Suite du procès 28 septembre : « Le but est que la Guinée juge cette affaire, sinon il y aura la CPI », avertit Me Alexis Deswaef
CONAKRY — Deux ans après la tenue du procès historique sur le massacre du 28 septembre 2009, les organisations de défense des droits de l’homme et les associations de victimes restent mobilisées pour que l’ensemble du processus judiciaire aille jusqu’à son terme. Lors d’une conférence de presse conjointe organisée ce lundi à Conakry, les représentants de la société civile ont salué les avancées obtenues par la première décision de justice, tout en exprimant leurs vives inquiétudes quant à d’éventuels retards ou interruptions de la procédure.
Un appel pressant à fixer la date d’audience en appel
Présent lors de la conférence de presse, Me Alexis Deswaef, président de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et avocat à la Cour pénale internationale (CPI), a rappelé l’engagement de long terme de l’organisation dans ce dossier :
« Ce procès est, pour la FIDH, d’une importance capitale. C’est pour cette raison que nous sommes présents depuis le début. Je crois que la première mission était en 2011, pour qu’il y ait une enquête indépendante, impartiale, approfondie, et surtout pour que cette instruction mène à un procès. »
Bien que la décision rendue en première instance il y a deux ans ait constitué une étape clef, la suite des événements suscite des interrogations parmi les parties civiles. L’octroi d’une grâce présidentielle au principal condamné (Moussa Dadis Camara), alors même que les voies de recours ne sont pas épuisées, ainsi que l’attente prolongée du second degré de juridiction, accentuent l’inquiétude chez les victimes.
« C’est le message que nous avons porté auprès des autorités, auprès du Premier ministre, auprès du procureur général : c’est une demande expresse et insistante de fixer cette affaire devant la Cour d’appel », a martelé Me Alexis Deswaef.
« Il y a la première condamnation, il y a les deux procès complémentaires ; dans tous ces procès, il y a eu appel. Maintenant, il n’y a plus d’excuses. On pouvait comprendre qu’on attendait les deux procès complémentaires, mais désormais les décisions sont là. Il n’y a plus de raison d’attendre et, les vacances judiciaires se terminant, il faut avancer sur une date d’audience devant la Cour d’appel », a lancé le président de la FIDH.
Reconnaissance des victimes et lutte contre l’impunité
Au-delà de la décision judiciaire attendue, les organisations rappellent que l’enjeu fondamental réside dans la reconnaissance du statut des victimes et l’attribution de réparations justes et effectives. Pour le président de la FIDH, la portée du jugement dépasse le cadre strict du dossier du 28 septembre :
« Ce procès du 28 septembre est emblématique, d’abord pour que les auteurs de ces crimes soient jugés et condamnés. Il faut aller au bout. C’est ça le message : la lutte contre l’impunité, qui est l’une des priorités de la FIDH. »
Un enjeu sous le regard de la communauté internationale et de la CPI
La gestion de cette affaire est suivie de près par les instances internationales, notamment la Cour pénale internationale (CPI). Le principe de complémentarité donne la priorité à la justice guinéenne pour juger les crimes les plus graves survenus sur son sol. Toutefois, l’implication de la justice internationale reste en filigrane si le processus national venait à faillir, prévient l’avocat.

« La communauté internationale regarde comment la Guinée et les autorités guinéennes peuvent aller au bout du processus et juger les crimes les plus graves sur leur territoire », a rappelé Me Deswaef. « Le bureau du Procureur [de la CPI] est venu plusieurs fois en Guinée, a instauré un dialogue avec les autorités guinéennes, ce qui montre le principe de subsidiarité et de complémentarité de la CPI. Le but est que les autorités judiciaires guinéennes jugent cette affaire ; sinon, il y aura la CPI. Mais il faut que les autorités guinéennes montrent qu’elles sont à la hauteur de l’enjeu. »
Les événements du 28 septembre 2009 au stade de Conakry ont coûté la vie à au moins 156 personnes, tandis que des dizaines d’autres ont été portées disparues. Plus d’une centaine de femmes ont subi des viols et des violences sexuelles. Les parties civiles demandent désormais l’ouverture rapide des débats en appel afin de clore définitivement ce chapitre judiciaire.
Dansa Camara
Pour Africaguinee.com
Créé le 28 septembre 2026 20:00Nous vous proposons aussi
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