Accidents à répétition impliquant les Toyota Verso: Causes réelles et pistes de solutions
CONAKRY – Les routes nationales guinéennes, notamment l’axe Conakry-Intérieur, sont le théâtre d’accidents meurtriers impliquant régulièrement les taxis Toyota Verso, un modèle très populaire dans le transport interurbain. Ces drames à répétition relancent le débat sur la sécurité routière et soulèvent une question cruciale : les accidents sont-ils dus à l’état des routes, à la puissance des véhicules, ou à l’imprudence des conducteurs ? Une enquête d’Africaguinee.com met en lumière les multiples facteurs de cette crise.
Pression économique et routes dégradées
Les chauffeurs de Toyota Verso se défendent de porter seuls la responsabilité. Interrogé, Ibrahima Samora, chauffeur sur le tronçon Conakry-Labé, évoque un ensemble de facteurs. “Tout le monde nous accuse d’être à la base de ces accidents, mais vous devez comprendre qu’avant l’arrivée de ces taxis Toyota Verso, il y avait déjà des accidents sur la route. […] Il faut aussi savoir qu’il y a des routes dégradées ; sur la route Conakry-Mamou, il y a beaucoup de virages, la route est très étroite et il y a un manque de panneaux de signalisation. De plus, certains d’entre nous subissent une pression familiale. Ce sont tous ces facteurs qui expliquent ces accidents”, a-t-il expliqué.

Cependant, d’autres reconnaissent le comportement à risque de certains collègues. Mamadou Oury Bah, qui roule sur l’axe Conakry-Mamou, témoigne.
“Franchement, certains chauffeurs qui ont des voitures Toyota Verso se comportent très mal au niveau de la circulation. Vous allez voir certains chauffeurs se déplacer sur tous les côtés ou bien doubler les gens au niveau des virages. Il y a certains chauffeurs qui ne se reposent pas ; ils peuvent rouler nuit et jour. Tout cela cause des accidents de la circulation. Nous demandons aux autorités compétentes et à tous les syndicats de prendre leurs responsabilités”, a-t-il plaidé.
Un syndicaliste de la Fédération des Transporteurs de Guinée confirme cette pression : « Le problème n’est pas seulement le véhicule. C’est un ensemble : routes dégradées, surcharge, absence de contrôle technique rigoureux et surtout la pression économique sur les chauffeurs. Beaucoup roulent de Conakry à Labé sans véritable repos. C’est humainement dangereux. »

La Sécurité Routière met l’accent sur le facteur humain
Du côté des autorités, l’Agence Guinéenne de la Sécurité Routière (AGUISER) rejette l’idée d’une responsabilité inhérente au véhicule. Mamby Doumbouya, un responsable de l’AGUISER, est catégorique : « Un engin ne provoque pas d’accident ; ce sont les hommes qui en sont responsables ».
- Doumbouya reconnaît néanmoins les difficultés liées aux infrastructures : « Nous sommes sur le terrain pour sensibiliser les usagers de la route, notamment sur la Nationale 1. C’est une route en travaux qui ne dispose pas encore de dispositifs de signalisation. Ce manque de repères continue malheureusement d’endeuiller la population guinéenne ».
Quatre comportements à risque sont particulièrement ciblés sur la Nationale 1 :
- Les dépassements dangereux ;
- La surcharge ;
- Le surnombre de passagers ;
- L’excès de vitesse.
Mamby Doumbouya insiste sur la puissance des Toyota Verso : « Les véhicules Verso sont puissants et peuvent atteindre de grandes vitesses. À cette allure, le moindre écart ou non-respect du code de la route peut être fatal ».
Les autorités se concentrent désormais sur la sensibilisation des usagers et la responsabilisation des syndicats de transport, après avoir recensé toutes les gares routières.

La position du Gouvernement
Le Ministre des Transports et porte-parole du Gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, insiste également sur la responsabilité individuelle et les lois de la physique. Il écarte l’idée de brider les moteurs, car cela nécessiterait des normes imposées aux constructeurs étrangers avant l’importation.
« C’est la responsabilité des chauffeurs qu’il faut questionner. Quelle est notre responsabilité sur des routes souvent très chargées ? Quel est l’intérêt de vouloir aller à des vitesses où toi-même, le conducteur, quand c’est normal, tu sais que en cas de risque, ça ne va pas », s’est-il interrogé.
Le Ministre rappelle les risques liés à la vitesse, quel que soit le modèle de véhicule : « Quand vous roulez vite, vous devez mesurer la distance nécessaire pour immobiliser votre véhicule. Alors une petite voiture à 100 km heure, il faut au minimum 40 mètres et si vous roulez à 150 km heure, il faut au moins 100-120 mètres pour vous arrêter. […] Il faut que les gens soient prudents. C’est la seule chose. »

Pour l’avenir, Ousmane Gaoual Diallo reconnaît que la Guinée devra évoluer vers des solutions technologiques pour mieux prévenir les accidents, à l’image des pays occidentaux :
« Il va falloir que les policiers soient munis de GPS pour détecter la vitesse du véhicule et pour pouvoir lui infliger une sanction. C’est ce que les pays occidentaux ont réussi à faire avec les radars pour pouvoir flasher le véhicule et identifier sa vitesse. […] Nos pays sont condamnés à aller vers ces évolutions-là. Sinon, c’est très difficile. »
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 22 octobre 2025 11:57Nous vous proposons aussi
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