement et de mobilisation.

La vie change, certes, mais ce n’est pas une fin en soi. Dans le secteur privé, nous étions déjà habitués à ces transitions : dans les multinationales, par exemple, il fallait souvent changer de pays tous les trois ans. Donc nous sommes familiers de ces transformations. La différence, c’est que l’État ne nous abandonne pas pour autant. Nous continuons d’être consultés sur certains dossiers, aussi bien par la Présidence que par la Primature. Cela montre que nous restons impliqués dans les affaires publiques.

Votre mot de la fin ?

Nous appelons tous les acteurs à la responsabilité. Il faut travailler à consolider les acquis de la transition. Vous avez été nombreux à participer aux différentes consultations électorales, avec plus de 5,8 millions d’électeurs, et aujourd’hui plus de 6 millions. Nous nous en réjouissons et espérons une participation encore plus massive.

Nous appelons tous les acteurs politiques à faire preuve de responsabilité. Nous savons qu’il existe une compétition entre mouvements, indépendants et partis politiques, y compris au sein de la mouvance, où plusieurs formations travaillent ensemble. Mais cette compétition doit rester saine et apaisée. La véritable victoire, c’est celle de la paix et de la non-violence, comme nous l’avons déjà observé lors des précédentes échéances.

Nous espérons que ces élections permettront de renforcer l’unité nationale plutôt que de la fragiliser. C’est le souhait que nous formulons pour l’ensemble des candidats.

Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com

Créé le 8 mai 2026 15:24

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