« Aidez-nous à rentrer chez nous »: L’appel de détresse d’une guinéenne bloquée à Zouerate
ZOUERATE (Mauritanie)– La détresse est palpable dans leur voix. Dans la ville minière de Zouerate, au nord de la Mauritanie, plusieurs ressortissants guinéens vivent aujourd’hui dans la peur, reclus chez eux, suite à une campagne de contrôle et de rafle visant des étrangers en situation irrégulière.
Installée dans cette cité du Tiris Zemmour depuis 1985 avec son époux, Mariama Djélo Bah, originaire de Ley Miro, dans la préfecture de Pita, lance un appel pressant aux autorités guinéennes. Avec ses deux coépouses, leurs enfants et petits-enfants, elle demande une assistance urgente pour regagner la Guinée.
Une famille entière confinée
Faute de documents administratifs, cette famille – aujourd’hui composée de plus de 30 personnes – vit cloîtrée à domicile, redoutant à tout moment une interpellation. « Nous sommes sous embargo ici. On ne peut même pas sortir pour chercher à manger. Les étrangers sont arrêtés n’importe comment », témoigne Mariama Djélo Bah.
Le père de famille, gravement malade et paralysé depuis plusieurs années, ne peut subvenir aux besoins des siens, raconte-t-elle. Dans ces conditions, toute sortie devient un risque.
« Nous lançons un appel aux autorités guinéennes notamment au général Mamadi Doumbouya. Depuis l’année dernière nous cherchons à rentrer chez nous en Guinée, malheureusement nous n’avons pas les moyens. Nous sollicitons de l’aide pour rentrer chez nous pour ne pas qu’on nous ramasse ici un à un. En ce moment les agents entrent dans les domiciles et vont jusqu’aux chambres pour arrêter les gens », lance Mariama Djelo Bah.
Des restrictions qui aggravent la précarité
Cette mère de famille dénonce également un paradoxe : alors que les autorités exigent la régularisation des étrangers, ces derniers seraient dans le même temps empêchés de circuler librement pour se rendre dans leurs consulats ou ambassades. D’après ses explications, des consignes strictes auraient été données aux transporteurs pour refuser tout passager étranger sans documents valides, voire signaler leur présence aux forces de l’ordre. Conséquence : de nombreuses familles, notamment dans les régions éloignées comme Zouerate, se retrouvent piégées, sans possibilité de régularisation ni de retour volontaire.
« Les autorités mauritaniennes demandent aux étrangers de chercher les documents, de se régulariser pour rester dans leur pays mais le problème, elles empêchent les étrangers de circuler, de se rendre dans leurs différentes ambassades pour chercher les papiers qu’on leur exige.
Ils ont donné des instructions au niveau de toutes les gares voitures de ne pas embarquer un étranger qui n’a pas ses documents complets et valides. Ils demandent aux chauffeurs même de dénoncer les étrangers qui n’ont pas des documents complets et valides pour qu’on vienne les arrêter sur place dans les gares voitures. Maintenant face à cette situation comment nous qui sont dans les régions à l’intérieur du pays pouvons-nous nous rendre à Nouakchott, la capitale pour chercher les documents ?
Je pense que le mieux c’était de nous laisser aller chercher les documents dans nos différentes ambassades ou alors ouvrir les routes pour qu’on puisse quitter librement leur pays. Mais tel n’est pas le cas. On est enfermé dans nos maisons, on n’ose même sortir pour chercher à manger », a affirmé cette Guinéenne vivant à Zouerate.
La menace d’expulsion dans leurs domiciles
À cette situation déjà s’ajoute la question du logement. Privées de travail par peur d’arrestation, ces familles disent qu’elles ne parviennent plus à payer leurs loyers. Dans certains quartiers, des habitants iraient jusqu’à barricader leurs domiciles pour éviter les descentes des forces de sécurité.
« L’autre problème également, nous habitons dans des maisons en location. Imaginez maintenant que les propriétaires des maisons viennent nous mettre dehors à cause des loyers non payés ? Parce qu’actuellement nous n’osons pas sortir pour aller travailler. Or, si on ne travaille pas on ne pourra pas avoir de l’argent pour payer nos loyers. Donc nous sommes aussi exposés à cet autre problème.
À Zouerate ici, moi et ma famille, nous sommes plus de 30 personnes. Aidez-nous à rentrer chez nous en Guinée. Tous nos enfants sont nés en Mauritanie ici mais personne d’entre eux n’a eu un document mauritanien. Tellement qu’on nous persécute ici, dans certains quartiers, pour éviter qu’on entre dans les domiciles pour arrêter les étrangers, certains sont obligés de fermer leurs portes par derrière pour faire croire aux agents qu’il n’y a personne dans les maisons », a détaillé Mariama Djélo Bah.
Dossier à suivre !
Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 30 mars 2026 20:33Nous vous proposons aussi
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