Aminata Pilimini Diallo, auteure du livre “Lettre à ma sœur”: « la polémique me nourrit, m’inspire et me donne envie de…»

CONAKRY- Journaliste, fondatrice du site « Actuelles.info » et présidente du Conseil d’administration des Amazones de la presse guinéenne, Aminata Pilimini Diallo a rejoint le cercle des écrivains. Elle vient de publier un livre qui fait sensation dans la cité. “Lettre à ma sœur”, est le titre de l’ouvrage publié en décembre 2025. Dans cet entretien accordé ce samedi 24 janvier 2026, à Africaguinee.com, elle revient sur le contenu de l’ouvrage, les polémiques suscitées et son engagement féministe.

AFRICAGUINEE.COM: Vous venez de publier un livre intitulé « Lettre à ma sœur ». Parlez-nous de cet ouvrage…

AMINATA PILIMINI DIALLO: Lettre à ma sœur, paru en décembre 2025, est un livre dans lequel je retrace dix ans de féminisme, dix ans d’activisme et de combat. Ce n’est pas un livre sur mes dix ans de journalisme – car j’ai largement dépassé ce cap – mais plutôt sur mon parcours de femme, de féministe et de journaliste engagée. J’y parle de mon vécu : ce que j’ai donné en tant que féministe, ce que ce combat m’a apporté, mais aussi ce qu’il m’a coûté. J’aborde les critiques, les insultes, les pertes, mais également les opportunités obtenues grâce à mon engagement. C’est un livre sincère, parfois dur, qui retrace presque dix années de militantisme. J’y parle aussi de nombreuses formes de violences faites aux femmes. J’ai intégré certains de mes articles ainsi que ceux d’autres journalistes sur les conditions des femmes, les luttes féministes en Guinée, les origines du féminisme en Guinée et en Afrique. Tout cela fait partie intégrante de l’ouvrage.

D’où vous est venue l’idée d’écrire ce livre ?

J’ai toujours voulu écrire. Depuis l’enfance, déjà avec ma grand-mère, je disais qu’un jour j’écrirais un roman sur mon histoire. Depuis le primaire, j’écrivais dans des cahiers, des petits magazines. Peut-être que c’était le signe que j’allais devenir journaliste, ou peut-être écrivaine. Mais l’idée précise de Lettre à ma sœur est née de mon envie de laisser une trace concrète. Aujourd’hui, nous sommes très présents sur les réseaux sociaux. On parle de web-féminisme, mais le web peut disparaître. Le livre, lui, reste. On retrouve encore aujourd’hui des ouvrages écrits il y a plus de cent ans. Comme on le dit souvent : les paroles s’envolent, les écrits restent. J’ai donc voulu rassembler tout ce que j’ai écrit : dénonciations, sensibilisation, défense des droits des femmes, et en faire un livre qui puisse exister même après moi, dans 100 ou 1 000 ans.

Quel est le message principal que vous souhaitez transmettre à travers ce livre ?

Le message principal, c’est la confiance en soi et la force mentale. Être féministe dans notre société n’est pas facile, surtout sur les réseaux sociaux. À travers ce livre, je transmets le courage, la résilience et le mental d’acier que j’ai développés. Ce livre s’adresse aux filles qui veulent devenir féministes, aux hommes qui souhaitent soutenir le féminisme, mais aussi à toute personne qui veut être forte face aux épreuves de la vie. Peu importe qui tu es, la vie te frappera d’une manière ou d’une autre. Ce livre peut aider à tirer des leçons, à se renforcer, à croire en soi.

Après la sortie du livre, une vive polémique a éclaté sur les réseaux sociaux. Comment l’avez-vous vécue ?

J’ai commencé à présenter le livre dès fin novembre, début décembre, sans réelle polémique. À un moment, je me suis dit que cela ne prenait pas. J’ai alors utilisé ma manière d’être, celle qui provoque et qui dérange, pour faire parler du livre. Je ne m’attendais pas à une telle ampleur : en 24 heures, près de deux millions de personnes touchées, avec beaucoup plus de détracteurs que de soutiens. Mais l’objectif était atteint : faire parler du livre, faire parler du féminisme, même si tous ne l’achèteront pas.

Les polémiques ne me font pas peur, j’y suis habituée. Elles sont même au cœur de ce livre. Ce sont elles qui m’ont poussée à écrire. On me demande souvent comment je suis aussi forte mentalement. Je pense que je suis née comme ça, ou que la vie m’a forgée très tôt. Peut-être même que la maladie a joué un rôle.

Cette polémique a aussi relancé le débat sur le féminisme en Guinée. On a découvert qu’il existe plusieurs courants féministes, pas seulement le féminisme radical que j’assume pleinement. Moi, je suis radicale, dans mon féminisme comme dans la vie.

Cette polémique peut-elle freiner votre combat ?

Jamais. Au contraire, la polémique me nourrit. Elle m’inspire, elle me donne même envie d’écrire un autre livre. Le débat ne sera jamais fermé. Ni moi, ni mes consœurs ne nous arrêterons. Le combat continue, incha’Allah.

Où peut-on se procurer le livre Lettre à ma sœur ?

À Conakry, le livre est disponible directement auprès de moi, au prix de 130 000 francs guinéens. Il n’est pas encore dans les bibliothèques, faute de stock et de dédicace officielle. Les personnes intéressées peuvent me contacter via Facebook ou passer par mes proches. Pour ceux qui sont hors de la Guinée, le livre est disponible sur Amazon.

Quel message adressez-vous au peuple de Guinée, en particulier aux jeunes filles ?

Je demande au peuple de Guinée de comprendre réellement les conditions des femmes. La femme est un être humain à part entière. Aimer les femmes ne suffit pas : il faut les libérer, arrêter toutes les formes de violences, sans exception. Aux femmes, je dis que ce combat est pour elles. Si c’était seulement pour nous, nous nous serions tues depuis longtemps. Qu’elles se forment, qu’elles choisissent leur combat. Je ne demande à personne d’être comme moi, mais de se former. C’est cela le plus important.

Mamadou Yaya Bah 

Pour Africaguinee.com 

Créé le 24 janvier 2026 15:37

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